Chapitre 23. La Connexion Espèce/Soi

Revenons pour un moment à un événement spectaculaire du Mythe de Sophia. Après la conversion de l’Etoile-Mère, Sophia se sent plonger rapidement dans la densité. De par la capture, par le système solaire, de la Terre émergente, la planète est de plus en plus soumise à la pesanteur, à l’électro-magnétisme et à d’autres lois totalement inconnues de la Déesse. La vélocité de ses courants de haute porosité s’atténue et son corps de Lumière Organique s’estompe en une substance proche de la nature d’une douce perle de plomb, le germe du coeur de nickel du globe terrestre. Dans la confusion et le chagrin, Sophia se métamorphose progressivement en la planète Terre.

Lorsque Sophia atteint la phase durant laquelle le corps planétaire commence à faire jaillir la vie – c’est à dire, la phase de formation de la biosphère – les formes de vie émergentes sont à ce point foisonnantes et prodigieuses qu’elle est incapable de les maîtriser (épisode 8).

Les dieux dans le Plérome perçoivent alors que leur soeur est subjuguée par l’immense diversité de la vie qu’elle engendre. Elle ne peut pas structurer le comportement de ses créatures et ne parvient pas à les maintenir au sein de leurs propres limites. En bref, son autopoesis risque de se désintégrer. Sa situation désespérée suscite une réponse du Plérome: l’intercession Christique. La paraphrase d’Irénée, qui décrit cet événement capital, a déjà été citée mais elle vaut la peine qu’on lui accorde de nouveau notre attention:

«Le Christos demeurant dans les cieux prit pitié de sa soeur Eon et s’étant étendu hors du stauros (les limites du coeur Pléromique) il conféra une forme à Sophia, mais simplement comme une substance respectée et non pas pour transmettre de l’intelligence… Le Christos conféra à Sophia une forme comme une intelligence respectée et guérit ses passions en les séparant d’elle mais pas au point de les ôter de son mental totalement» (Contre les Hérésies, IV,1).

Irénée déclare également que de nombreuses formes de vie, pullulant dans la biosphère, «s’étaient déjà enracinées et avaient acquis leur propre pouvoir de sorte à s’auto-réguler». Il est étonnant de trouver dans un argument théologique obscur, contre les Gnostiques, un reliquat des enseignements des Mystères sur l’autopoesis. De par son intercession, l’Eon Christos aida Sophia à structurer ses processus autopoétiques en un ensemble plus orchestré et harmonieux. L’intercession Christique stabilisa le programme biologique de la progéniture de Sophia afin que toutes les créatures se comportent comme elles le font aujourd’hui, à savoir en accord avec les instincts directeurs spécifiques à leur propre espèce, mais tout en conservant leur capacité de co-évoluer. Cela étant accompli, Sophia était de nouveau sur le bon chemin. Elle commença alors  «à donner forme à la substance animée qui procédait de sa propre conversion» accompagnée en cela par “les instructions du Christos”.

Les initiés des Mystères perçurent le Christos comme une forme d’intelligence divine informant toute vie, sur Terre, de facultés auto-régulatrices. C’est une image saisissante parce qu’elle contredit l’image courante du Christ comme le modèle suprême de l’humanité dont la préoccupation exclusive est la vie humaine. Nous n’associons normalement pas le Christ avec le monde animal – à moins, peut-être, que nous ne songions à François d’Assise. Que penser de ce point de vue Gnostique?

L’intercession Christique influença, d’une certaine manière, l’humanité tout autant que les espèces non-humaines qui émergeaient dans la biosphère à la suite de la “conversion” de Sophia, c’est à dire à la suite de la métamorphose de son corps de “Lumière Organique” en éléments terrestres. Il est avéré que les espèces animales sont capables de toutes sortes de coopération entre elles. Mais au temps de l’intercession, l’Anthropos était déjà présent dans la biosphère, d’une certaine manière, en gestation au niveau moléculaire, pour ainsi dire. Le Christos fit-il également bénéficier l’humanité de son influence harmonisante? Nous pouvons supposer que ce fut bien le cas puisqu’en premier lieu ce fut le Christos qui oeuvra avec Sophia pour encoder l’Anthropos. Quelle fut donc exactement l’influence sur l’humanité de l’intercession Christique?

 

L’Intermédiaire

La réponse à cette question réside dans un enseignement remarquable des Mystères qui est exposé dans plusieurs récits des écrits Gnostiques. Les initiés utilisaient le terme Mesotes pour décrire l’influence spécifique de l’intercession Christique sur l’espèce humaine. Mesotes (de meso-, “milieu” “mi-chemin”) signifie “medium” “intermédiaire”. Le Second Traité du Grand Seth (66:3-8) déclare que nous «devenons complets dans l’ineffabilité intérieure par un code vivant, en atteignant une union parfaite au travers du Mesotes, le médium de Jésus». Le terme Copte exact est MESOTES NTE IS, “le médium de Jésus”. Un certain processus dans la nature humaine, à savoir dans la configuration génétique de notre espèce, était considéré être mis en oeuvre au travers du “médium de Jésus”. Mais qui est Jésus, d’un point de vue initiatique?

Dans les textes Gnostiques Coptes, les noms de Jésus et de Christ ne sont jamais écrits en plein mais ils sont indiqués par des codes tels que les lettres IS avec un trait au-dessus. Les érudits remplissent systématiquement les espaces, rendant IS par I(eseo)S, la forme en Grec du nom Hébraïque Yeshua. Ils prennent, en fait, de très grandes libertés littéraires car il n’existe aucune preuve textuelle permettant d’inférer que, dans l’usage qu’en faisaient les Gnostiques, le terme IS indiquait une personne historique portant le nom de Ieseos, Jésus. IS pourrait tout aussi bien être traduit d’une autre façon: I(asiu)S, qui donne le nom Iasius, le “Guérisseur”, un titre plutôt qu’un nom commun. Néanmoins, les traducteurs supposent qu’IS indique le Jésus du Nouveau Testament. Les érudits, en bref, ne nous donnent pas la chance de supposer qu’IS puisse indiquer quelque chose d’autre qu’une personne réelle dont l’identité est prédéterminée.

Il en est de même pour Christ. Le code pour Christ est XS ou parfois XRS, ce qui pourrait tout aussi bien indiquer Christos ou encore Chrestos291. En Copte, cela s’écrit XC, avec un trait au dessus. X est la lettre Grecque Chi et C est la lettre Copte S. Les érudits remplissent XC afin que cela puisse rendre “Christ”, jamais “Christos” malgré que “Christos” soit beaucoup plus cohérent de par la lettre finale S. Lorsque XC apparaît, par exemple, dans l’Apocryphe de Jean, les érudits mettent le Christos Grec entre parenthèses mais traduisent le terme codé par Christ. Ce faisant, ils identifient automatiquement XC avec l’entité bien connue de la théologie Johannine et Pauline. C’est encore une fois une liberté littéraire. Si l’on considère tous les écrits Gnostiques, qui argumentent contre le rédempteur de Jean et de Paul, cette équivalence est extrêmement douteuse. Lorsqu’ils sont associés, les deux termes codés semblent correspondre à la formule théologique bien connue concernant la nature duale de Jésus/Christ: le personnage historique IS et le “Christ intérieur”, XRS. On pourrait quasiment croire que l’enseignement des Mystères, concernant le Mesotes, implique une sorte de Christologie ésotérique cohérente avec la théologie doctrinaire. C’est cependant loin d’être le cas.

Même si IS est décodé en tant que “Jésus”, il faut admettre le fait que les initiés des Mystères Païens ne considéraient pas le Jésus historique, ou tout autre personnage historique, comme le thérapeute éternel et l’intermédiaire. Le “Jésus éternel”, IS ETONE en Copte, est un autre nom pour le Mesotes. Le terme Copte ETONE dénote une acception de “vivant” qui transcende une personne particulière et incarnée. Si l’on veut rester cohérent avec les enseignements des Mystères, on ne peut pas identifier IS ETONE avec une quelconque personne historique qui ait vécu et décédé car c’est une présence psychique qui transcende une identité biologique particulière. Pour les Gnostiques, IS ETONE était une présence éternelle dans la psyché humaine et dans l’ensemble de la biosphère. Mesotes, “l’Intermédiaire” dénote la fonction intrapsychique du “Jésus éternel”, une fonction spécifiquement initiée par l’intercession du Christos – c’est pourquoi on ne peut la trouver à l’oeuvre dans la psyché humaine que parce que cet événement s’est réellement manifesté. Grâce à l’intercession, une présence en vient à vivre éternellement dans l’atmosphère comme une image rémanente qui ne faiblit jamais: IS ETONE, le Guérisseur Eternel.

La concoction de l’hybride homme-dieu, “Jésus/Christ”, ne constitue pas un enseignement Gnostique authentique et n’en a jamais constitué un. Le révélateur qui s’exprime dans le Second Traité du Grand Seth (65:18) déclare «Je suis Christos, l’enfant de l’humanité, le un en vous qui est vous». Cela peut sembler être la déclaration la plus limpide, et la moins douteuse, du “Christ à l’intérieur” que l’on puisse imaginer. Mais peu s’en faut. Cette affirmation évoque l’Eon Christos et non pas le Christ de la théologie du Nouvel Age, ou le “Christ en vous” de Paul. Il ne s’agit pas d’ergoter sur la sémantique: la différence entre Christos et Christ est immense. Dans les enseignements des Mystères, le Christos n’est pas un rédempteur divin pour l’humanité mais un intermédiaire dont l’acte intercesseur influe sur tout le royaume animal planétaire et non pas exclusivement sur l’espèce humaine. Cependant, la déclaration citée ci-dessus identifie le Christos avec «L’enfant de l’humanité, le un en vous qui est vous». Mais il s’agit de l’Anthropos, la source divine de l’humanité, et non pas d’un rédempteur qui se tient au-delà de l’humanité. Le Christos (s’exprimant au travers d’un révélateur) fait cette déclaration pour attirer notre attention sur notre humanité, et non point pour se révéler lui-même. L’Intermédiaire se cache, humblement, et ne requiert pas notre croyance comme une condition de rédemption. Si tant est que l’Intermédiaire requière quelque chose, c’est de croire en nous mêmes: «Le un en vous qui est vous».

Le Christos des Mystères était appréhendé non pas comme une essence divine qui demeure au-dedans, mais comme une entité qui nous convie vers notre nature animale-humaine. En opposition à l’équation Dieu-soi, les Gnostiques affirmaient la connexion espèces-soi. Pour les anciens initiés, le rôle unique du Christos était celui d’un intermédiaire qui nous connecte, en tant qu’individus conscients de nous-mêmes, à notre identité d’espèce, et au travers de cette identité, qui nous connecte à toutes les autres espèces. Le Mesotes est le terme spécifique pour l’Intermédiaire en tant que présence intrapsychique, accessible à tous les êtres humains, continuellement. Malgré que l’intercession du Christos pour l’amour de Sophia se fût manifestée dans des temps très lointains, elle généra un effet permanent qui n’est perceptible, cependant, qu’au niveau de l’espèce de la conscience de soi. Que cela signifie-t-il pour un être humain individuel d’être conscient au niveau de l’espèce? C’est une sorte de conscience qui émerge avec l’humilité de se percevoir comme un membre du monde animal, tout en appartenant à une espèce particulière d’animal. Cela implique que nous vivions d’autant plus profondément notre humanité que nous ressentons l’humilité sublime d’être un être humain animal.

 

Le Christ Ethérique

Le Mesotes nous invite à prendre en considération l’amplitude de la vision antique – la vision clairvoyante, pour être précis, tout autant que la vision clairaudiente. «La Lumière était emplie d’écoute et de langage» (La Paraphrase de Shem, NHC VII,1). L’intercession Christique nous parvient sous la forme de témoignages d’initiés confirmés, ou de recherches expérimentales de mystiques, si l’on préfère. Grâce à leur instruction par la Lumière Divine, les Telestai parvinrent à connaître des événements qui se déroulèrent dans la préhistoire très éloignée de notre planète. Ces événements étaient remanifestés, d’une certaine manière, dans l’imagination et les initiés les contemplaient directement*. Lors du processus d’investigation de l’intercession, ils détectèrent une sorte d’image rémanente telle que nous pouvons en percevoir une lorsque nous regardons une lumière vive et qu’ensuite nous détournons le regard. Mais dans cet exemple exceptionnel, l’image est vivante. Le “Jésus éternel” est l’image rémanente de l’Eon Christos perdurant dans la biosphère des éons après l’intercession. (Pour visualiser cela d’une autre façon, on peut dire que l’intercession se manifeste dans le Temps de Rêve, le Dreamtime, et elle est en processus perpétuel).

La perception de cette image rémanente est une expérience visionnaire authentique, réelle et vérifiable, et accessible à tout un chacun. Et de nombreux individus l’ont perçue.

Dans la théologie du Christianisme primitif, l’apparition du Jésus éternel était connue sous le nom de parousia, une présence spirituelle palpable et immanente; mais en raison de la confusion entourant la nature réelle de l’expérience, ce concept dégénéra rapidement en une notion de “seconde venue” du Sauveur, un événement qui ne se manifesta jamais. Dans les traditions ésotériques et occultes, telles que la Rose Croix, le Jésus éternel a été appelé le Christ mystique. Dans les cercles du Nouvel Age, le spectre lumineux est appelé le Christ éthérique. Dans tous les cas, les témoins considèrent que le Mesotes est un guide intérieur, tel un ange gardien. Les rencontres avec le guide intérieur se manifestent spontanément – on pourrait même dire naturellement. La nature de l’expérience est très constante, au travers des diverses époques et cultures.292

Si on la considère de façon dynamique, cette image de type humain est un amas atmosphérique de cellules de Bénard. Ce sont des formations hexagonales que l’on peut voir émerger lorsque certains liquides atteignent le seuil de l’instabilité turbulente, telle de l’huile chauffée dans une poêle, ou dans des courants de convection qui tournent en spirales dans l’atmosphère. Ainsi que John Gribbin l’explique dans “Deep Simplicity”, les cellules de Bénard sont un exploit spontané de la Nature, une preuve magnifique de l’ordre qui émerge à partir du chaos:

«Les structures stables les plus intéressantes (dans la Nature) apparaissent juste à la limite du chaos… La structure spécifique intéressante qui apparaît est un arrangement d’hexagones en nid d’abeille. Cela se manifeste loin de l’équilibre, grâce à l’énergie qui passe au travers d’un système ouvert et qui se dissipe. C’est le secret de l’ordre dans l’Univers, et plus spécifiquement le secret de la vie»293.

Les cellules de Bénard apparaissent spontanément dans des vortex de convection atmosphérique qui sont clairement visibles dans les étendues glacées de l’Antarctique et dans les déserts de sable du Sahara. Le phénomène est à ce point prévalent que les scientifiques évoquent une “mer de Bénard atmosphérique”. Dans “Turbulent Mirror”, F. David Peat dit que «les scientifiques pensent que l’enveloppe sphérique de l’atmosphère, et peut-être toute l’atmosphère, pourrait être une mer de cellules de Bénard bouillonnantes»294. C’est précisément cela et c’est précisément ce que les témoins du Mésotes découvrent.

Bien sûr, on ne peut que se demander comment quelque chose d’aussi exotique qu’un “amas de cellules de Bénard” puisse assumer une forme humaine. Le Jésus éternel n’assume pas vraiment de forme humaine, ce n’est qu’une apparence. (Dans les enseignements Gnostiques, cela était appelé une manifestation docétique, du Grec dokein “apparaître”). L’Eon Christos n’a pas, et n’a jamais eu, une forme humaine mais fidèle à la compassion suprême des divinités du Plérome, Christos confère son influence biopsychique à notre image, pas à la sienne. N’importe qui peut rencontrer l’empreinte persistante de l’intercession Christique comme un spectre lumineux prenant une forme humaine. Cette rencontre peut se manifester à n’importe quel moment et elle s’est manifestée un nombre incalculable de fois durant l’histoire et avant l’histoire.

Cela demanderait un ouvrage entier de décrire les nombreux cas répertoriés de rencontres avec le Christ Ethérique, rencontres mentionnées par des personnes telles que Bill Wilson, fondateur de Alcoholics Anonymous et C. G. Jung, dont la vision du Christ Vert est relatée dans ses mémoires posthumes, “Mémoires, rêves, réflexions”. Un des cas, qu’il vaut la peine de souligner, est celui du personnage idolâtré et controversé, Carlos Castañeda. Lorsqu’il fit la rencontre du spectre lumineux, il fut transporté de joie et sortit de cette expérience débordant d’enthousiasme pour la nature précieuse de l’humanité. Son instructeur, le shaman Yaqui Don Juan, fut un véritable rabat-joie lorsqu’il informa ironiquement Carlos que ce qu’il ressentait était dû au fait qu’il était imbu de lui-même, de façon invétérée. Le spectre lumineux, lui précisa Don Juan, est “le prototype de l’homme”, un phénomène très connu des anciens initiés du Mexique. Il mit en garde Castañeda contre le fait que «tomber à genoux en présence du prototype de l’homme empestait l’arrogance et l’égoïsme humain». Seuls les initiés accomplis ont la simplicité de percevoir le spectre pour ce qu’il est réellement, insista le vieux sorcier.295

 

L’Influence du Guide

Les individus réagissent aux rencontres avec le “guide intérieur” de façons diverses. Le spectre génère une réponse propre à chaque personne qui en fait la rencontre mais, bien trop souvent, cette réponse est déformée par le conditionnement religieux du témoin. Il n’est pas surprenant que la plupart des personnes de tradition Judéo-Chrétienne pensent qu’elles ont rencontré le Jésus ressuscité, ou bien qu’elles ont eu une vision intérieure du Christ. Cette interprétation s’accorde avec l’histoire qu’on leur a racontée sur Jésus et confirme ce qu’ils sont attendus de croire. Identifier le Jésus éternel du Paganisme Gnostique avec la personne du même nom du Nouveau Testament est logique pour le Christianisme mais cela reste totalement erroné en termes mystiques. Parmi les nombreuses personnes qui rencontrent le Christ Ethérique, très peu prennent conscience que le Mesotes n’est pas le Rédempteur Divin.

IS ETONE, le Jésus éternel, est une image rémanente biospsychique mais ce n’est pas juste un registre passif. Imaginez que vous regardiez un objet dans une lumière vive – disons, par exemple, un pommier sans feuilles qui se détache sur le bleu limpide du ciel d’hiver. Lorsque vous détournez votre regard, vous percevez l’image rémanente parfaite de l’arbre, que vos yeux soit ouverts ou clos. Maintenant, imaginiez que cette image rémanente croisse comme un arbre vivant. Il bourgeonne, fleurit, fructifie, s’étiole et repart pour un nouveau cycle. L’image rémanente est tout aussi vivante que l’objet originel.

C’est ainsi qu’est le “Jésus vivant”, vivant dans l’atmosphère à l’extérieur, même s’il est le plus souvent perçu comme un spectre intra-psychique. Les témoins pensent qu’ils contemplent une vision intérieure, localisée quelque part à l’intérieur du mental ou dans un espace imaginé mais, en réalité, c’est un vortex dans l’atmosphère qu’ils observent. Le faceté délicat de l’aura hexagonale du spectre irradie une lumière cristalline mais les facettes ont des bordures d’or de sorte que la lumière est cramoisie de douces nuances de la couleur du miel. Toute la scène entourant le témoin se reflète dans chacune des facettes du nid d’abeille. La blancheur laiteuse de la Lumière Organique jaillit du coeur de la lumière cristalline. La blancheur de la lumière associée aux nuances dorées des facettes du nid d’abeille produit une sensation de profonde sérénité chargée de l’intérieur d’une très grande vitalité. Le jaillissement agréable, et extatique, de force vitale affluant du Mesotes crée l’impression d’être immergé dans du lait bouillonnant aux coulées de miel doré y ondoyant – et ondoyant, en fait, au travers du corps du témoin en en infusant chacune de ses cellules. L’apparition du spectre lumineux peut s’accompagner de carillonnements exquis rappelant les tintements et tintinabulements de cloches innombrables.

Les Gnostiques, qui rencontraient ce personnage dans leurs pratiques mystiques, étaient capables de l’associer avec l’intercession du Christos dans la Nature et donc d’en appréhender l’origine. De par leur perception spirituelle très éveillée, ils étaient aussi capables de déterminer sa fonction en termes humains, son influence psychologique précise. L’Eon Christos réalisa un affinement des plans évolutifs des règnes animaux afin que toutes les espèces puissent suivre leurs déterminismes instinctifs tout en conservant les facultés de convivialité, de coopération et de co-évolution. Dans les faits, l’intercession garantit l’expression de toutes les potentialités symbiotiques qui avaient été présentes en Sophia depuis les origines mais qui avaient invalidées par l’imprévisible et extrême diversité de sa progéniture.

Dans l’humanité, en contraste avec les autres animaux, la symbiose doit être mise en oeuvre en surmontant une tendance invétérée à l’obsession pour soi-même. «Nous ne sommes humains que dans le contact et la convivialité avec tout ce qui n’est pas humain» dit David Abram. En cultivant notre parenté avec toutes les espèces, nous surmontons nos inclinations anthropocentriques qui peuvent être pernicieuses et qui peuvent nous nuire tout autant que nuire à autrui. L’intercession du Christos généra un affaiblissement des limites humaines, plus particulièrement les limites de l’ego, et cela permit une intensification des relations de communion avec tout ce qui est vivant. C’est dans cette communion que nous découvrons plus facilement notre chemin personnel parce qu’aucune créature ne vit par elle-même. La fonction ultime du Mesotes est une influence d’accompagnement subtil et respectueux. Laurence van der Post, qui vécut avec les San Bushman du Kalahari, a saisi le sens de cette expérience lorsqu’il écrivit (“A Mantis Carol”): «Nous savons tous plus que nous nous permettons à nous-mêmes de savoir en raison d’une certaine couardise en face de l’ineffable et d’une peur d’accepter son influence sur nous pour nous guider vers la nature de sa réalité».

Suite à la rencontre du Mesotes, la plupart des témoins ne s’en remettent pas à son influence de guide mais retombent dans leur conditionnement et intègrent cette rencontre au travers du filtre de leur conditionnement, plus particulièrement de leur conditionnement religieux. Il faut avouer malheureusement que cette rencontre est gâchée pour les individus lorsqu’ils se raccrochent à leur fixation sur le Jésus historique et sur les croyances aveugles dans la rédemption, le sacrifice, la valeur salvatrice de la souffrance, le plan de Dieu pour le monde, et ainsi de suite. La rencontre mystique authentique est totalement exempte de tous ces phantasmes. Nous sommes guidés par le “Jésus vivant” vers une expérience personnelle unique de communion avec toutes les espèces. Le spectre lumineux est le guide intérieur subliminal, pas un “entraîneur de vie” qui favoriserait l’élèvement de soi-même ou la collusion avec Dieu. Il n’encourage pas la gratification de nos vies personnelles mais bien plutôt la consécration altruiste à tout ce qui est vivant.

Ceux qui voient la Lumière Organique savent qu’ils en sont vus aussi. C’est vraiment mystérieux et mystérieusement vrai. Toute personne, qui rencontre le spectre lumineux, est enregistrée dans la mémoire vivante de l’Eon Christos. Les Gnostiques enseignaient que nous intégrons une portion de la Lumière Divine en nous-mêmes et en nos corps au niveau cellulaire. Ils étaient aussi, cependant, conscients de la manière dont cette faculté lumineuse peut être obscurcie, et même anéantie, par des croyances malsaines et aveugles, plus particulièrement des croyances concernant dieu, la divinité, la Nature et le potentiel humain.

Le Mesotes est transcendantalement impersonnel et, sous certains égards, agit comme un automate sans raison. Il est une fonction plutôt qu’une entité. En tant que tel, on peut le comparer (de façon un peu crue) à un curseur sur un écran d’ordinateur. La position du curseur permet à celui qui écrit de naviguer dans le texte et de savoir où il en est dans sa rédaction. Le curseur possède également des fonctions d’édition, telles que de bloquer ou de supprimer du texte, et des fonctions d’accès à des informations et à des programmes pré-installés (avec un clic). Il serait évidemment absurde de supposer que le curseur est celui qui écrit et qui donne une signification au texte. Il en est de même avec l’influence du Mesotes qui est si subtile et non-directive que nous la falsifions en assumant qu’elle nous guide d’une quelconque manière extérieure alors qu’elle nous aide, en fait, simplement à nous auto-guider.

Dans la gamme des instincts humains, l’impulsion pour l’auto-préservation (à savoir la préservation du corps tout autant que celle de l’ego) est tellement forte qu’elle peut contrecarrer l’impulsion de co-évolution, l’impulsion à embrasser toutes les formes de vie et à aimer Gaïa, la Terre même. Nous sommes immergés dans la symbiose Gaïenne et nous avons toujours le choix de surmonter l’auto-préservation au bénéfice de la totalité du vivant. La guide intérieur est un don sublime conféré à notre espèce par le Plérome, un soutien indéfectible à notre auto-correction.

Sans la guidance subtile du spectre lumineux, nous serions encore plus sous l’emprise d’un égoïsme malsain que nous ne le sommes actuellement.

Ceux qui reçurent l’instruction par la Lumière, dans les temps anciens, comprirent que l’humanité n’est pas faite à l’image du père divin et non pas même à l’image des dieux Pléromiques. La compassion infinie des Eons ne leur permet pas de s’implanter et de s’imposer dans la myriade de créatures qui peuplent leur Rêve. Les Gnostiques enseignèrent que l’humanité est une innovation libre de forme, une expérimentation de l’imagination divine, et non pas une créature faite à l’image d’un parent divin. L’espèce humaine est douée d’une faculté correspondant à la puissance divine qui l’a engendrée et qui soutient la réalité même dans laquelle nous vivons, le rêve vivant dans lequel nous demeurons, moment par moment.

L’epinoia lumineuse oeuvre dans l’ADN mitochondrique de nos cellules, en régénération perpétuelle. La puissance imaginative de co-évoluer avec toutes les espèces, et d’entrer en harmonisation avec Sophia, est en contact permanent avec le Mesotes, l’auto-pilote de l’âme. En contemplant le guide intérieur, nous percevons la forme humaine parce que nous contemplons le reflet, non pas d’un individu, mais d’une espèce qui se reconnaît elle-même. La connection originelle avec Gaïa, encouragée dans les Mystères, était réalisée dans la connaissance silencieuse avec l’Anthropos comme image focale par laquelle la faculté d’epinoia peut être nourrie par la supervitalité de la planète Mère. La perception de notre parenté avec toutes les espèces nous permet de devenir humain dans une perspective de co-évolution intégrale, de façon panoramique, pour ainsi dire: d’avoir notre destin, un destin humain, et de le dépasser. Les initiés détectèrent l’Anthropos et, en même temps, ils situèrent l’humanité au sein du royaume animal. L’Anthropos est investi de facultés qui ne sont pas présentes dans les autres espèces mais cela ne le rend pas supérieur à n’importe quelle autre espèce. Nous ne pouvons pas connaître notre place dans le cosmos au travers d’une fixation anthropocentrique mais cela ne fait pas de sens non plus de rejeter le statut unique de l’espèce humaine.

L’humanité représente un aspect particulier de l’imagination divine intimement impliqué dans la correction de Sophia, si nous choisissons d’être fidèles à cet aspect. La première condition, pour pénétrer dans sa correction, est de corriger notre vision de nous-mêmes en tant qu’espèce, de ré-imaginer l’humanité. Les Gnostiques enseignèrent que notre espèce est co-éternelle avec la galaxie dans laquelle elle fut semée. Des souches de l’Anthropos émergent dans de nombreux mondes simultanément. Le génie des initiés des Mystères fut de découvrir les conditions spécifiques au monde dans lequel nous demeurons. Ils les découvrirent en cultivant l’epinoia lumineuse et en vivant dans l’imagination divine en devenir.