Chapitre 6. Le Transfert

En l’espace d’un siècle après la destruction de Jérusalem, le complexe du rédempteur Palestinien s’était répandu dans toute l’Europe via Rome.  Pour évangéliser les peuples Païens, l’image militante, pure et dure, du messie Zaddikite devait être déguisée sous une figure en apparence inoffensive, “le gentil Jésus, doux comme un agneau”. La démence messianique, qui avait secoué la Palestine pendant des siècles, était totalement étrangère à la psyché Européenne. Pour que le complexe messianique puisse être répandu en Europe et imposé aux peuples Indigènes, il fallait lui apporter quelques mutations supplémentaires, et plus particulièrement en ce qui concernait le troisième élément, le messie envoyé par le Père pour garantir le salut des quelques justes.

 

Les Douze

La fièvre intense de l’attente messianique dans le monde classique, à l’aube de l’Age des Poissons (environ 120 avant EC), n’était pas universelle, comme les érudits sont enclins à l’assumer. C’était un phénomène prévalant dans la population urbaine d’esclaves qui cherchaient à se libérer de leur statut social inférieur et qui croyaient qu’ils pouvaient susciter un changement soudain et spectaculaire de leur destinée en embrassant la nouvelle idéologie de la rédemption. En effet, le Christianisme primitif était un mouvement de type communiste qui ne se refusait pas le recours à la violence et à la coercition physique pour accomplir ses fins. C’est de cette manière qu’il est analysé par Erich Fromm, dans son étude percutante, “Le Dogme du Christ”. D.H. Lawrence établit la même comparaison dans son dernier ouvrage “Apocalypse” que j’ai souvent cité au fil de ces pages. Les érudits des Manuscrits de la Mer Morte ont également souligné les éléments de type communiste dans les règles et dans les pratiques de la secte de la Mer Morte: l’abolition de la propriété privée, la hiérarchie militariste des membres et l’exigence de l’ascèse individuelle. Le garde-chiourme strict de la secte Qumranique, le maqabah, pourrait être comparé à un commissaire Bolchévique. Le Maître de la Vertu, à Qumran, peut être imaginé comme un doctrinaire militant à l’image de Lénine, un homme dont la destinée fut également d’être trahi. D’autres parallèles pourraient être dressés.

Ce n’est sûrement pas une coïncidence qu’Edmund Wilson, qui écrivit l’un des tout premiers et des meilleurs ouvrages sur les Manuscrits de la Mer Morte, écrivit également “La Gare de Finlande” qui est sans doute la meilleure narration de la naissance de la Révolution Russe qui ait jamais été écrite. Et le parallèle entre la révolte Juive et la Révolution Russe ne s’arrête pas là. Durant la période longue et tumultueuse de gestation de la Révolution, les intellectuels Russes de Saint Petersburg et de Moscou furent inspirés par le philosophe mystique Vladimir Soloviev (1853-1900) dont l’influence conféra une forte orientation Christocentrique aux politiques Russes. Soloviev, qui mourut le même mois et la même année que Nietzsche, est très largement connu pour ses trois rencontres visionnaires avec la Divine Sophia et sa conception très élevée du theandros, de la “divine humanité”.

A première vue, ces thèmes semblent relever du Gnosticisme et il est possible que Soloviev ait été un Gnostique naturel mais il envisagea ses expériences strictement dans le cadre de la religion Orthodoxe Grecque. Sous l’influence de son instructeur, Nikolai Fedorov, un érudit ascétique qui croyait en la résurrection physique pour les classes opprimées du monde, Soloviev proposa une philosophie complexe qui plaça le Christ et Sophia au coeur de l’évolution collective de l’humanité. Soloviev prédit également la venue de l’Antéchrist et l’invasion d’hordes jaunes venant de l’Asie qui subjugueraient l’Europe. Sa philosophie expose les quatre éléments du complexe du rédempteur dans une version particulièrement Slavophile.

Deux des protégés les plus dévoués de Soloviev étaient de jeunes génies de l’intelligentsia Russe: Andrei Biely et Alexander Blok, tous deux nés en 1880. Biely – l’auteur de “St Petersburg”, un roman symbolique classé comme l’un des chef d’oeuvres mondiaux du niveau de Joyce, Mann et Proust – s’impliqua profondément dans l’ésotérisme Christocentrique de l’occultiste Autrichien Rudolf Steiner. Blok devint l’une des plus célèbres figures littéraires Russes du 20ème siècle. Il composa un poème intitulé “les Douze” (1918), une des oeuvres les plus étonnantes et les plus controversées de tout le corpus de la littérature Russe. Il y décrit la marche en formation de V de douze Bolcheviks, des hommes connus pour avoir assassiné et violé, qui patrouillent les rues de Petrograd alors qu’une féroce tempête de neige se déchaîne autour d’eux. Le poème compare les Bolcheviks aux Douze Apôtres. A la tête de la formation, une grande silhouette marche d’un pas ferme: le Christ.

La Russie du vingtième siècle peut sembler très loin de la Palestine du premier siècle mais l’est-elle vraiment? Les coordonnées de l’espace-temps ne sont que des bornes éphémères dans le paysage de songe fluide de la psyché humaine. Un millier d’années n’est qu’un frémissement fugitif de l’intelligence collective. La manière par laquelle la psyché Russe se focalisa sur le Christ, comme leader numineux de la révolution, peut être comparée à la manière dont le messie Palestinien influença la vie des peuples Indigènes de l’Europe, seize siècles plus tôt. Avec cette énorme différence, cependant: la psyché Russe semble avoir spontanément généré le sauveur spectral et numineux de la révolution tandis qu’en Europe le messie dut être brutalement imposé aux peuples natifs.

L’évangélisation est un processus de coercition et de cooptation. Les peuples se convertissent afin de survivre dans l’ordre social dominant. S’ils semblent passer par une conversion authentique, et vécue par l’âme, c’est plus une mesure d’adaptation psychique que de transformation spirituelle. (Et les historiens en sont fort conscient qui ressassent, et ressassent encore, les récits qui témoignent de la manière dont les peuples Païens, longtemps après leur conversion, s’accrochent encore à leurs voies ancestrales). A moins qu’il n’existe une force intérieure de résistance, une immunité psychique pour ainsi dire, la psyché individuelle ne peut que s’adapter au stress de l’imagination collective. Elle va devenir ce qu’elle croit et oublier ce qu’elle sait.

Les “Douze” de Blok pourraient très bien être des “réincarnations” tardives des Zélotes  de la Mer Morte. Ce sont des militants radicaux conduits par un guerrier messianique sans pitié. Il n’émane de la psyché humaine (de toute race ou de toute époque) que ce qui y a pénétré. Le Prince Vladimir de Kiev était l’arrière petit-fils de Rurik, le fondateur traditionnel de l’État de Russie. Né en 956, Vladimir assuma la gouvernance de ce qui allait devenir l’Empire de Russie en 980. Il fut un despote agressif qui étendit son empire par une campagne de conquêtes musclées. En 988, il contracta une alliance militaire avec l’Empereur Byzantin Basile II, scellée par un mariage avec la soeur de l’empereur, Anna. En échange, il accepta de se convertir au Christianisme. Tout comme Constantin six siècles auparavant, Vladimir ne devint Chrétien que par stratégie politique. Le conte d’enfants raconté par les historiens stipule généralement que «une fois que le prince embrassa la nouvelle foi, le peuple le suivit volontiers». Quelle chance fantastique pour l’entièreté de ce peuple! La conversion de la Russie, sous Vladimir en 988, représente l’invasion la plus fatale du complexe du rédempteur Palestinien dans les lointains terroirs de l’Asie.

Plus la pénétration est profonde dans la psyché d’un peuple et plus violent sera le rejet. A part l’Empire Romain, le monde a connu peu de tyrannies aussi absolues et pérennes que la dynastie Chrétienne fondée par Vladimir. Le peuple Russe se convertit au Christianisme sous la pression habituelle de la contrainte, de la coercition, de l’intimidation et des menaces de mort et de damnation. Le messie Zaddikite leur fut ingurgité de force et, stupéfaction, le voilà qui surgit de nouveau en 1918, émacié, aux yeux d’acier, assoiffé de revanche!

De Melchisédech à Jésus/Christ, en passant par le roi des Juifs et le messie Zaddikite, c’est une longue piste peu aisée à suivre, une permutation qui requiert une concentration exceptionnelle de la plupart d’entre nous qui avons de la peine à nous focaliser sur l’instant présent plus de trois minutes à la fois. Mais dans le continuum de la psyché humaine, le complexe du messie traverse les siècles comme les ricochets d’un galet à la surface des eaux. Ses rebonds sont les vagues du changement historique, modelant et dissolvant les vastes contours de la société humaine. Il est vital que nous comprenions  – alors qu’un certain nombre de messies de combat sont, de nos jours, lâchés dans l’arène – comment la vision psychotique et génophobique des Zaddikim a pu engendrer le doux Jésus des Evangélistes.

Le messie Zaddikite était une figure politique nimbée d’une aura mystique. Il était exactement ce que l’écriteau sur la croix en dit: “Le roi des Juifs”. Ou du moins c’est ce qu’il voulait être. S’il n’était pas lui-même un terroriste, les terroristes l’entouraient et le protégeaient. Simon Pierre, Simon le Roc, était un redoutable expert de la bagarre aux poings. Judas “Iscariote” était ainsi nommé parce qu’il était l’un des Sicarii, des assassins notoires à la lame rusée.102 Les Zélotes coupaient la gorge des Juifs, tout comme des Romains, dans leur campagne de libération de la Terre Promise. Les Juifs introduisirent la crucifixion pour se la voir empruntée par les Romains qui en firent usage à leur encontre.103 Les archives de la Mer Morte valident la thèse de politisation des Évangiles, de Robert Einsenman, avec plus de force et de cohérence que toute autre lecture érudite des Zaddikim et de la révolte Juive.

Mais par quel miracle Jésus (Yeshua, pour lui donner son nom Juif adéquat) émerge-t-il de tout ce fatras comme le gentil instructeur et guérisseur, l’émissaire divin, ou divinement inspiré, de l’amour de Dieu?

 

La Conversion des Barbares

Dans “Jesus the Magician”, Morton Smith, l’érudit des Manuscrits de la Mer Morte, a soutenu qu’il aurait été impossible de distinguer le Jésus des Évangiles, à son époque et dans son contexte, d’un faiseur de miracles où d’un guérisseur populaire. Alors que le messie Palestinien, sous ses traits véridiques et originels, était profondément étranger à l’imagination native des peuples Européens, le personnage de Jésus le Magicien offrait des avantages à ceux qui propageaient la nouvelle foi. En raison de l’ouverture et de la fertilité de leur vie psychique et imaginative, les Européens étaient enclins à voir en Jésus une version de leurs dieux natifs et de leurs héros shamaniques, un guérisseur psychique à l’image de ceux qu’ils connaissaient. La conversion des natifs, à la volée, devint un vif succès lorsque les missionnaires, tel Ulfilis, l’évêque Arien des Goths (311-383) persuadèrent les “Barbares” de l’arrière-pays que Jésus et Christ n’étaient que des noms différents pour leurs shamans ou leurs dieux tribaux. Le même phénomène se passa en Irlande lorsque les divinités Celtiques, telles qu’Aengus, furent identifiées avec le Christ. Selon l’histoire telle qu’elle est racontée, pour mettre en valeur les vainqueurs, la conversion des peuples barbares advint presque miraculeusement, comme s’ils avaient trouvé en Jésus Christ l’identité véridique de leurs dieux natifs.

Mais la réalité fut toute différente. Le message salvateur attaché à Jésus le Rédempteur était quelque chose que les Indigènes avaient intérêt à accepter s’ils ne voulaient pas en souffrir les conséquences. La menace d’un messie surhumain, dont les arrières étaient gardées par un dieu paternel vengeur, planait au-dessus de la promesse d’amour incarnée dans la personne de Jésus. Les conversions réalisées par Saint Patrick, et d’autres missionnaires, impliquaient souvent des batailles magiques ou des duels shamaniques dont les saints sortaient les vainqueurs, supplantant ainsi la magie native.

Ces batailles étaient des fables rédigées, durant l’Age des Ténèbres, par des moines Chrétiens qui s’inspiraient des connaissances Indigènes dans le but de les éradiquer purement et simplement. Les fables fonctionnaient bien avec les peuples naïfs dont les cultures orales dépendaient de la narration d’histoires pour la continuité générationnelle; cependant, ce seul facteur ne suffit pas à expliquer le triomphe du système militaire et politique associé avec Jésus/Christ et avec le message rédemptionniste. Les belles histoires de miracles et les minauderies du sauveur pseudo-shamanique étaient généreusement agrémentées d’intenses brutalités. Plus les natifs résistaient et plus la répression était implacable.

La “conversion” Chrétienne de l’Europe Païenne avait également un autre avantage en sa faveur. Les Européens n’avait que peu, ou pas du tout, de résistance psychique à un virus idéologique qu’ils n’avaient jamais rencontré auparavant – de la même façon que les colons et les missionnaires Européens importèrent, et parfois répandirent délibérément, une panoplie de maladies contagieuses auxquelles les populations natives ne pouvaient pas résister. Du temps que les peuples Indigènes réalisent que le doux Jésus était associé avec une cohorte bizarre de règles et un programme étranger de provenance extraterrestre, les dés avaient été jetés et un système de contrôle social sans pitié avait été mis en place.

Cependant, les Indigènes Européens continuèrent de résister à la conversion durant de nombreux siècles, souvent feignant la soumission tout en persistant dans leurs voies natives traditionnelles. Les touristes éveillés en Europe s’aperçoivent rapidement, de nos jours, que des traditions Indigènes sont cachées dans les sites et les sanctuaires Chrétiens: la grotte de la Déesse Noire déguisée en sanctuaire de la Vierge; la source magique abusivement associée à un saint Chrétien; la cathédrale ou la chapelle ornée de symbolisme Païen; et ainsi de suite.

 

Sommation à la Perfection

Pour les anciens Hébreux, bien sûr, il ne fut jamais question de conversion. Ils n’eurent pas besoin de se convertir au déguisement religieux du syndrome victime-perpétrateur parce qu’ils constituaient un peuple qui avait été prédéfini par ce syndrome dès ses origines. En tant que communauté élue, avec une tradition sacrée unique, ils avaient été mis à part des peuples Indigènes de Canaan où Abraham avait émigré aux ordres de son dieu paternel. Ce à quoi les Enfants d’Israël étaient confrontés, ce n’était pas la conversion mais l’exigence d’une soumission absolue à la volonté du Créateur. Depuis ses origines, la communauté Israélite fut pétrie de culpabilité parce qu’elle était incapable de vivre en conformité avec les règles rigides dictées par Yahvé. Ceux qui avaient été élus se sentaient indignes de la mission. Pour rendre la situation encore pire, ils étaient enchaînés par «la sommation Judaïque à la perfection», ainsi que l’historien des cultures, George Steiner, la qualifie.104 La vocation à la perfection surhumaine procéda de Melchisédech mais elle subsista à l’arrière-plan, un impératif occulte dont l’accomplissement n’était connu que d’une poignée.

Les anciens Juifs souffraient ainsi d’un double fardeau: ils avaient une mission divine à accomplir et, en même temps, toute leur lutte communautaire servait de front pour un programme secret mené par les Zaddikim, les prêtres énigmatiques de Melchisédech. Les restrictions de Jéhovah étaient humainement impossibles à observer en toute fidélité. Le Lévitique contient non seulement les enseignements primaires attribués à tort à Jésus «tu aimeras ton prochain comme toi-même» (19:18) mais il prescrit également plus de 600 règles précises de comportement alimentaire, sexuel, social, éthique et hygiénique. L’amour du prochain tout comme l’ensemble des règles n’étaient destinés à être pratiqués que par les Juifs et pour les Juifs. C’était beaucoup demander, mais ce qui importait était la volonté de se conformer et on pouvait concevoir un niveau maximum de soumission. La communauté aurait pu se mettre en conformité quasi totale avec les commandements de Dieu mais il ne pouvait pas en être ainsi parce que le programme des Zaddikim exigeait un standard de perfection situé hors du monde qu’aucun être humain n’aurait jamais pu accomplir.

Alors qu’elle paraît être une requête de Dieu, la sommation à la perfection est en réalité une incitation à la folie et à l’auto-annihilation.

 

Infection Virale

Il faut bien rappeler que pour les anciens Hébreux le plan divin assumait une forme particulière reflétée dans le script de la Bible à la suite de la Captivité Babylonienne (586 à 538 avant EC). L’histoire Juive fusionna le scénario Perse du Mal Cosmique versus Bien Cosmique avec la destinée d’une petite tribu Sémite, les Ibiru, littéralement les “éleveurs d’ânes”. Dans le script directeur imaginé par les scribes ultra-orthodoxes de la période du Second Temple (qui commença en 516 avant EC), le personnage du messie séculaire, le roi Juif, muta de façon bizarre. Le contrôle de la mutation, selon un mode “d’opération de couverture”, était sous la coupe de la classe secrète des prêtres de Zadok, la lignée de Melchisédech. Alors que l’application du plan de Dieu s’avérait impossible, le scénario de l’apocalyptisme Juif devint de plus en plus extrémiste et élaboré. Dans sa monographie sur le Livre de la Révélation qu’il appelait “le baiser de la mort” du Nouveau Testament, D. H. Lawrence considéra comment «les Juifs devinrent un peuple à la destinée ajournée» (ouvrage cité ci-dessus). La mission des prophètes, tels Ezéchiel et Daniel, et des écrivains apocalyptiques qu’ils inspirèrent, était de «visualiser le triomphe extra-terrestre des Elus».105 Plus il semblait improbable que les Enfants d’Israël pussent bénéficier de leur propre royaume dans la Terre Sacrée, plus il était urgent de trouver une solution surnaturelle pour le plan du Père.

Néanmoins, tous les membres de la communauté Juive, qui était disséminée dans tout l’Empire Romain, n’adhérèrent pas à ce plan. En fait, la résistance à ce plan fut la plus farouche en Palestine où de nombreux Juifs se satisfaisaient de vivre leurs pratiques, paisiblement et avec modération, tout en restant en bons termes avec leurs voisins Païens. Après la Captivité, de nombreux Juifs restèrent de leur plein gré à Babylone car ils s’étaient parfaitement intégrés à cette culture. Sous la dynastie Hasmodéenne installée par la révolte des Macchabées, les gens de Judée durent être Judaïsés par la force et lorsqu’ils refusèrent de se conformer, leurs citées furent détruites par les armées du roi Juif. Dans une très large mesure, les Juifs de l’ancienne Palestine étaient enclins à vivre en coexistance pacifique avec leurs voisins non-Juifs. En fait, les Juifs, dans tout l’Empire, étaient réputés pour leur aisance d’intégration. Intégrés dans les diverses cultures de nombreuses régions, ils réussirent à préserver leurs croyances, et leurs règles de vie, tout en prospérant et en s’entendant for bien avec le reste du monde. Mais le mouvement Zaddikite-Zélote interdisait strictement toute compromission avec les Gentils et les Païens. La secte extrémiste, sur la Mer Morte, se livrait à la violence (hamas en Arabe) afin d’imposer un programme génophobique à leur propre peuple.

A partir de l’époque des Macchabées (168 avant EC), à l’aube de l’Age des Poissons, l’attente messianique monta drastiquement en puissance dans tout l’Empire. De nombreuses personnes, dont des Juifs pieux, acceptaient avec joie que de nombreux messies apparaissent en tant que guides spirituels, instructeurs moraux et réformateurs s’opposant aux injustices de l’Empire. Mais les Zaddikim ne cherchaient qu’à assurer le triomphe de leur propre messie, avant tous les autres. La présence tenace de la secte groupusculaire radicale en Palestine menaça la stabilité de l’Empire Romain et provoqua de grands malheurs pour toute la communauté Juive.

Il s’avéra que la solution surnaturelle des Zaddikim ne put jamais prendre forme mais elle se réalisa, d’une autre manière, au travers du Christiannisme. Nous sommes maintenant habitués aux anomalies dans le cours de “l’histoire sacrée” des anciens Hébreux mais la plus grande anomalie de toutes reste encore à venir. Comment le roi Juif, qui se métamorphosa dans le messie apocalyptique des Manuscrits de la Mer Morte, muta-t-il encore plus drastiquement dans le rédempteur divin, Jésus/Christ? Je propose d’appeler cette évolution capitale “le transfert” – le processus par lequel le programme Zaddikite se propagea de son confinement sectaire aux première loges de l’histoire mondiale.

On pourrait comparer le transfert à l’intrusion d’un virus dans un groupe vecteur dans lequel il mûrit et se fortifie, acquérant progressivement de la virulence jusqu’à ce qu’il éclate en une explosion pandémique.

L’analogie avec un virus fut, en fait, communément évoquée à l’aube du Christiannisme. En l’an 50, l’Empereur Claude écrivit à la communauté des Juifs Alexandrins pour les informer du danger des sectes extrémistes en Palestine et dans la province avoisinnante de la Syrie, à laquelle la Judée appartenait. Ils les mit en garde contre une complicité avec «une peste qui menace le monde entier».106 Dans son message d’alarme, Claude n’attaquait pas les Juifs auxquels il s’adressait car ils étaient des éléments importants et bien intégrés à l’Empire. Ils les avertissait de quelque chose en train d’émerger au sein de leur propre communauté ethnique. Il faut préciser que les autorités Romaines surveillaient les problèmes qui venaient de cette région depuis très longtemps. Dès 161 avant EC, juste quatre ans après la révolte des Macchabées, des Juifs Palestiniens établirent une ambassade à Rome sous l’égide d’un homme appelé Judas. Hispalus, vingt ans plus tard, ferma cette ambassade et en chassa les Juifs de Rome car leurs croyances rigides étaient perçues comme menaçant la sécurité publique. L’annexion de la Judée par Pompée, le rival de César, en 54 avant EC, allait s’avérer être un événement dramatique tant pour l’Empire que pour les Enfants d’Israël. La lettre de Claude, rédigée un siècle plus tard, reflétait la perception croissante selon laquelle l’Empire recélait en Palestine les ferments de sa propre destruction.

 

L’Homme de Mensonges

La carrière de Paul, antérieurement Saül de Tarse, débutait juste lorsque Claude écrivit sa lettre en ayant recours au terme “peste”. Les Actes 24:5 révèlent un langage similaire lorsque Paul fut inculpé devant le gouverneur Romain Félix en Césarée: «Car nous considérons que cet homme est un vecteur de peste et un agent de sédition parmi tous les Juifs épars dans le monde entier et un leader de la secte des Nazaréens». Comme tout ce qui se passe et se dit dans les Actes et dans les Évangiles, cette accusation est  complètement incompréhensible sans la clé pourvue par les Manuscrits de la Mer Morte. Avec une patience infinie et une élucidation textuelle attentive, Robert Eisenman a démontré que c’est une erreur totale d’imaginer que Paul prêchait, d’une quelconque manière, le Christianisme en tant que tel. Les faits historiques avérés de l’époque, y compris les témoignages directs, confirment ce que l’on peut conclure d’une étude minutieuse des Manuscrits de la Mer Morte: Paul prêchait la doctrine Nazaréenne ou Nazoréenne, à savoir l’idéologie extrémiste des Zaddikim, qu’il transféra dans le Chritianisme. (Le terme Hébraïque nazor “branche” fait référence à la lignée génétique du messie de David et de Jesse. La corrélation de ce terme avec le village de Nazareth est erronée).107

Il est clair que Paul fomentait une sédition contre l’Empire parce qu’il promulguait les croyances extrémistes d’une secte mystico-militante dont la finalité était de mettre fin à l’occupation Romaine de la Palestine et d’établir le Royaume d’Israël. En adoptant l’apocalyptisme militant des Zaddikim, Paul promulgait également sa croyance messianique mais en la transformant selon ses propres termes et finalités qui n’étaient pas ceux de ses concepteurs.

Dans le langage codé des Manuscrits de la Mer Morte, Paul est l’Homme de Mensonges.

Cette identification change entièrement l’histoire de la conversion de Paul à Damas. Cet événement est décrit deux fois dans les Actes, tout d’abord au chapitre 9, lors d’un récit à la troisième personne, et puis au chapitre 2, dans les mots mêmes de Paul. Selon la narration habituelle, Saül part pour Damas autour de l’an 40 pour éliminer et persécuter les Chrétiens. En route vers la ville, il rencontre un personnage lumineux qui s’identifie lui-même: «Je suis Jésus que tu persécutes». Saül est ensuite emmené à Damas où la voix dans la lumière l’informe que «il sera prévenu de toutes les choses qu’il aura à faire». Il est reçu par un homme appelé Ananias «un homme pieux, selon la Loi, ayant de bonnes relations avec tous les Juifs qui demeuraient là» – à savoir les membres fervents de la secte des Zaddikims qui vivaient à Damas, une branche urbaine de la colonie Qumranique.

Ananias, par un biais quelconque, a été prévenu de l’arrivée de Saül. Comment peut-il déjà connaître l’événement visionnaire qui s’est manifesté au chasseur de têtes bien connu de Jérusalem? Et bien, l’arrivée de Saül à Damas doit avoir été anticipée avec grande crainte par les Zaddikites de la région. Il est possible qu’ils aient mis en place un piège pour capturer Saül et le convertir à leur propres finalités. En même temps, une sorte d’expérience visonnaire ou paranormale semble être arrivée. C’est comme si Saül était tombé en dépression psychotique et qu’il était tombé en même temps aux mains de ceux qu’il poursuivait.

Peu après son séjour chez Ananias et d’autres disciples,  Saül, renommé maintenant Paul (le fait de renommer est caractéristique des conversions dans les sectes) commence à prêcher son message unique qui «confondait les Juifs qui demeuraient à Damas, prouvant que Jésus était le Christ». (Actes, 9:22). Lorsqu’il retourne à Jérusalem, non seulement confond-il de nouveau les Juifs mais il génère un tel mouvement de protestation violente qu’il doit fuir la cité. Parmi ceux qui sont le plus choqués et alarmés par son message se trouve Jacques le Juste, le Maître de Justice de Qumran, qui représente les Zaddikim dans le Temple de Jérusalem, l’autre avant-poste urbain important de la secte de la Mer Morte.

Et c’est ainsi que le ministère de Paul commence, une mission lancée sous les auspices de la méfiance et de trahison.

 

Agent Double

Selon l’interprétation habituelle de ces événements bizarres, les Juifs sont en colère parce que Paul prêche le Christianisme authentique, le message rédempteur et empreint d’amour de Jésus, qui est catholique – universel, applicable au monde entier – et qui entre en conflit avec l’éthique sectaire, oeil pour oeil, des Juifs. Mais de par les preuves amenées par les Manuscrits de la Mer Morte, cette interprétation ne tient plus la route. Les textes des Manuscrits valident une toute autre histoire, encodée dans les rôles Qumraniques. Ils révèlent la lutte de Jacques le Juste (rôle: Maître de Justice) pour empêcher que son frère Yeshua (rôle: Messie) soit transformé en personnage central de la nouvelle religion de Paul (rôle: Homme de Mensonges). Mettant en garde, en termes explicites, contre quelqu’un qui viendra pour pervertir la mission des Zaddikim, le Document de Damas des Manuscrits fait allusion à l’époque,

«Durant laquelle arriva un Moqueur

Qui distilla pour Israël des eaux trompeuses

Et les poussa à se perdre dans les terres sauvages sans chemins

A supprimer les anciennes voies,

Et à se détourner des chemins de la vertu».108

L’acte de trahison mentionné, de façon répétée, dans les Manuscrits culmine lorsque Paul pirate l’idéologie Zaddikite et l’utilise pour façonner une nouvelle religion, le Christianisme. C’est ainsi que le transfert fut réalisé.

L’absurdité patente de l’interprétation conventionnelle de la conversion de Paul se révèle grâce aux preuves textuelles des Manuscrits et à un peu de bon sens commun. Paul, qui inventa virtuellement le Christianisme, en termes doctrinaux, ne pouvait pas aller à Damas pour persécuter les Chrétiens, et se faire convertir en chemin, parce que ce ne fut qu’à la suite de sa conversion que le Christianisme en vint à exister en tant que tel. Les Chrétiens n’existaient pas à cette époque, une dizaine d’années après la mort de Jésus. De plus, il n’exista pas de Christianisme tel que nous l’entendons aujourd’hui, en termes de doctrines, avant qu’il ne se passe deux autres siècles.

C’est Paul qui établit le noyau idéologique de la foi Chrétienne, en greffant la notion de grâce et d’amour de Dieu sur le personnage du messie Zaddikite. N’existait-il pas peut-être un mouvement de Jésus indépendant du programme militariste Zaddikite? Bien qu’il soit possible qu’il ait existé une poignée de disciples d’un rabbi radical qui prêchait la paix et le pardon, un tel groupe, cependant, n’aurait pas pu constituer une menace pour les autorités Romaines. Par contre, les Zaddikims, avec les Zélotes comme aile militaire pure et dure, constituaient réellement une grave menace pour les pouvoirs en place. Cela ne pouvait être qu’un groupe militant que Paul fut envoyé débusquer et liquider.  Dans le même sens, ce ne fut qu’un simple être humain, le messie Zadikkite, que Paul éleva au rang divin en tant que “Christ”.

Les Zaddikim échouèrent à renverser Rome mais, par l’entremise du transfert, le programme rédempteur dérivé de leur idéologie extrémiste consuma l’Empire et coopta sa puissance.

L’homme qui devint l’apôtre Paul était originellement un mercenaire embauché par les autorités Romaines pour pourchasser les sectes extrémistes tels que les Zaddikim. En bref, c’était un chasseur de têtes. Cela est très clair, même dans les Actes. A plusieurs occasions, les Romains protègent Paul. Ils approuvent ses actions et lui fournissent des troupes et une garde personnelle. Le Sanhedrin, dont le leader au temple de Jérusalem (rôle: le Prêtre Impie) cherche à supprimer les Zaddikim, couvre également la mission du chasseur de têtes. Tout cela est clairement décrit dans les Actes.

Selon la tradition de la communauté de Qumran, il existait une cellule majeure de l’Alliance à Damas.109 Alors qu’il était en train de la pourchasser, Paul tomba aux mains de la secte qu’il était supposé éradiquer. Durant son séjour avec Ananias, il fut initié aux secrets les plus occultes des Zaddikims, dont le secret ultime, l’identité de Melchisédech. Il semble bien que Paul s’avéra être une recrue exceptionnellement douée. Le profil de la personnalité de Paul ressemble à ce que l’on qualifie aujourd’hui de sociopathe: une personne brillante, passionnée et hautement persuasive, capable de jouer différents rôles dans différents contextes sociaux mais qui poursuit toujours son propre objectif personnel. En fait, l’appel de Paul à «être toutes choses pour le monde entier», est la description parfaite du sociopathe.

Dès que Paul fut libéré de sa période de recrutement, il commença à prêcher publiquement les doctrines Zaddikites. Ce prêche public fut en lui-même un acte terrible de trahison qui poussa cinquante membres du mouvement Zélote à commencer un jeûne jusqu’au moment où ils pourraient l’assassiner. (Actes 4). Dans cette situation, comme dans beaucoup d’autres, Paul fut étroitement couvert par les autorités Romaines qui intervinrent pour le protéger et le sauver à plusieurs occasions. En raison de ses connaissances sur la cellule de Damas et sur les activités des campements sauvages en Judée, il était un double agent de valeur pour Rome mais aussi un faiseur de troubles trop imprévisible à contrôler. Vers la fin de la vie de Paul, ceux-là même qui l’avaient envoyé liquider la cellule des Zaddikites de Damas prirent conscience qu’il créait plus de problèmes que ce qu’il rapportait. Paul fut exécuté à Rome en l’an 64 et c’est la première année pour laquelle il existe des archives de “Chrétiens” persécutés.

Dans une application frappante de l’analogie virale, Robert Eisenman parle du «bacille incendiaire de la propagande apocalyptique et Messianique Juive» qui fut absorbé par les prêches de Paul dans une attitude de défi direct avec Jacques le Juste.110 L’Homme de Mensonges défia ouvertement le Maître de Justice, ainsi que le script Zaddikite l’avait annoncé.

La forme larvaire du “bacille incendiaire”, c’est le complexe du rédempteur Palestinien qui est lui-même une mutation anormale d’un thème mythologique universel. Durant des siècles, il fut nourri dans la vie religieuse Juive dirigée secrètement par la classe des prêtres de Zadok. Bien qu’il prit son origine dans la secte minuscule des Zaddikites, le virus idéologique véhiculé par Paul devint pandémique dans la Foi Unique et Authentique. Il se répandit en Europe et dans les Amériques. De nos jours, il infecte le monde entier.

 

Divise et Convertis

Le script directeur du rédemptionnisme est le Nouveau Testament, incluant les Actes et les lettres de Paul. Dans son mélange étonnant de narrations de contes de fée et de rhétorique théologique de haut vol, le Nouveau Testament formule et confirme la complicité de la victime et du perpétrateur telle qu’elle est caractérisée par les tribulations des Juifs dans l’Ancien Testament. Cette complicité implique une sorte de pacte dans le péché, avec les deux partis irrespecteux des commandements de Dieu. Les perpétrateurs qui nuisent à autrui sont clairement des pécheurs mais il en est  de même des victimes qui peuvent aisément croire qu’ils sont justement punis par une puissance d’ordre supérieur. Le mal infligé aux victimes est dû au mauvaises actions qu’ils ont commises aux yeux de Dieu. Et pour empirer la situation, la syntaxe perverse de la collusion victime-perpétrateur entérine la domination, la violence, l’agression et le meurtre comme des expressions du châtiment divin. Ceux qui réalisent la volonté de Dieu selon des voies violentes sont tout autant dans le juste que ceux qui souffrent de la violence parce que cette relation prescrit et légitime les deux rôles à la fois. Un pacte qui sanctifie la violence, et qui garantit la juste vengeance de ses victimes, est difficile à démolir. La tentation des victimes de devenir des perpétrateurs est toujours présente même si toutes les victimes n’y succombent pas. Par contre, celles qui y succombent deviennent des lauréats dans le jeu de domination.

La continuité des deux Testaments rigoureusement rejetée par les Gnostiques, tel Marcion, garantit que le converti au Christianisme sera piégé, dès le début, dans le syndrome de victime-perpétrateur. La doctrine du péché ne confère pas à ses adhérents une chance de faillir: elle les convainc qu’ils ont déjà failli, avant même d’avoir essayé. «Ils ont tous péché et ne sont pas dignes de la gloire de Dieu». De plus, le sentiment d’avoir failli à Dieu renforce intrinsèquement le syndrome de la victime en disposant les croyants à imaginer que les abus et les maux dont ils souffrent sont dus à leurs manquements moraux. S’ils sont dans la peine, c’est qu’ils le méritent. C’est de leur faute car, de par la volonté de Dieu, ils doivent souffrir en punition; mais c’est pour leur propre bien. L’échec à suivre le plan de Dieu entraîne une punition infligée à certaines personnes (les victimes) par d’autres personnes (les perpétrateurs) qui font rigoureusement respecter le plan. Tant que l’idéologie de la rédemption n’est pas remise en question, la pathologie victime-perpétrateur peut continuer à prospérer tout en restant occultée, en ayant recours aux croyances rédemptionnistes pour se couvrir.

L’idéologie de la rédemption n’aurait pas pu subjuguer les peuples du Proche Orient, où elle naquit, et elle n’aurait pas pu s’étendre à l’Europe, et ensuite dans le monde entier, si la relation victime-perpétrateur n’y avait pas été opérationnelle. La résilience morale naturelle des peuples de l’Europe, tout autant que celle des Amériques, aurait pu résister à la doctrine du péché. La mentalité Indigène, laissée à ses états d’âme naturels, aurait considéré, très certainement,  ces notions comme absurdes et ridicules. C’est clairement ainsi que les Païens du monde classique, qui n’étaient pas intimidés par le système de croyances Judéo-Chrétiennes, considéraient cette doctrine. Mais la doctrine du péché était convaincante parce qu’elle légitimait la perpétration sous le déguisement de la punition. Le même programme religieux, qui attaqua les modes de vie Indigène et qui détruisit les moeurs et les normes sociales des peuples natifs, en transformant ces derniers en victimes, leur offrit une justification préformulée pour le rôle de la victime en sus de la garantie que, en fin de compte, ce seraient les victimes qui prévaudraient. L’intelligence native manqua de la finesse leur permettant de percevoir que c’était les perpétrateurs, ceux-là même qui détruisaient leurs modes de vie, qui leur promettaient qu’ils seraient ultimement sauvés de la victimisation. Ils étaient dépourvus de cette finesse parce que la culture orale et Indigène était partout fondée sur le même principe: l’honnêteté, à savoir la cohérence entre les paroles et les actes.

Le dicton “diviser pour conquérir” est très connu. Ce qui est à l’oeuvre dans cette situation, en est une légère altération: “diviser pour convertir”. Afin de convertir les peuples Indigènes, il était nécessaire de les diviser intérieurement, de les fracturer psychiquement, en séparant les paroles des actes. Pour les dominateurs, qui utilisaient la religion de la rédemption comme un outil de conquête, la division était déjà opérationnelle. «L’homme blanc parle avec une langue fourchue». Il était “naturel” pour les colonialistes blancs de renier leur parole et de trahir la confiance, d’affirmer une chose et de faire le contraire, de promettre l’amour et de commettre la violence, de prêcher la compassion et de pratiquer la cruauté. Ce comportement n’était pas une perversion du programme rédemptionniste, ce n’était pas une aberration perpétrée, par une poignée d’individus corrompus, au nom de Dieu et du Sauveur: c’était, et cela l’est encore, la mise en oeuvre rigoureuse et juste de la Foi.

La religion rédemptionniste prévalut parce qu’elle réalisa l’opposé de ce qu’elle promettait aux peuples qui, au début, ne furent pas capables d’en percevoir le double standard; lorsqu’ils s’en aperçurent finalement, ils s’y trouvèrent piégés et s’en remirent à elle pour qu’elle leur montre le chemin de sortie. Le génie de Saint Paul fut de transformer la mentalité schizophrène des Hébreux en une ruse théologique, promettant la grâce de Dieu à tous ceux qui acceptaient des rôles dans le jeu de victime-perpétrateur, et dans les deux camps. Paul, lui-même, était clairement dans le camp des Romains, un agent double, tel qu’on peut le découvrir dans l’analyse minutieuse des Manuscrits de la Mer Morte par Eisenman. Il est fort possible que sa conversion par les Zaddikites fut un stratagème lui permettant  d’accéder à leurs enseignement secrets pour les trahir. L’essence du message de Paul reflète la trahison et la tromperie qui l’engendrèrent.

Les Gnostiques décelèrent la ruse psychologique complexe cachée dans les doctrines Paulines de la rédemption alors que les peuples Indigènes, qui manquaient d’expérience avec de telles tromperies et hypocrisies, en furent les victimes au fil des siècles.

 

L’Exposé Gnostique

De par le piratage de l’idéologie Zaddikite et de par sa mutation dans le Christianisme, la schizophrénie religieuse des anciens Hébreux a infecté l’humanité toute entière. Le transfert est vraisemblablement l’un des événements les plus étonnants dans l’expérience psycho-historique de l’humanité mais il n’a été que rarement reconnu comme tel. De nombreux érudits rejettent encore le concept selon lequel la théologie et l’éthique Chrétiennes sont l’expression pandémique du virus messianique Juif. Les premiers commentateurs des Manuscrits de la Mer Morte, tel que Theodor H. Gaster, prennent soin de séparer la littérature Qumranique des doctrines Chrétiennes: «Il n’existe, dans ces manuscrits, aucune trace des concepts théologiques originels – la Divinité incarnée, le Péché Originel, la rédemption par la Croix et l’après-vie – qui font du Christianisme une foi distincte»111. Des érudits Chrétiens, tel que Ian Wilson, même lorsqu’ils déconstruisent le personnage de Jésus jusqu’à la non-existence, maintiennent le même désavoeu: les manuscrits «se sont avérés, malheureusement, ne projeter que peu de nouvelle lumière sur Jésus et le Christianisme primitif»112. Au vu des preuves fournies par les Manuscrits de la Mer Morte et au vu de la manière dont elles sont clairement corrélées à l’histoire connue de l’époque de Jésus et dont elles rendent la vie de ce dernier compréhensible, cette affirmation est complètement ridicule.

Le transfert est à ce point bizarre que les érudits, à ce jour, ne peuvent pas percevoir la continuité profonde entre les Manuscrits et les doctrines Chrétiennes. La littérature critique abonde en visions contradictoires et elles sont souvent exprimées par le même auteur. Hershel Shanks, un érudit biblique éminent qui joua un rôle essentiel pour briser le carcan du Vatican sur les recherches Qumraniques insiste sur le fait que «Jésus n’est pas présent dans les Manuscrits. Et il n’y a aucun doute quant à la nature unique du Christianisme». Mais cinquante pages plus loin, dans le même ouvrage, il affirme que les Manuscrits démontrent que «dans presque chaque aspect, le message du Christianisme primitif était préfiguré dans ses racines Juives. Et même la vie de Jésus, telle qu’elle est racontée dans les Évangiles, est souvent préfigurée dans les Manuscrits.»113

L’angle mort des érudits, en ce qui concerne le transfert, se caractérise par deux points de focalisation. Tout d’abord, ces érudits ne font pas suffisament de distinction entre l’idéologie fondamentale du rédemptionnisme et les doctrines accessoires. Tous les éléments de cette première sont purement Zaddikites: par exemple, la résurrection de Jésus est fondée dans les Manuscrits et reflète spécifiquement le statut éternel et surnaturel de Melchisédech. Dans Hébreux 7, Paul fait la déclaration surprenante selon laquelle Melchisédech est la puissance derrière le Christ – celui qui consacre l’oint, pour ainsi dire. Et quelle puissance remarquable.

Apparemment, le fondateur Zaddikite existe en dehors de la génération physique: «sans père, sans mère, sans descendants, n’ayant ni commencement de ses jours ni fin de sa vie». Dans le même passage, Paul déclare que la classe des prêtres de Melchisédech se situe au-dessus des classes traditionnelles de prêtres d’Aaron et de Lévi. Ce phénomène étonnant de cooptation définit la liberté doctrinale de l’idéologie Chrétienne par rapport à ses racines Juives mais il le fait en évoquant un personnage occulte et sinistre qui réalise une opération de couverture derrière les scènes de l’histoire religieuse Juive.

L’insistance de Paul, quant à la rédemption par la foi, est un autre phénomène de cooptation, un piratage direct du pesher Habakkuk (un commentaire): «et les justes vivront par la foi»114. Mais ce que Paul signifiait par foi – c’est à dire la confiance aveugle et inconditionnelle dans la puissance salvatrice du rédempteur Divin – n’est pas ce que les Zaddikims entendaient par ce terme. Et loin s’en faut. Le célèbre “zèle” de Paul est un attribut Zélote appliqué maintes et maintes fois à des finalités non-Zélotes. Il est évident que Paul n’inventa pas tout seul le Christianisme. Cela requit la collaboration concertée de nombreux groupes, incluant les juristes et les écrivains qui rédigèrent les quatre Évangiles. Les autres doctrines du Christianisme tels que le Péché Originel, la Naissance d’une Vierge, la Théologie de la croix, la Messe, sont des accessoires ajoutés, au fil des siècles, au complexe essentiel. Certains de ces accessoires, telles que la Naissance d’une Vierge et la Messe, ont été empruntés sans vergogne à la religion Païenne alors que d’autres furent inventés par l’Église, d’un coup de baguette magique, au fil de ses besoins. Ils ne représentent pas les origines Zaddikites du Christianisme Romain mais des fioritures postérieures de ce qui émergea de ces origines.

Pour ce qui concerne le second point de focalisation de l’angle mort, les érudits ne détectent pas le transfert parce qu’ils ne peuvent pas imaginer comment le personnage haineux et vengeur du messie Qumranique a été transposé dans le personnage du “gentil Jésus, doux et innocent”. Ils n’arrivent pas à prendre conscience que le message d’amour, dans les histoires miraculeuses et charmantes du Nouveau Testament, n’est qu’un enrobage sucré de la pilule toxique au cyanure des délires Zaddikites.

Mais ce que les érudits et les dévots ne peuvent pas voir, ou refusent de voir, ne resta pas sans observation ou sans objection dans les siècles passés. De nombreux Païens, y compris les autorités Romaines vigileantes, observaient la peste rédemptionniste depuis longtemps, ainsi que nous l’avons déjà souligné. Et les Gnostiques étaient également là, une présence constante dans l’agora des écoles de Mystères et dans les enceintes des temples. A l’image d’Hypatia, ils étaient nombreux ceux parmi eux qui auraient pu «faire taire, sur le plan de l’argumentation, n’importe quel partisan des doctrines Chrétiennes dans le nord de l’Egypte» et ailleurs, partout dans l’ancien monde où les Mystères prospéraient. Plus que quiconque, les initiés étaient capables de détecter l’anomia, la perversion sinistre au coeur du complexe du rédempteur Palestinien. Plus que quiconque, ils étaient capables de la réfuter; et c’est ce qu’ils firent, à la fois dans des débats publics ouverts et dans des écrits prolifiques, dont la grande majorité fut détruite.

De plus, les gnostikoi avaient leurs propres idées quant aux sujets sur lesquels les idéologues Chrétiens prétendaient avoir la réponse finale et exclusive: la création, le péché, la mort, la résurrection, le plan divin, la Nature et les manifestations du mal. Ils se consacraient à la guidance spirituelle de l’humanité, réalisée au travers de l’éducation plutôt que de l’endoctrinement. Ils possédaient des millénaires d’expérience derrière eux. En opposition au complexe du rédempteur, ils avaient leurs propres idées quant à la rédemption en tant que processus coévolutif à mettre en oeuvre au travers de la connexion de l’humanité avec la déesse de sagesse, Sophia, dont le corps est la Terre. Ce fut eux, les initiés, qui firent preuve de l’observation la plus attentive alors que la peste idéologique émergeait et qui, lorsque le moment fut venu, risquèrent leurs vies pour s’y opposer. Ce sont eux qui avaient une histoire magnifique pour guider l’espèce – une histoire qui fut perdue lorsque les Mystères furent détruits par les vecteurs zélés de la peste.

Perdue jusqu’en décembre 1945.