La Promesse d’une Planète Solitaire 2. La Passion de Sophia

Si je puis dire une chose au sujet de la cosmologie Gnostique – et puisse ce commentaire aider ceux qui se débattent avec son opacité et sa complexité – c’est que, plus cela devient étrange et plus cela fait du sens. Telle a été, du moins, mon expérience durant mes quelque trente années d’exploration de ces écrits ésotériques. Le Gnosticisme a été qualifié de théologie de science-fiction et je ne pourrais pas imaginer de caractérisation plus appropriée.

Se pourrait-il que les éléments de science fiction, dans le Gnosticisme, constituent en fait “une fiction réelle” – une réalité parée de fantastique? Je suppose que l’on pourrait dire que toutes mes recherches, avec la Métahistoire, pour recouvrer les enseignements originels Gnostiques des Mystères, tendent à nous préparer à cette éventualité. Cela pourrait constituer la révélation la plus libératrice de notre époque. Cela pourrait être l’opportunité de rompre avec la dépendance de la foi, et des fantasmes, pour s’ouvrir à l’expérience vivante de l’illumination.

«Que ton esprit s’éveille». “L’Apocalypse de Paul”.

«Ainsi de même que vous recevez la puissance divine, mais à moins que vous ne la receviez au travers de la connaissance, vous ne pourrez pas la trouver du tout». “L’Apocalypse de Pierre”.

«Puisque l’univers est réellement composé d’information, on peut donc dire que l’information nous sauvera. C’est la Gnose salvatrice que les Gnostiques enseignèrent. Il n’y a pas d’autre chemin vers la rédemption». Philip K. Dick, écrivain de science-fiction, dans son ouvrage “Valis”.

 

Une Planète Vivante

Le stéréome n’est pas vivant comme nous le sommes mais il est animé d’une façon telle que l’on puisse le comparer à une animation numérique. La sphère de réalité virtuelle des Archontes est une construction de chimie inorganique qu’ils habitent et qu’ils continuent de faire tourner comme des gardiens qui vivent dans la demeure qu’ils entretiennent. Les Archontes peuvent être imaginés comme des cyborgs occupés à plein temps, des drones extra-terrestres en charge des “mécaniques célestes” du système solaire. A savoir, le système solaire à l’exclusion de la Terre.

Après avoir observé comment les Archontes transforment le disque proto-planétaire en un système planétaire totalement développé, en imitant les desseins du Plérome, il est temps maintenant d’observer ce que Sophia réalise pendant que tout cela se met en place. Comme je l’ai expliqué par ailleurs, dans mes essais sur la Métahistoire, les récits Gnostiques de la métamorphose de Sophia en la Terre n’ont pas survécu dans les quesques écrits Coptes rescapés mais on les retrouve, néanmoins, dans les paraphrases des Pères de l’Eglise telles que celles d’Irénée:

«Et lorsqu’elle ne put pas passer par la frontière Pléromique (Horos) et retourner à l’endroit dont elle avait plongé en raison de sa passion sauvage et sans pareille (enthymesis), Sophia fut abandonnée dans l’isolement, à l’extérieur. Elle s’était maintenant résignée à subir toutes les sortes de passions auxquelles elle était sujette; et ainsi, d’une part, elle éprouva du chagrin parce qu’elle n’avait pas atteint l’objet de son désir [la structure de monde tripartite de son Rêve originel. John Lash] et d’autre part, elle souffrit de la peur de voir la vie même lui échapper tout comme la lumière primordiale avait disparu en s’évanouissant dans l’opacité; et durant tout ce temps, elle était dans une grande perplexité…

L’ensemble de ses passions fut la substance à partir de laquelle la matière de ce monde fut formée. De son désir de retourner vers la vie infinie du Plérome, procéda l’origine de toute créature dotée d’une âme appartenant à ce monde et appartenant même au monde du Démiurge [Le chef des Archontes. John Lash]. Toutes les autres choses durent leur existence à son chagrin et à sa terreur. Ce sont de ses larmes que toutes les sphères liquides furent formées; de son sourire, tout ce qui est lumineux; de sa tristesse et de sa perplexité, tous les éléments matériels de ce monde. (Irénée. “Contre les Hérésies”. Livre 1. IV.1-3. Les passages en gras sont de John Lash).

Dans un développement parallèle à la simulation Archontique qui génère le système planétaire, mais qui en est indépendant, l’incarnation planétaire de la Déesse se manifeste. L’Eon Sophia est un flux vivant et conscient de Lumière Organique, de rayonnement sans masse et de porosité élevée qui acquiert une densité  et s’enveloppe sur elle-même, tournoyant en une boule foetale. Alors que le Soleil tisse de la matière élémentaire dans les bandes planes tournoyantes du disque proto-planétaire, Sophia forme un centre indépendant, un noyau de vie organique en contraste avec les enveloppes planétaires inorganiques. C’est ainsi que «la Terre s’est consolidée au travers de Sophia». “Sur l’Origine du Monde”. 103:1.

La paraphrase d’Irénée contient des indices soulignant comment les initiés Gnostiques (que nous pouvons maintenant considérer, de plein droit, comme des scientifiques authentiques) pourraient avoir perçu la différence entre matière organique et matière inorganique: ils distinguèrent “substance animale” de “matière” en tant que telle (“Contre les Hérésies”. I.5). Curieusement, la première, la matière organique est considérée de main droite et la seconde, la matière inorganique, de main gauche. Dans la chiralité, les Gnostiques semblent avoir détecté l’abiogenèse, à savoir l’organisation de la vie organique à partir d’une base inorganique. La distinction Gnostique rappelle la découverte de Louis Pasteur qui croyait que la chiralité, telle qu’on la voit dans le mouvement lévogyre de l’hélice d’ADN, renferme le secret ultime de la vie.

Ainsi qu’un humoriste anonyme observa: «L’hydrogène est un gaz inodore, invisible et inorganique qui se transforme progressivement en humain».

Comment l’organique peut-il donc émerger de l’inorganique? Dans la structure de notre monde, en raison de l’anomalie introduite par la génération des Archontes, toutes les formes organiques, des vers plats aux humains, ont comme assise une base inorganique – ou c’est du moins ce qu’il semble. Les éléments chimiques présents à la formation du système solaire sont tous inorganiques – hydrogène, azote, hélium, carbone, fer, etc – cependant, ils génèrent et entretiennent un large éventail de formes de vie organique.

Selon la science Gnostique, on peut expliquer cela par le fait qu’une planète vivante, la Terre, est capturée par un champ inorganique et est donc assujettie, dans une certaine mesure, aux lois de ce champ. Le stéréome est tel un échafaudage mais pas simplement un échafaudage passif. Le cadre planétaire extra-terrestre n’enferme pas seulement la Terre dans une grille inorganique, il s’entremêle  avec les physiques terrestres. La planète vivante est à l’image de l’intérieur d’un oeuf, composé d’albumine et de jaune et le système planétaire est à l’image de la coquille, composée de calcium. La chimie de l’oeuf ne constitue qu’un seul processus même si l’intérieur et la coquille possèdent une chimie en propre. Il en est ainsi avec l’abiogenèse dans le système planétaire dans lequel la Terre est logée.

Cette analogie est particulièrement adéquate. Rappelons-nous que l’oeuf est ovale et non point sphérique. Il en est de même pour le système planétaire complet lorsqu’il émerge de la métamorphose de Sophia dans le cadre du stéréome Archontique: c’est une structure ovale car elle a deux points de focalisation, le Soleil et la Terre. Le disque proto-planétaire, avec une planète vivante qui y est insérée, est un plan ovale ou en forme d’oeuf, plutôt qu’un disque circulaire. Autour du point de focalisation Solaire, les planètes sont tissées à partir d’un mélange d’éléments inorganiques. Autour du point de focalisation Terrestre, s’agrègent les rudiments d’un globe solide avec une atmosphère spécifique. Le mythe Gnostique décrit clairement comment les éléments de la biosphère se forment à partir de la vie consciente de l’Eon Sophia, indépendamment du stéréome Archontique. Ce n’est sans doute pas seulement “par hasard” (et nous en sommes fort aises!) que la Terre est positionnée ni trop près du Soleil, ni trop loin.

 

La Conversion du Soleil

Un monde organique prisonnier d’un système planétaire inorganique: c’est ainsi que les Gnostiques percevaient la Terre. Comme nous pouvons nous y attendre, le Soleil, l’étoile centrale du système planétaire, possède donc un rôle exceptionnel à jouer dans le scénario de la Chute de la Déesse. Rappelons-nous qu’une étoile-soleil et qu’un satellite-lune figurent dans l’ennoia tripartite, le Rêve originel de Sophia d’un monde en dehors du Plérome. C’est ainsi qu’Elle préconçut un habitat spécial pour l’humanité et la myriade d’espèces. Dans le Rêve Eonique, l’étoile mère est en symbiose avec la Terre et son satellite, la Lune. Ce que l’Eon a projeté sur un plan cosmique, nous le vivons sur Terre comme une réalité.

Ce n’est pas dans un système planétaire que nous avons normalement le sentiment d’être intégré mais dans un cosmos tripartite. Le Soleil et la Lune sont constamment présents, tangibles et visibles. Ils marquent les rythmes de la vie et nous influencent de façons très variées, jusque sur le plan cellulaire. On ne peut pas en dire autant des planètes car elles ne sont pas présentes et intimement actives dans tous les processus de vie et dans nos habitudes de vie conscientes, comme le sont le Soleil et la Lune.

Dans “l’Apocryphe de Jean”, le Soleil est appelé Sabaoth, un nom issu des centres de Mystères. Les traités cosmologiques Gnostiques décrivent comment, au tout début de l’évolution du système solaire, l’étoile Soleil s’harmonisa d’une façon particulière avec la Terre émergente. Dans la terminologie du mythe, cet événement est appelé “la conversion de Sabaoth”. Cette conversion résulte d’une triple interaction entre l’Eon Sophia, Yaldabaoth et Sabaoth. Comme nous l’avons déjà vu, Yaldabaoth se déclare être le seul dieu créateur, le seigneur de tous ceux qu’il contemple. En voyant son image dans la lumière du Soleil nouveau né, il se déclare lui-même la puissance souveraine du cosmos. «A la suite de la création du système planétaire, Saklas dit à ses anges: “Je suis un dieu jaloux et rien n’a pu émaner si ce n’est de moi-même» (“L’Evangile des Egyptiens”. 58:25-30). «Il en vint à dominer la matière et Sophia se retira dans sa propre lumière intérieure» (“Sur L’Origine du Monde”. 8)

Mais d’autres témoins et participants de ces événements cosmiques en ont une vision différente, et plus particulièrement Sabaoth, l’étoile mère émergente. Un texte cosmologique, “Sur L’Origine du Monde”, traite cet événement de façon plus extensive que tout autre:

« Lorsque Pistis vit l’impiété du Seigneur des Archontes, elle en fut emplie de colère. Agissant dans sa forme invisible, elle dit ainsi: “Tu te trompes Samaël”, ce qui signifie “dieu aveugle”. Il existe un enfant immortel de lumière, l’Anthropos, qui vint à l’existence avant toi et qui se manifestera parmi tes formes spectrales [plasmata], qui te piétinera de ridicule tout comme l’argile du potier est pilée. Et tu replongeras dans ton propre domaine, l’abysse [de la pesanteur], avec tous ceux de ta légion. Car lors de la complétude de tes oeuvres, l’anomalie intégrale [de l’illusion Archontique], que la vérité a mise en lumière, sera abolie et [cette illusion] sera telle qu’elle n’aura jamais existé » (102.15-25).

Disant cela, Sophia projeta son image dans les eaux cosmiques et se retira ensuite dans sa propre lumière intérieure.

Maintenant, lorsque Sabaoth, le fils de Yaldabaoth, entendit la voix de l’Eon Sophia, il lui chanta des louanges et condamna son père présumé [Le chef des Archontes]. Il loua Sophia parce qu’elle l’informa sur l’Enfant de Lumière (“l’homme immortel”) et sa puissance rayonnante. L’Eon Sophia étendit alors son doigt et déversa sur Sabaoth une partie de sa propre puissance rayonnante, à valoir comme condamnation de Yaldabaoth. De par cette illumination, Sabaoth reçut un grand pouvoir contre tous les Archontes, les forces du chaos. Depuis ce jour, il a été appelé le Souverain des Forces vitales». (“Sur L’Origine du Monde”. 25-27, avec paraphrases).

Cette cosmologie mythique affirme que le Soleil, supposément une dynamo massive de chimie inorganique, s’allie avec la Terre contre le système planétaire – mais c’est précisément la réalité des physiques terrestres, n’est ce pas? Pour massif qu’il soit, le Soleil entretient la vie sur Terre, comme une vraie mère étoile. Il fournit le prana, la force vitale, en un flux constant délicatement filtré par l’atmosphère Terrestre afin que les éléments létaux, présents dans la lumière solaire, soient éliminés. James Lovelock eut l’intuition de l’hypothèse Gaïa en observant que la Terre demeurait vivable et maintenait une température constante durant des périodes de très grandes fluctuations de la température solaire. Le mythe nous raconte que l’Eon Sophia conféra au Soleil les facultés d’entretenir la vie par son rayonnement lorsqu’elle «déversa sur Sabaoth une partie de sa propre puissance rayonnante». C’est, bien évidemment, une autre conception choquante typique de la création Gnostique du mythe. Mais cela pourrait-il être vrai, d’une certaine manière, d’un point de vue physique?

Et bien, si les scientifiques en viennent à reconnaître la nature de jets plasmatiques du coeur de la galaxie, comme ils semblent sur le point de le faire, cela pourrait être théoriquement concevable qu’un tel courant, en interaction directe avec un soleil émergent, puisse altérer la chimie de l’astre solaire naissant. Des étoiles naissent en permanence dans les régions nébulaires des bras galactiques mais elles ne sont pas toutes en contact frontal avec des jets de plasma brut. Ce type d’interaction semble être l’événement cosmique précis décrit dans la conversion de Sabaoth.

 

Perle Lunaire

L’émanation originelle de l’Eon Sophia, la protennoia trimorphique ou l’intention tripartite, est de générer un système à trois corps, le modèle le plus simple et le plus élégant d’évolution planétaire: étoile, planète, satellite. De par le fait que le domaine planétaire des Archontes ait été formé sous l’effet non prévu de la collision cosmique, le monde à trois corps est capturé par un système à sept corps constitué de Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne, plus le Soleil et la Lune. Ces sept corps sont collectivement appelés l’Heptade.

Dans cette Heptade, seuls les cinq premiers corps appartiennent exclusivement au domaine Archontique. En raison de la “conversion de Sabaoth”, les physiques du Soleil sont en harmonie intime avec la biosphère terrestre. Ainsi, le Soleil, la Terre et la Lune reflètent, sous une forme de compromis néanmoins,  l’intention tripartite de l’Eon Sophia, la focalisation pure  et autopoétique de ce courant, pour ainsi dire. Le Soleil et la Lune restent dominés par la chimie inorganique mais ils sont, cependant, intimement intégrés à la chimie organique de la biosphère. La Lune émerge durant la même période où «la Terre s’est consolidée au travers de Sophia». (cité ci-dessus) et agit comme un contrepoids à l’Heptade. De par sa rondeur de perle, la Lune représente l’apex condensé du “bourgeonnement” originel de plasma du coeur galactique. Imaginez une bulle de plasma Pléromique en fusion, semblable à de l’écume, condensée et ossifiée, absorbant des éléments inorganiques qui auraient sinon pénétré dans la biosphère et qui l’auraient surchargé trop lourdement.

En d’autres mots, la Lune fut plutôt formée comme la perle d’une huître. Un grain de sable irrite l’huître qui sécrète alors un fluide laiteux qui se durcit en une perle. Selon la vision bizarre des Gnostiques, la Lune ne fut pas expulsée physiquement de la Terre comme l’affirme la théorie courante, et reconnue peu convaincante, de la formation lunaire. La Lune fut plutôt distillée à partie de la biosphère par un acte de sécrétion, une décharge lente d’éléments inorganiques. Cela fait donc du sens que la Lune et son cycle restent intimement corrélés (“couplée structurellement” dans le jargon de la théorie des systèmes) à toutes les formes de vie sur Terre. Le matériau de la masse lunaire fut extrait à partir de la masse terrestre mais la forme, les structures vivantes du noyau lunaire du monde tripartite, furent conservées. Tout cela est cohérent avec la conservation par Sophia de son ennoia originelle, le Rêve qui structure un cosmos à trois corps: étoile, planète et satellite à savoir le Soleil, la Terre et la Lune.

 

Observation des Planètes

Nous participons tous organiquement aux dynamiques du cosmos tripartite alors que la reconnaissance du cosmos planétaire requiert un acte d’attention délibérée. La plupart des êtres humains ne peuvent pas différencier les étoiles des planètes et même lorsque cela est élucidé, une compréhension intégrale demande beaucoup d’entraînement. Durant les nombreuses années pendant lesquelles j’organisai des observations célestes à Santa Fe, au Nouveau Mexique, je dus répéter sans cesse les faits élémentaires des mouvements planétaires. Lorsque j’indiquais une planète dans le ciel, et décrivais sa position relative par rapport aux constellations, je devais expliquer très précisément comment la position de la planète allait changer au cours d’un mois, d’une année, de dix années. Heureusement, les classes que je conduisais avaient la chance d’observer les planètes durant des mois d’affilée sous les cieux à la pureté cristalline dans les montagnes de Sangre de Christos, à l’extrémité septentrionale de la chaîne des Rocheuses.

Une observation répétée, cependant, n’est pas suffisante si l’on veut comprendre la sphère planétaire au-delà du cosmos tripartite dans lequel nous demeurons. Il est nécessaire de coupler l’observation directe avec un processus assez complexe de visualisation, car en même temps que les corps planétaires sont perçus, leurs cycles doivent être conçus. Durant les classes que je donnais à Santa Fe, nous passions régulièrement une bonne partie de notre temps à observer des diagrammes de mouvements planétaires, tel que le cycle rétrograde de Mars. Je proposais comme exercice de groupe – on pourrait presque dire comme méditation de groupe – que nous calculions soigneusement les moments clés d’un tel cycle et que nous prêtions une attention consciente à l’émergence de ces moments afin de voir si nous pourrions détecter des structures correspondantes dans les événements de notre vie ou des “flux” psychologiques qui puissent être associés (pas causalement, mais au travers de parallèles symboliques) avec les rythmes des planètes. C’était une expérimentation osée, et parfois révélatrice, mais en aucun cas aisée à initier. Cela requérait des participants une discipline considérable afin d’être capables de suivre les mouvements planétaires au fil des mois. Sans des diagrammes constamment disponibles, généralement collés au réfrigérateur, ils n’auraient pas été capables de poursuivre l’exercice.

Des difficultés pratiques considérables sont impliquées dans l’apprentissage du système planétaire. Les observations à la fois des cycles longs et des cycles courts sont en elles-mêmes problématiques. Des deux planètes les plus rapides, Mercure et Vénus, la première est trop proche du Soleil pour être fréquemment ou aisément observée. Vénus est une vision spectaculaire et ses cycles, dont ses changements rétrogrades qui la rapprochent de la Terre, sont de loin les plus aisés à suivre. Mais les avantages du cycle court de perception de Vénus ne permettent pas une bonne observation de la façon dont elle se déplace en relation avec le fond stable des constellations. Pour cela, il est préférable d’étudier les planètes à cycle long, Jupiter et Saturne, dont le long cheminement au travers des constellations peut être observé très minutieusement. L’étude des cycles longs requiert, cependant, une régularité au fil des mois dans les sessions d’observation du ciel, pour ne pas mentionner les conditions atmosphériques adéquates. Mars présente la combinaison la meilleure des avantages de cycles courts (mouvement rapide et aisément perceptible) et des avantages de cycles longs (repérage de la planète au travers des constellations).

Je suis conscient qu’il puisse sembler arbitraire, pour ne pas dire purement superficiel, de différencier entre le système Terre-Lune-Soleil et le système planétaire, comme je le propose. Cette distinction est une de ces conceptions “étranges” émanant des enseignements Gnostiques, ou de ce qu’il en reste. Mais comme je l’ai déjà souligné pour le Gnosticisme, plus cela devient étrange et plus cela fait du sens. Après avoir enseigné l’observation du ciel pendant des années, je suis convaincu que le fait de se connecter aux planètes constitue une expérience forcée, et il ne peut pas en être autrement. Quel que soit le degré de familiarité que vous acquerriez dans l’observation des planètes, cela reste un acte hautement orchestré.  En comparaison avec la facilité à demi-consciente avec laquelle nous nous connectons aux cycles du Soleil (c’est à dire les saisons) et aux cycles de la Lune (calendrier semaines-mois), la participation au système planétaire est ardue et empruntée. Au-delà du calcul et du repérage de ces planètes, l’expérience de communion avec ces globes lointains est difficile à maîtriser.

 

Habitudes Fatales

Le mot planète signifie “vagabond”, ou dans un sens littéral “déviant”. Il dérive du mot Grec plané, “erreur, déviation, égarement”. Plané est l’un de la demi-douzaine de termes clés des traités Gnostiques. Il est toujours utilisé pour décrire l’action des Archontes: «Et ils conduisirent ceux qui les avaient suivis vers des ennuis considérables, ils les induisirent en erreur par force tromperies» (“Apocalypse de Jean”. II. 29:30-10. 10).

Le mot Plané signifie “induire en erreur” ou “tromperie, duplicité” bien que le mot Grec Apate soit utilisé dans un sens plus spécifique pour ces derniers qualificatifs. (Une nuance Gnostique: l’induction en erreur diffère de la tromperie en ce que la première se manifeste lorsque des tendances innées ou naturelles sont exagérées ou mal orientées; dans le cas de la tromperie, un élément spécifique ou un subterfuge doit être appliqué à ces tendances naturelles et comme tel, il émane de l’extérieur). L’équivalent Copte de plané est sorem, mais ce terme est rarement usité. Le terme Grec était apparemment préféré parce qu’il associe directement l’erreur, les Archontes et le domaine planétaire.

Les Gnostiques utilisaient un autre mot Grec, heirmarmene, pour caractériser le système rigide de contrôle associé aux régions planétaires. Ils enseignaient qu’un tel contrôle, déployé dans la régularité d’horloge des “mécaniques célestes”, était hostile à la vie humaine et antinomique aux pulsations vivantes du cosmos tripartite. Les érudits traduisent heirmarmene en “règle du destin” et ils étiquettent la vision Gnostique des sphères planétaires comme “un déterminisme astral”. Une telle confusion et une telle mauvaise interprétation entachent à ce point ce sujet qu’il est difficile de se faire une idée précise de la façon dont les Gnostiques comprenaient réellement la “règle du destin”. Nous avons ici, de nouveau, un exemple de la possibilité pour les érudits du Gnosticisme d’améliorer la maîtrise de leur sujet en sortant de leur propre champ d’investigations.

Considérez ce bref passage extrait de “l’Apocryphe de Jean”: «Car de ce destin, heirmarmene, que les Archontes élaborèrent, émanèrent tous les péchés, injustices et blasphèmes et la chaîne de l’oubli et de l’ignorance et tous les commandements violents avec les péchés graves et les grandes peurs qui leur sont associés. Et ainsi, le monde entier fut rendu aveugle afin que nous ne puissions pas connaître l’Un qui est au-delà de tout cela… Et à cause de cette chaîne de l’oubli, ceux qui y sont piégés ne perçoivent pas leurs propres erreurs, car ils sont liés au cadre du temps et des moments, puisque le destin gouverne toute chose qui puisse être ainsi mesurée». (II. 28:21-35, termes soulignés par John Lash).

Sans partir dans un long commentaire, je soulignerais un seul point. “La chaîne de l’oubli et de l’ignorance” rappelle immédiatement la “chaîne de production interdépendante”, un concept central des enseignements Bouddhistes sur le karma. La chaîne consiste de douze anneaux (nidanas) dont le premier est l’ignorance (avidya). Les enseignements Bouddhistes affirment que lorsque nous devenons piégés dans la réaction en chaîne karmique basée sur l’ignorance, nous nous oublions nous-mêmes et nous devenons aveugles à la Réalité de l’Un – c’est à dire la pure conscience, Rigpa en Tibétain. Cela semble une pure évidence (du moins pour moi) que ce passage est une paraphrase très proche des enseignements Bouddhistes sur le karma. Et donc le “déterminisme astral” des Gnostiques était très vraisemblablement une version de la conception Asiatique du karma.

Il ne fait nul doute que les Gnostiques enseignèrent sur le karma et il semble qu’ils en aient élaboré les concepts dans une métaphore céleste qui intégrait les Archontes en tant que “pilotes” psychologiques qui nous asservissent dans des structures de comportements répétitifs et non évolutifs. Le Bouddhisme Tibétain a également recours à une métaphore élaborée pour l’empêtrement du karma: la “Roue de la Vie” constituée des Trois Poisons, des Six Royaumes et des Douze Nidanas. Ce modèle peut être corrélé point par point au paradigme astrologique des signes et des planètes. Selon mon opinion, le “heirmarmene” des Gnostiques et la Roue de la Vie des Tibétains sont deux versions du même enseignement sur le déterminisme karmique. Pour les Gnostiques, le domaine Archontique des planètes était un reflet cosmique des forces de l’habitude qui inpulsent les humains à manifester des comportements répétitifs et non évolutifs. Le système de l’erreur fatale se perpétue et c’est cela qui constitue la règle du destin, la tyrannie des Archontes.

Selon le Bouddhisme, nous échappons à la roue du karma en nous éveillant à la nature du mental ou à la Nature du Bouddha alors que le Gnosticisme propose un chemin différent. Dans la spiritualité fondée sur les enseignements Gnostiques, nous transcendons notre esclavage comportemental en nous immergeant avec extase dans le grand continuum de la vie, en nous connectant au corps planétaire de Gaïa.

 

Contemplation Sensuelle

S’il est vrai que les passions de Sophia se sont condensées et se sont métamorphosées dans les éléments de la biosphère, comme les Gnostiques l’enseignaient, alors l’empathie que nous, êtres humains, pouvons ressentir avec la Nature doit être en harmonie avec ce qu’Elle ressent. Ressentir véritablement la Nature, c’est reconnaître qu’elle même, en retour, ressent. Et comment elle ressent.  Nous pourrions, à ce propos, créer un néologisme: “feelback”, la réciprocité du ressenti, la dimension émotionnelle du “feedback”. Et le feeling, le ressenti de Gaïa envers nous, assurément, nous nourrit, nous épanouit. Il nous maintient vivants à chaque instant de notre vie – et qui sait, les vrilles magnificentes de Son amour sont peut-être ce qui nous enlace vers cette planète, en premier lieu, et qui nous en fait sortir ensuite.

Dans le Tantra Hindou, le pouvoir du serpent comprimé dans le corps humain est appelé la Kundalini, littéralement “la petite Kunda”. La grande Kunda est la puissance tellurique massive et torsadée de la Déesse. Dans les exploits hilarants de Castaneda et dans son “cercle de sorciers”, cette force est appelée “le Culbuteur”. Je l’ai vue libérée le long des flancs de la Sierra de Libar en Andalousie, provoquant une torsion d’un vaste pan de la chaîne de montagnes. L’abandon sensuel du courant du Dragon exprime la béatitude de la Terre lorsqu’il danse nu dans l’espace. Le sorcier intègre ce courant dans l’éclat de ses yeux.

Il est dur de voir de telles choses et de vivre mais il encore plus terrible de vivre sans les voir.

Dans d’autres essais de la Métahistoire, j’ai proposé le terme “biomysticisme” pour qualifier l’expérience de communion d’amour avec Gaïa. Ce terme peut poser question au regard de la perspective Reichienne que j’aime proposer pour tous les sujets corrélés à notre communion avec la Déesse. Avec une perspicacité Gnostique, Reich décela dans le mysticisme un détournement des forces affectives et vitales vers un Au-Delà désincarné. Le biomysticisme est le contraire: c’est le recouvrement de la connaissance ressentie en nos corps, le jaillissement somatique doux et puissant qui monte de la plante des pieds et bouillonne en une boule chaude au sein du plexus solaire, comme si le ventre était un pot de miel dorant au soleil. Nous vivons parce que nous sommes constamment connectés à ce délicieux courant, le Culbuteur, Mahakundala, et non pas parce qu’il nous est donné une quantité limitée de force de vie qui s’épuise graduellement. Si nous savions comment accepter la force de la Terre, à chaque moment, avec gratitude et révérence, consciemment et intentionnellement, nous n’aurions pas à mourir comme nous le faisons mais nous pourrions y perdre notre peau, à l’instar des serpents, comme le firent les anciens initiés. Le “feelback” de Gaïa, la réciprocité de son ressenti, nous rend morphiquement immortels.

Même lorsque nous tentons de fuir la béatitude naturelle, nous y sommes ramenés. On pourrait argumenter que même les mystiques Chrétiens, qui frisent la désincarnation dans leur concupiscence non naturelle d’atteindre l’Au-Delà et de voir le visage de Dieu, sont leurrés par Eros et retombent dans l’étreinte de la Déesse. L’extase de Sainte Thérèse d’Avila a souvent été comparée au ravissement orgasmique. Thérèse était une dame enflammée mais rien ne surpasse l’érotisme intense d’Hildegard von Bingen qui transcrivit sa vision du Divin en peinture et en musique. Une peinture illustre plus particulièrement ce “feelback” massif de béatitude dans les Scivias du Codex Rupertsberg, datant du 12 e siècle.

Il serait difficile d’imaginer une image plus colorée et parfaitement détaillée du sexe féminin, complète avec une bordure d’ornement feuillé. Tout y est révélé: le clitoris jailli de l’étoile, les lèvres vermillon, les petites et les grandes, le trou d’aiguille de l’urètre discrètement dépeint comme un croissant de lune, le tunnel du vagin sillonné de ruggia (pour cette étreinte glissante), le col de l’utérus, une cache d’ovaires attendant d’être fertilisés. C’est du biomysticisme en action, la preuve que la révélation la plus élevée de Dieu est indiscernable du miracle de nos fonctions naturelles.

Et il y a plus, car la “vision du cosmos” d’Hildegarde (Roob) est également une démonstration parfaite du monde tripartite, le Rêve originel de Sophia. L’oeuf et l’ovale structurent toute la composition. Le Soleil, la Terre et la Lune sont magnifiquement alignés sur un axe vertical. C’est tout ce qu’il y a et c’est tout ce qui convient. La représentation sacrée de la matrice de Gaïa est imprimée anatomiquement sur le corps de toutes les femmes de l’espèce humaine et c’est au travers de cette porte que nous venons tous à la vie, que nous émergeons en une matrice plus vaste, la biosphère.  Tout est présent dans la vision d’Hildegarde, y compris même la trace subliminale d’un démon tricéphale (peut-être le cerveau à trois lobes, la boite à brailler de l’ego humain?).

Je ne connais pas grand chose de la vie d’Hildegard von Bingen, qui vécut de 1098 à 1179, mais je suppose que ce n’était pas fabuleux en termes de sensualité – du moins, en ce qui concerne les expressions manifestes de la sensualité et de la sexualité. Il ne pouvait pas en être autrement. La petite Hilda était une enfant maladive “vouée au service de l’Eglise” par des parents dévots et elle vivait constamment dans l’atmosphère craintive et répressive du couvent. Cependant, bien avant l’adolescence, Hildegarde eut des visions qu’elle osa raconter à son entourage. Quelque chose remua au fond d’elle et produisit un flot immense d’images et d’inspirations musicales. D’autres transcrivirent pour elle ses paroles et ses visions. Ces interprétations furent «parsemées d’admonestations salutaires de vivre dans la peur de Dieu» (“Encyclopédie Catholique”). Et il en fut ainsi.

Parmi les oeuvres qu’Hildegard von Bingen a léguées à la postérité, on trouve des centaines de lettres, 50 homélies allégoriques, une liste de 900 mots dans un langage inconnu, 70 hymnes avec les mélodies, un manuel de 9 tomes sur les plantes, les arbres, les poissons, les oiseaux, les reptiles et les métaux, un traité médical et, bien sûr, les “Scivias”, le recueil de ses visions. Un de ses ouvrages poétiques est “Liber divinorum  operorum”, une «contemplation de toute la nature à la lumière de la foi. Le soleil, la lune et les étoiles, les planètes, les vents, les animaux et l’homme, sont dans ses visions l’expression de quelque chose de supranaturel et de spirituel et, venant de Dieu, elles devraient reconduire vers Lui». Un grand merci aux auteurs de l’Encyclopédie Catholique en ligne. C’est juste ce que je tentais d’exprimer. Ou presque.

 

L’Amour de Gaïa

L’imagerie yonique d’Hildegard von Bingen et les contours voluptueux du Coco de Mer sont présentés sur le site internet de la Métahistoire parce qu’ils correspondent au message de cette recherche. S’il est vrai que 60 % de tout le trafic sur Internet est pornographique, les internautes concupiscents peuvent maintenant prendre leur pied à partir du réel.

Une contemplation sensuelle de la Terre génère cet effet de rétroaction qui, à  son tour, engendre ce que Inga Muscio appelle de façon choquante “une attitude d’amour du vagin” (NDT: pourrions nous oser le néologisme “vaginophilie”?). Dans l’introduction à son ouvrage “Cunt: A Declaration of Independence”, l’auteur d’écologie profonde, Derrick Jensen, écrit:

«Demeurer dans la sensualité alors que le monde se consumme n’est pas suffisant. Il n’est pas non plus suffisant de déplorer les pertes, à l’intérieur et à l’extérieur. Ces deux approches sont nécessaires mais elles ne sont pas suffisantes… Si vous aimez votre vie, votre corps, votre amoureux, l’arbre dans votre jardin, le monde qui a donné naissance à tout cela, le fait que nous soyons tous intensément, très intensément baisés, n’importe que peu pour vos actions: si vous êtes dans l’amour, vous agissez pour protéger l’objet de votre amour. S’il nous faut survivre, nous devons libérer notre planète de l’emprise de ces multinationales et de ces êtres humains qui sont en train de la détruire. Mais avant cela, il nous faut libérer nos propres corps et nos propres coeurs de cette même emprise».

La tendresse est l’essence de cette attitude d’amour du vagin, et grâce à ce que nous apprenons au travers de l’extase, de l’abandon et de la contemplation sensuelle, nous pouvons peut-être prendre conscience qu’une force suprême est inhérente à la tendresse, un pouvoir de guérison sublime qui émane de notre connexion avec Gaïa-Sophia. Nous ne mourons pas, aujourd’hui, et non pas simplement parce que nous ne cessons pas de vivre, mais parce que nous sommes perpétuellement guéris à la vie. Le flux est constant et dans le “feelback”, il devient conscient. Aimez cela et voyez ce qu’il en advient.

Lorsque la religion affecte nos vies, on y retrouve toujours beaucoup de discours sur l’amour. Personnellement, je déteste cela. Et plus particulièrement, lorsque ces discours d’amour nous disent que “l’amour de Dieu” est à l’oeuvre dans nos vies. Dieu vous aime. Jésus vous aime. Et ils veulent que vous vous aimiez les uns les autres. Si tant est qu’il existe quelque chose de bon dans cette sorte de discours, cela s’avère totalement subjugué par l’usage d’un tel langage comme prétexte pour cacher une multitude d’ignominies et de transgressions contre le corps et contre l’esprit. Les paroles d’amour constituent le faire-valoir favori de ceux qui perpétuent la violence. Débordons de gentillesse, si je puis dire, mais ne parlons plus d’amour, et fermons nos gueules, à moins qu’il n’y ait quelque chose de drôle ou de sexy à dire, à moins qu’il n’y ait des secrets d’amour à partager.

Pensez juste à Hildegarde. Même avec la malédiction de la religion au coeur de son âme, elle vécut une vie de ressenti incroyable. Erotiquement handicapée, par son époque et son entourage, elle devint ce que beaucoup de femmes pourraient aspirer à être: pas la Madonne, ou Madonna elle-même, mais une femme mystique authentique dont l’anatomie intime explosa d’étoiles.

Quelque part, j’ai écrit qu’aimer Gaïa constitue l’apogée de la destinée humaine. C’est un de mes secrets d’amour. Comprendre, à partir de l’enseignement Gnostique, les passions de Sophia est à la fois un très grand défi et un exercice d’humilité. Un défi parce que le mythe engage nos facultés d’attention et d’imagination à un niveau de génie. Personne n’évolue dans cette histoire s’il n’aime pas apprendre. Et c’est un exercice d’humilité parce qu’il nous prépare pour le “feelback”, pour la réciprocité dans le ressenti, peu importe comment, et quand, il se manifeste. Au fil de notre épopée dans le Mythos de Gaïa, plus nous approfondissons la connaissance du corps, et plus nous versons dans le biomysticime et dans le don érotique, faisant nôtre la générosité des dieux. Si la générosité, plutôt que l’amour, était la signature de la Divinité, ce ne serait pas une si mauvaise affaire, n’est ce pas?

Quant à aimer Gaïa et à être aimé de Gaïa, c’est le chemin suprême de la découverte humaine. Il nous conduit au-delà de la peur et de l’espoir, au-delà des promesses et des prétentions; il surpasse toutes les revendications et toutes les spéculations au sujet du Divin; il fait honte à toutes les religions. L’appel de ce chemin frémit comme un embrasement tendre en nos cellules.