Déments et Inhumains: Les Hypothèses de la Métahistoire

Certains termes de la Métahistoire appliquée requièrent une clarification afin qu’ils n’apparaissent pas comme des formules imposées de façon rigide et arbitraire. Lorsque ces termes sont explicités, les hypothèses fondamentales de la Métahistoire sont mises en lumière. On pourrait objecter que de telles “hypothèses fondamentales” ne sont que des croyances supplémentaires (d’un genre ou d’un autre) et que la Métahistoire, dont le propos est de présenter une critique des croyances, ne fait que proposer un autre système de croyances.

Demandez à un métahistorien ce qu’il ou ce qu’elle croit et la réponse sera “aussi peu que possible!” Dans la Métahistoire, nous assumons que moins vous croyez et plus vous serez clair quant à ce que vous croyez. Mais cela requiert un acte intentionnel d’insoumission – qui plus est, une forte dose d’implacabilité – pour affûter la croyance à son fil le plus ténu et vif.

Il existe des conceptions qui ressemblent à des croyances dans la Métahistoire, mais elles sont peu nombreuses. Ces notions, plus adéquatement définies comme des hypothèses ouvertes, sont des propositions qui doivent être soumises à l’expérimentation. La croyance métahistorique n’est pas destinée à être acceptée de façon aveugle, comme un dogme ou une doctrine imposée, mais sa valeur doit être mesurée à l’aune de la prise de conscience qu’elle génère. Dans la Métahistoire appliquée, nous devons être pleinement conscients des propositions, de type croyance, que nous adoptons afin de pouvoir procéder à une dynamique fertile de remise en question, d’insoumission et de consolidation. L’essai “L’Arbre et la Source” (voir le tome 1 de la Collection Liberterre, “Gaïa-Sophia”) résume, en une histoire simple, le concept qui sous-tend la Métahistoire: le shaman est blessé. Prenons un moment pour développer cette histoire et analyser la manière dont elle s’applique à la tâche grandiose d’évaluation des croyances.

 

La Vocation Antique

Le shaman, homme ou femme, est le membre de la tribu humaine qui représente la forme la plus ancienne de discipline religieuse (ou de pratique spirituelle, si vous le préférez). Identifié par des signes durant son enfance, le shaman passe par un processus d’initiation, l’entraînement spécial requis pour assumer une vocation sacrée. Lorsque le shaman a atteint l’âge adulte, sa mission dans la vie comprend neuf types d’activités:

– préserver dans un langage visionnaire et poétique, en utilisant le rituel et la danse, la mémoire vivante de l’expérience de la tribu.

– guérir (et si nécessaire, blesser et tuer) par l’utilisation de plantes médicinales et de méthodes surnaturelles.

– s’aventurer dans l’Au-Delà (l’Autre Monde) afin de découvrir les secrets cachés au monde ordinaire mais qui, néanmoins, sont nécessaires pour vivre de manière optimale dans ce même monde ordinaire.

– pénétrer dans le Monde Inférieur et communiquer avec les morts (cela étant accompli par le “vol magique” ou le travail avec le Double).

– présager le climat et, lorsque cela s’avère possible, l’altérer au bénéfice de la tribu.

– enseigner et transmettre la connaissance shamanique aux jeunes générations.

– traduire les desseins inscrits dans le script toujours changeant du cosmos, le code du soleil, de la lune, des planètes et des étoiles.

– converser avec les autres espèces (les animaux, les reptiles, les insectes et les plantes) qui peuvent être des alliés ou des adversaires de la tribu (communication interspécifique).

– oeuvrer avec des plantes et des pierres magiques dans le but d’altérer la conscience.

Il est essentiel de prendre conscience que pour les shamans d’antan, toutes ces dynamiques n’étaient pas simplement un objet de croyances mais elles participaient plutôt du domaine du vécu, de l’expérience. Ils exploraient activement ce que nous ne pouvons que reléguer à la sphère de la spéculation pure. Le rêve éveillé était une pratique shamanique utilisée pour accéder à l’Autre Monde. Quiconque a vécu un rêve éveillé sait que l’expérience se produit réellement – on se réveille dans le rêve, en sachant que l’on rêve – et ce n’est donc pas simplement quelque chose que l’on croirait pouvoir arriver. Avec le rêve éveillé, le voyage hors du corps et l’expérience proche de la mort, (trois activités de type shamanique attestées par des millions d’individus), il n’est pas nécessaire de croire que ces expériences puissent se manifester pour qu’elles se manifestent.

Aujourd’hui, le monde est saturé, et gouverné, par les croyances et nous, l’espèce humaine, nous en sommes venus à porter ces oeillères alors que nous provenons d’une sphère d’expérience ouverte qui se situe au-delà de la croyance.

 

Le Guérisseur Blessé

Mircea Eliade observa que «dans l’humanité primitive, tout aussi bien que dans l’ensemble de l’humanité, le désir d’entrer en contact avec le Sacré est contrecarré par la peur d’être obligé de renoncer à la simple condition humaine et de devenir un instrument plus ou moins malléable pour quelque manifestation du Sacré (dieux, esprits, ancêtres, etc.)». Puisque de se départir de la “simple condition humaine” implique également de se dépouiller (du moins temporairement) de l’ego, qui n’est concerné que par lui-même, l’initiation shamanique suscite une forte réaction de rejet. Cela explique la signification littérale de “sorcellerie”, un terme souvent appliqué au travail du shaman, dont une des étymologies possibles est en relation avec le fait de partir, de “sortir”, à savoir de s’éloigner de la condition humaine.

Un des plus grands paradoxes de l’existence de notre espèce est sans doute le fait que ceux qui ne veulent pas, ou ne peuvent pas, s’éloigner de la simple condition humaine sont inspirés et guidés par ceux qui le font. En tant que médium conscient qui conserve la relation entre le monde humain et les autres espèces, et même les autres dimensions, le shaman constitue l’exception qui sécurise la norme.

Les études anthropologiques et ethnologiques sur l’initiation shamanique dans de nombreux et divers contextes culturels, raciaux et géographiques, révèlent des caractéristiques dont la cohérence est frappante. La meilleure présentation de ces recherches est, de loin, “Shamanisme et techniques archaïques de l’extase”, l’ouvrage de Mircea Eliade, un expert dans la mythologie comparée et dans l’histoire des religions, largement reconnu comme l’autorité dans le domaine du shamanisme au 20ème siècle.

Tant que le modèle shamanique de spiritualité fonctionnait dans des contextes culturels et tribaux particuliers, les communautés humaines étaient reliées au Sacré. Tous les rites et les exploits shamaniques se déployaient dans une relation intime avec la Nature Sacrée: le monde naturel, expérimenté comme un théâtre de beauté et de révérence, un espace pour des aventures sublimes. Le shaman incarne, donc, la faculté de l’espèce humaine d’orienter son mode de vie en fonction de l’intelligence qui imprègne le spectre intégral de la Vie, la Vie Cosmique.

Pour une introduction à ce que cela signifie de vivre en participation avec la Vie Cosmique, voir l’ouvrage de Robert Lawlor, “Voices of the First Day”. Le chapitre 14 présente un synopsis particulièrement intéressant de la vision du monde et de la psychologie caractéristiques des cultures shamaniques Indigènes. Lawlor souligne que le principal aspect de ce mode de conscience est «la contemplation et non pas la possession».

La blessure du shaman, un événement rapporté dans la mythologie planétaire, représente une rupture désastreuse de cette relation de communion. Elle indique que notre intelligence innée fut d’une certaine façon mutilée de sorte que la participation spontanée avec l’intelligence à l’oeuvre dans la Nature Sacrée devint brouillée, pour ne pas dire complètement perturbée. Nous avons perdu le sens d’une survie aisée au sein de notre environnement. En même temps, il s’avère que nous avons perdu le sens de notre identité réelle en tant qu’espèce. La blessure du shaman témoigne de notre propre destinée, de notre aliénation de la matrice divine qui nous a engendrés.

Et le reste, nul besoin de le préciser, est notre histoire chérie de progrès moral, d’acquisition matérielle et d’accomplissement technologique.

 

Le Facteur Gaïen

«S’il est vrai que nous puissions dire que l’hominisation de la planète a été achevée, il nous faut commencer maintenant à parler de la planétarisation de la conscience humaine. Cette étape nous emmène au-delà de l’histoire, du moins de ce que l’on définit de nos jours comme l’histoire. Car si nous ne nous engageons pas au-delà de l’histoire, il n’y aura nul futur dont on pourra parler.» Jose Arguelles.

Regarder au-delà de l’histoire, c’est chercher en notre for intérieur notre mode originel de participation, de vie en communion intime avec la Nature Sacrée, mais non pas pour y retourner. C’est plutôt d’envisager de pénétrer de nouveau dans la Vie Cosmique selon une voie d’exploration nouvelle. Cet exploit gigantesque de réorientation sera facilité par une histoire et d’autant mieux si l’histoire se focalise sur une image mythologique visuelle. L’image que nous avons adoptée dans la Métahistoire est la plus antique, la plus profondément révérée et la plus pérenne de toutes les figures mythologiques: la Déesse qui est la Nature Sacrée, Gaïa, Celle qui demeure en la Terre.

Il pourrait donc être dit que la Métahistoire se fonde sur une certaine croyance concernant Gaïa, un acte de confiance en cette présence mystérieuse que nous rencontrons dans la biosphère de la planète. Cette croyance est, cependant, optionnelle et flexible. Elle est suggérée, et non pas requise. Vous pouvez la rejeter complètement et vous débarrasser, par la même occasion, de la Métahistoire, si telle est votre inclination, ou vous pouvez continuer à étudier la Métahistoire sans adopter notre orientation Gaïenne.

Afin de déterminer les croyances, la Métahistoire requiert un certain standard permettant de mesurer la valeur des croyances examinées et de développer une estimation quant à leur viabilité. Quelle est donc la théorie au coeur de la Métahistoire? On la résume au mieux par la double dénomination de la Déesse: Gaïa-Sophia. Le mot Grec Sophia signifie “sagesse, intelligence divine”. Associé avec Gaïa, ce nom présente une définition ouverte de ce qui nous rend humains: la sagesse (Sophia) innée à notre espèce, qui nous est conférée par l’intelligence divine qui oeuvre au travers de la Nature, notre habitat (Gaïa). Cette assertion élémentaire de croyance (si l’on choisit de l’appeler ainsi) est adoptée dans la Métahistoire afin de servir de standard à l’aune duquel les croyances peuvent être evaluées.

Le Principe Gaïa-Sophia assume que les processus naturels, qui générèrent l’espèce humaine, la dotèrent également de la faculté de se connaître elle-même et de comprendre sa place dans le cosmos. (Les objections de ceux qui refusent que nous soyons dotés d’une telle capacité seront prises en considération en temps voulu dans les divers essais présentés sur le site de la Métahistoire).

L’héritage Gaïen, ou dotation Gaïenne, chez l’espèce humaine est comparable aux programmes instinctifs dans toutes les autres espèces, de l’abeille à l’ours, en passant par la baleine bleue, mais avec une différence cruciale: notre structure mentale évolutive intègre une capacité de jouer, de découvrir et d’apprendre dont l’amplitude dépasse celle de toute autre espèce. C’est un don fatidique dans la mesure où il inclut une large marge d’erreur, ce qui fait que nous puissions dévier de ce qui intrinsèquement correct pour nous. Nous sommes doués de la capacité de nous tromper, afin que nous puissions nous corriger, et donc apprendre et innover, de façon unique, selon des voies qui ne sont pas perceptibles dans des espèces qui sont beaucoup plus liées à leurs instincts.

Cependant, lorsque nos erreurs ne sont pas détectées et corrigées, et qu’elles s’accumulent dans la culture et la civilisation, nous pouvons dévier complètement du potentiel authentique de notre dotation. Tout ce qui est sain et humain, dans l’expérience humaine, procède de la sagesse innée à notre espèce et s’y  harmonise. Tout ce qui est dément et inhumain ignore cette sagesse innée, la refuse et oeuvre à son encontre (ou le tente).

La Métahistoire assume que les humains ne sont pas différents des autres animaux par le fait qu’ils soient dotés d’un potentiel d’intelligence “spécifique à l’espèce”. Mais chez Homo sapiens, l’instinct est téléologique, orienté vers une finalité. (Dans les Ecoles de Mystères de la religion Païenne, ceux qui préservaient une connaissance exceptionnelle de la dotation humaine, et qui la transmettaient aux autres, étaient appelés des Telestai “ceux qui connaissent le but”). La faculté innée de savoir ce qui est adéquat pour notre espèce se combine avec nos capacités de recherche de finalités de sorte que nous possédions un potentiel élevé d’adaptabilité; cependant, des mauvaises adaptations se produisent lorsque les erreurs dans notre conception de nous-mêmes et de la Nature ne sont pas corrigées. Idéalement parlant, nous pourrions réaliser une adaptation complète et harmonieuse avec notre environnement au travers d’une relation symbiotique avec toute la sphère de la Vie, en mutualisme avec toutes les autres espèces.

«Nous ne sommes humains qu’en relation à, et en convivialité avec tout ce qui n’est pas humain». “The Spell of the Sensuous”. David Abram.

Les archives de l’Histoire mettent en valeur de quelle manière nous avons dévié de l’adaptation optimale de par le fait que nous ayons focalisé nos efforts d’orientation vers une finalité selon des termes exclusivement humains. Cette inclination est puissamment renforcée par les systèmes de croyances religieux qui affirment que l’humanité, faite à l’image de Dieu le Créateur, bénéficie d’un statut “d’espèce la plus privilégiée”, incluant une domination sur tout le monde naturel: c’est à dire le droit de consommer et d’exploiter les ressources naturelles à des fins purement humaines.

L’Histoire est un récit de domination, rédigée par les dominateurs et dont la finalité est de légitimer ce qu’elle rapporte. La narration patriarcale, le scénario officiel des religions Abrahamiques, a conduit l’espèce humaine tellement loin sur une voie de démence et de dépendances qu’il est impératif que nous nous demandions si la survie est possible tant que cette histoire gouverne le monde.

Selon le Principe Gaïa-Sophia, et en accord avec les enseignements de nombreuses religions Indigènes, l’humanité est en co-création avec la Nature mais elle ne lui est pas supérieure. La faculté de reconnaître la sagesse innée à notre espèce, et d’y accéder, vit en chacun de nous et joue sans doute un rôle essentiel dans ce qui était qualifié auparavant “de voix de la conscience”. Cependant, cette capacité peut être contrecarrée, et même anéantie, par des croyances qui promeuvent la supériorité humaine et qui nous aliènent de notre relation vitale avec Gaïa. La faculté de reconnaître et de révérer l’Autre fait partie intégrante de notre dotation de sagesse et elle en est peut-être même le fondement.

 

La Connaissance de Gaïa

La Métahistoire étudie le vaste spectre des croyances humaines afin de déterminer lesquelles sont compatibles avec la sagesse de notre espèce et lesquelles ne le sont pas. Nul besoin de le dire, sans un sens basique de notre don de sagesse, nous serions sérieusement handicapés dans cette aventure.

Gaïa-Sophia est une piste mythologique qui nous reconnecte avec notre héritage primordial afin que nous puissions prendre conscience de ce qui lui est arrivé en raison de notre immersion dans les complexités, ô combien humaines, de l’Histoire. Même si nous n’appréhendons pas intégralement ce qu’est notre sagesse spécifique à l’espèce, et même si nous ne croyons pas, ou que nous ne pouvons pas croire, que nous pourrions bénéficier réellement d’une telle faculté merveilleuse, la puissance numineuse émanant de la figure de la déesse Gaïa-Sophia nous guidera vers Sa connaissance, l’essence même de l’intelligence empreinte de compassion qui pulse en nos coeurs.

Il y a certainement, ici, une sorte de foi à l’oeuvre, une foi ressentie dans le langage évocateur qui jaillit de la rencontre avec la Déesse. Parmi les Gnostiques qui enseignaient l’orientation téléologique dans les Ecoles des Mystères, cette foi était appelée Pistis Sophia, “la confiance en la sagesse innée”. Ce n’est pas cependant une foi doctrinale mais une intuition du coeur, la matrice profonde de la conscience, en laquelle demeure la sagesse et par laquelle l’erreur est perçue et corrigée.

Voyons maintenant comment cette théorie centrale – ou orientation générale – enracine et guide le processus d’investigation métahistorique. Supposons que certaines croyances soutenues par des êtres humains soient démentes et inhumaines. Il n’est nul besoin que quiconque soit d’accord ou affirme que cela est faux. Tout le conflit procédant de croyances conflictuelles – “oui je crois en cela” versus “non je ne crois pas en cela” – nous fait dévier de la voie d’investigation qui doit transpercer le coeur de la dualité cognitive, à l’image des flèches de Saraha (l’un des fondateurs du Vajrayana Bouddhiste). La question cruciale est la suivante: si certaines croyances sont démentes et inhumaines, comment pouvons-nous le savoir, comment pouvons-nous les détecter?

Et la contre-question est la suivante: si certaines croyances sont démentes et inhumaines et si nous sommes incapables de les détecter, où vont-elles nous emmener? Où nous ont-elles déjà emmenés?

La réponse à cette question peut être vue tous les jours sur les nouvelles en boucle de CNN, NBC, BBC, France-Intox, etc…

C’est un point crucial: aucune croyance n’est inhumaine dans le sens où les croyances de toutes sortes sont des produits de l’esprit humain. Aucune croyance est inhumaine mais certaines croyances peuvent être évaluées comme inhumaines dans la mesure où elles induisent, chez les êtres humains, des comportements qui violent notre sens inné de l’humanité. Dans la Métahistoire, nous assumons que la meilleure façon d’évaluer une croyance est d’observer les comportements qu’elle génère.

 

Le Gnomen

Les archives de l’Histoire semblent indiquer que le comportement inhumain fait certainement partie du domaine des possibles chez notre espèce. Et c’est bien sûr un euphémisme. Les archives de l’Histoire pourvoient manifestement un compte-rendu de la perpétration progressive, et en accroissement permanent, du comportement inhumain. Et d’une certaine manière, qui n’a jamais été adéquatement abordée, les scripts religieux sont constamment impliqués dans le comportement inhumain qui plonge la chronique de l’Histoire dans un bain de sang.

Ainsi par exemple, selon la croyance conventionnelle soutenue par les Chrétiens (mais non pas par les Juifs ou les Musulmans), le versement du sang, à une occasion, fut l’événement le plus béni et le plus merveilleux qui soit jamais arrivé sur Terre. Néanmoins, ce n’était pas du sang humain. Selon la croyance établie, le sang d’un être divin, versé par amour pour l’humanité, possède l’influence de nous laver de nos péchés. Cette croyance est-elle bienveillante, neutre, ou peut-elle, de quelque façon, être pathologique et malsaine? Dans la Métahistoire, nous souhaitons ardemment ne pas laisser ce type de questions sans réponses. Il est urgent d’accéder au coeur des croyances, soit pour les valider soit pour les évacuer, une bonne fois pour toutes. Le chemin vers ce coeur des croyances est toujours balisé par une syntaxe particulière, un choix de mots spécifiques: si c’était le cas, comment le saurions-nous?

S’il était inhumain et dément de croire que le sang versé par Jésus/Christ rachète le monde, comment le saurions-nous?

C’est en faisant face à cette question, ou à une centaine d’autres qui pourraient être formulées, que nous commencerons à découvrir le fonctionnement essentiel de la théorie métahistorique. Le facteur Gaïen produit un gnomen, une règle cognitive: si elle faillit dans le recours à la sagesse innée pour évaluer la croyance, l’espèce humaine deviendra dépendante d’une croyance qui pourrait l’aliéner de cette sagesse même. Cette règle nous instruit d’une dure vérité: nous, l’espèce humaine, nous pourrions être aliénés de notre sens de l’humanité sans savoir que nous le sommes. Le gnomen nous met en garde contre le fait que la croyance, au cas où elle serait démente et inhumaine, est à la fois la preuve et l’instrument de cette aliénation.

En bref, cela ne fait absolument aucun sens d’analyser la croyance si nous ne possédons pas une échelle sur laquelle l’évaluer. Sans une telle échelle, la quête métahistorique est vaine et, en tout cas, impossible à poursuivre en tant que vecteur d’investigation disciplinée de la condition humaine. Nous ne sommes pas les seuls à assumer comme proposition de standard, ou d’échelle de valeur, notre dotation Gaïenne d’intelligence innée empreinte de compassion. La sagesse qui nous relie à la Nature Sacrée est révérée dans toutes les cultures Indigènes autour de la planète. Dans le Bouddhisme, l’intuition morale de l’humanité est reconnue comme “la perception suprême du coeur” (en Sanskrit, prajna – paramita – hydraya), une faculté que nous possédons tous et qu’il nous faut éveiller et activer pleinement.

Ces parallèles, ainsi que d’autres, dont la Sophia Gnostique, démontrent que le potentiel de sagesse, proposé dans la Métahistoire, possède de solides références. Cette proposition est expérimentale et non pas doctrinale. Elle sera source d’enseignement même si nous ne comprenons pas totalement le fonctionnement du mental et du coeur ou ce qui est arrivé pour qu’ils soient en partis déconnectés (la blessure du shaman).

 

Relation Sacrée

Nous sommes impuissants face aux coercitions de la croyance si nous ne pouvons pas au moins admettre que nous possédons un potentiel de sagesse innée qui nous permette d’évaluer cette croyance et de la surpasser. Comme il y a toujours eu un très grand nombre d’individus qui ne peuvent admettre ce potentiel, la religion et les systèmes religieux de croyances ont été les forces dominantes de motivation dans l’histoire et la moralité humaines. Wilhelm Reich affirmait que notre potentiel de sagesse ne fait qu’un avec notre potentiel biologique, notre configuration somatique. C’est la même intelligence à l’oeuvre dans le processus de la digestion de la nourriture qui réserve une partie d’elle-même pour un mode de pensée consciente qui permette de faire des choix intelligents quant à ce que l’on consomme. Selon Reich, la digestion inconsciente de la nourriture et l’acte conscient de sélection de la nourriture sont enracinés dans la même matrice. Ces deux fonctions, l’une volontaire et l’autre involontaire, sont toutes deux des manifestation de la même dotation naturelle.

Tout comme Reich, D. H. Lawrence affirma que le fondement de notre comportement éthique est somatique et enraciné dans Gaïa. Dans ses essais, Lawrence critiqua les croyances religieuses au sujet de matières improuvables et, dans certains de ses romans, tel que le célèbre (pour son époque) “L’Amant de Lady Chatterley”, il dépeint une vie sexuelle saine et harmonieuse, pleinement “orgasmique” en termes Reichiens. Ces visions “néo-Païennes” furent condamnées comme obscènes et immorales par la société de l’époque de Lawrence.

La continuité entre le corps animal et la sexualité humaine, ainsi que l’aura divine de la Nature Sacrée, était fondamentale pour la spiritualité Païenne. Dans le “Tao de l’Ecologie”, qui est une proposition sobre et ingénieuse “d’une vision du monde écologique”, Edward Goldsmith affirma que les expertises écologiques et éthiques de notre espèce ne sont pas acquises mais «élaborées par la connaissance structurante de notre mental» (c’est à dire notre héritage de sagesse). Goldsmith explique magnifiquement que selon la vision Païenne, le génie d’adaptation qui nous a été conféré pour survivre dans notre environnement est également la source de notre apprentissage éthique. Tout cela confirme encore le facteur Gaïen: c’est au travers de notre relation avec la Nature et l’Autre que nous en arrivons à discerner si un comportement est correct pour les êtres humains. Lorsque cette relation sacrée de participation mutuelle est perturbée, notre sens de l’humanité peut être perdu – intégralement et à jamais.

A quoi ressemblerions-nous, l’espèce humaine, si nous étions dépouillés de notre sens de l’humanité? Comment nous comporterions-nous? Quels systèmes de croyances une telle humanité fantomatique produirait-elle et comment les renforcerait-elle?

Ce sont des questions qu’il nous faut concevoir et explorer par les méthodes de la Métahistoire appliquée. La finalité est de débusquer tout ce qui semble être inhumain et dément dans ce que nous croyons. Une telle investigation mène à l’insoumission, au rejet de ce qui n’est pas approprié pour nous parce que cela ignore ou trahit notre dotation Gaïenne, le potentiel de sagesse de notre espèce. L’insoumission amène à son tour à une prise de pouvoir parce que la perception de l’erreur de nos voies restaure, libère et réactive notre potentiel le plus précieux, notre sapience, notre faculté de vivre sagement.

Cette investigation propose qu’il soit juste de demander si une croyance peut être démente mais elle ne requiert pas, et en fait évite rigoureusement, l’affirmation aveugle selon laquelle la croyance considérée est ou n’est pas démente. La syntaxe est primordiale dans la quête disciplinée de la Métahistoire. La méthode ne consiste pas à affirmer que telle ou telle croyance est démente ou ne l’est pas, mais à discerner comment elle pourrait l’être ou ne pas l’être et de découvrir comment il en est ainsi.