Temps de Dakini: Scénario des Hérukas selon Long Chen Pa

Fondements du Tantra Planétaire: Essai 09

 

Dans le chapitre précédent, j’ai montré comment la gestalt visionnaire des ma-mo composée par Long Chen Pa, au 14 ème  siècle, préfigure le Nexus des Shaktis de deux façons. Premièrement, dans les dynamiques générales de la correction Trikaya qui se manifeste dans la société humaine, sur toute la planète et dans l’ensemble de la galaxie. Secondement, dans la configuration structurelle des 10 et 8  (5+3) composantes. Ce présent essai va développer ces parallèles extraordinaires en concentrant notre attention sur les cinq Dakinis Gaïennes primordiales qui sont regroupées en une étoile – un noyau pentadique.

 

Jeu d’Analogie

Si vous vous laissez tenter par une étude purement intellectuelle du Nexus en vous focalisant, par exemple, sur les huit Dakinis Gaïennes, indépendamment des dix Mahavidyas, je ne peux que vous conseiller de découvrir les signatures et les pouvoirs de ces divinités dans l’ouvrage “Buddhist Goddesses of India” (Miranda Shaw), puis de glaner des informations sur les dakinis dans l’ouvrage “Dakini’s Warm Breath” (Judith Simmer-Brown), ensuite de vous aventurer dans l’ouvrage “Vajrayogini – Her Visualizations, Rituals and Forms” (Elizabeth English) et, pour finir, de terminer par l’inventaire des huit ma-mo dans le Klong-’grel de Long Chen Pa que j’ai corrélées à l’infrastructure du Nexus. Vous pourriez même commencer un livre de bord comprenant une section pour chaque Dakini et ses attributs. Ce faisant, vous pourriez beaucoup apprendre des connaissances qui ont été transmises et développer des associations fertiles pour chacune des Dakinis Gaïennes. Il est probable qu’un tel exercice reste purement académique et intellectuel, mais peut-être que non…

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Heruka. En Tibétain khrag ‘thung, ou “buveur de sang”. C’est le nom d’une catégorie de divinités courroucées, d’êtres illuminés dans le Bouddhisme Vajrayana qui adoptent une attitude féroce pour rendre service aux êtres sensibles. Les Herukas représentent l’incarnation de l’extase indivisible et de la vacuité. Ils se manifestent en tant que yidams ou divinités de méditation dans la sadhana tantrique généralement placées dans un mandala et souvent accompagnées par un consort yab-yun. (source: wikipedia).

Je présume que les corrélations des Dakinis Gaïennes, avec les divers organes sensoriels, vont susciter quelques intuitions et trains de pensée surprenants et peut-être même induire certaines expériences non-ordinaires. Il n’est que de considérer comment Parnashavari, la Dame Vêtue de Feuilles, (“Female Bhuddas”, Mullin, page 115) gouverne les fonctions gustatives et alimentaires qui peuvent être Tantriquement métamorphosées en actes sacramentaux, et plus particulièrement avec l’ingestion de plantes-instructrices sacrées – et je suis sûr que cela va fortement intéresser certains d’entre vous. De telles études de salon peuvent, au mieux, induire des intuitions projetant un éclairage sur la vie ou impulser des affinités qui seront à élaborer au fil du temps, dans des états de conscience ordinaire ou altérée. Il ne fait aucun doute que la plupart des individus qui découvrent les Dakinis Gaïennes au travers de l’étude, ou simplement en compulsant un ouvrage illustré tel que “Female Buddhas”, vont rapidement détecter leur connexion à “la matière”. La loi d’attraction fonctionne magnifiquement dans toute quête dont l’objet est le Nexus des Shaktis. Généralement, les premières impressions s’avèrent éventuellement les plus fertiles.

Etant, pour la plupart, des spécimens humains hérétiques, nous sommes déjà connectés avec les Dames Adamantines, ainsi que les Dakinis du Ciel de Diamant sont parfois qualifiées dans un texte Tantrique séminal:

“Le samadhi (l’attention parfaite) de la vajrayosana (la dame adamantine) est la voie vers l’extase suprême” (“Chinese Hevajra Tantra” 12.31).

Tout cela est-il convaincant? L’astuce consiste à découvrir comment votre attention peut se perfectionner. La métaphore fondamentale, dans le vécu du Kali Yuga, c’est le jeu: les dés, la roulette, le poker… C’est une pratique de base, dans le Kala Tantra, que de savoir précisément qui préside à votre jeu: c’est à dire de découvrir la Dakini qui contrôle souverainement votre attention. Et cette découverte s’avère absolument passionnante.

 

Alors et Maintenant

Dans le chapitre précédent, j’ai effectué une conversion du Trikaya Bouddhiste en termes Gaïens, c’est à dire en un réseau interactif de domaines social, planétaire et cosmique. Je propose que cette “gestalt formelle” tripartite (telle que Guenther a traduit le Tibétain sku et le Sanscrit Kaya) constitue le fondement des Tantras Gaïens qui sont en développement sur ce site. Le Trikaya Gaïen va être la référence pour de nombreuses innovations du Tantra Planétaire, tant sur le plan pratique que sur le plan conceptuel. Sur la planète, nous vivons tous simultanément et interactivement dans ces trois domaines: la société humaine, l’environnement global et la galaxie qui est notre demeure. Comme je l’ai expliqué dans l’essai précédent, l’interactivité du Trikaya est un enseignement peu connu du Tantra Bouddhiste qui a été transmis au 14ème siècle par le mahasiddha Long Chen Pa. J’estime qu’une telle interactivité n’est pas compréhensible, ou accessible, tant qu’on la considère seulement en fonction de l’interprétation classique de ces notions métaphysiques que sont le Dharmakaya, le Sambhogakaya et le Nirmanakaya; c’est en transposant le Trikaya dans un langage Gaïen que tout cela prend un sens et une substance réelle. Le Trikaya Gaïen peut être testé et expérimenté dans la sphère du vécu.

Je souhaiterais également proposer trois types de chronologie qui puissent s’appliquer à l’auto-correction du Trikaya Gaïen sur le plan social, sur le plan planétaire et sur le plan galactique. Dans le premier type de chronologie, il se manifeste un éveil spontané en raison de la descente de l’essence numineuse du coeur. Nous y reviendrons dans un moment. Le second type de chronologie, à l’échelle planétaire, pourrait être abordé en termes de cycles terrestres et de cycles saisonniers, ou en termes de cycles lunaires considérés comme une mesure des rythmes métaboliques Gaïens, etc. J’ai l’intention d’explorer ce concept de chronologie planétaire dans des leçons subséquentes concernant les “shaktis lunaires”.  Enfin, le troisième type de chronologie, corrélé à l’ensemble de la galaxie, serait conceptualisé en termes de l’horloge zodiacale, de la précession des équinoxes, etc. Des essais relatifs à ce sujet sont présentés dans la rubrique “Quête du Zodiaque” de la Métahistoire sur le site Liberterre.

La chronologie de la “goutte de coeur régénératrice” ne peut pas, je présume, être calculée ou prédite de façon systématique. Les probabilités d’une telle révolution pourraient être, au mieux, supputées par le biais de techniques astrologiques tels que les transits et les progressions dans le thème natal. Il existe, effectivement, certains paramètres chronologiques mais ils sont, sans doute, par trop ésotériques. Dans la tradition du Vajrayana, la sagesse, s’instillant dans le coeur, qui s’active au moment précis de l’éveil est appelée Nying Thig, “l’essence séminale, l’essence du coeur”. Le terma (trésor) le plus précieux dans la tradition Tibétaine est le Long Chen Nying Thig, “le développement suprême de l’essence du coeur”. Il est curieux que le Long Chen Nying Thig ait été recouvré par le terton (découvreur de trésors) Nyingma, Jigme Lingpa, en décembre 1757, à une époque très rapprochée de l’éveil de Gaïa de son rêve lucide… Nous reviendrons sur cette coïncidence diachronique lorsque le moment sera venu de raconter son rêve!

La régénération par la goutte de coeur fait partie de la catégorie de l’illumination spontanée enseignée communément dans les écoles de Ch’an et de Zen qui présentent des parallèles proches du Dzogchen, si tant est qu’ils n’en émanent pas (J. M. Reynolds, The Golden Letters: “le Dzogchen est-il un enseignement Bouddhiste authentique?”). Le Satori, ou l’illumination soudaine, est totalement spontané et se situe en dehors du cadre temporel. On pourrait aussi le qualifier de moment durant lequel toutes choses fusionnent. Guenther mentionne que le terme Sanscrit, sajaha, “co-émergent” signifie:

«une manifestation spontanée, et sans causes, de ce que nous pourrions appeler le principe de “complémentarité” (saha). En tant qu’expérience immédiate, la co-émergence implique un sentiment d’union dont la numinosité dissipe tout sens de la séparation. Une traduction précise du terme sahaja serait quelque chose de l’ordre de la “complémentarité dans la spontanéité”»  (Ecstatic Spontaneity).

Le moment de la goutte de coeur induit une complémentarité totale avec la Terre qui, non seulement, ne se dissipe pas mais qui continue de s’amplifier “à la suite” de ce moment. Le moment est spontané et il en est de même pour l’amplification. Quiconque a vécu ce moment n’en vivra jamais un autre que celui-là. Ainsi donc, le premier type de chronologie est toujours MAINTENANT, juste à cet instant, tandis que les deux autres types sont des variations du ALORS: c’est arrivé alors, et cela arrivera alors. Nous vivons simultanément dans le temps qui passe, ALORS, et dans le moment éternel, MAINTENANT. Centré au coeur de ce dernier, il n’existe pas de distinction ou de contradiction entre ces deux appréhensions du temps apparemment distinctes. Confinées au premier, le temps qui passe, elles semblent différer.

La spontanéité totale et parfaite du moment de la goutte de coeur garantit qu’elle imprègne chaque moment qui passe du temps de vie vécu. Je suis convaincu que les Dakinis du Ciel de Diamant implantent, littéralement, le bindu numineux de leur sagesse en nos coeurs, et établissent ainsi leur “tapis de plantes” dans le sol émotionnellement perturbé de la condition humaine. Elles choisissent le moment séminal au sein du temps qui passe. La chronologie de l’épanchement de coeur de nying thig émerge d’une accumulation traumatique d’émotions dues à l’un des trois chocs – abandon, trahison, perte – ou toute combinaison des trois. Dans mon cas personnel, la goutte qui fit déborder arriva au travers d’un acte rituel réalisé à la fin d’un processus d’initiation de 108 jours qui fit escalader mes émotions à un niveau de tension insupportable de joie angoissée. Je fus plongé dans une saturation de chagrin et de compassion, dont de la compassion pour moi-même. L’acte rituel consistant à envoyer un cadeau par courrier libéra la tension. C’est tout ce que je puis dire, ou souhaite dire, pour le moment, quant aux dynamiques rationnellement définissables de mon expérience. Cela se manifeste par intervention surnaturelle. Ou par un acte spontané d’amour divin, si vous préférez.

Dans le Tantra Planétaire, vous pénétrez dans l’union de l’amour et du surnaturel. Et vous y demeurez dans un état permanent d’impermanence.

 

“L’Evénement de Correction”.

Maintenant, examinons rapidement la phase initiatrice du changement socio-planétaire. Selon Guenther, tout le système Trikaya, social, planétaire et cosmique, parvient à un niveau de seuil lorsque les “fluctuations rebelles” ont atteint la limite extrême de la déviance. C’est le point de non retour vers la démence habituelle parce que, précisément, il n’en existe aucune échappatoire, nulle part. Lorsque la démence est totale, vous ne pouvez pas y replonger parce vous n’avez jamais la latitude d’en sortir. Et vous ne pouvez pas non plus retourner vers l’équilibre mental si ce n’est par la voie de la folie – une vérité brutale que Chogyam Trungpa illustrait par l’histoire du roi Tibétain qui buvait la pluie de démence qui tombait sur son royaume et perturbait ses sujets.

La rectification commence donc, de façon précaire, au sein du chaos aveugle de la démence sociale pandémique. Elle explose en un feu d’artifice de “voies de changement” qui ne sont pas immédiatement coordonnées. En d’autres mots, le système tripartite commence à se modifier à son niveau le plus fugace et instable, à savoir la société humaine, mais le changement n’est ni uniforme, ni cohérent à son tout début. La transformation vers la correction du système au niveau social (le champ du Nirmana) est lancée mais dysfonctionnelle et, dans ses débuts, selon Guenther, elle s’éparpille à tous vents. Elle s’emballe et ensuite elle cale, comme une vieille voiture.  Il existe une prévalence de “rétroaction positive”, ou d’effondrement en cascade, dû à la désorganisation des nouvelles voies de changement émergentes. Néanmoins, la transformation vers une correction d’amplitude systémique a commencé. L’élan est là et il se manifeste, de façon pressante, au travers des événements sous tous aspects. La vie, sur le plan du Nirmana, palpite d’instabilité chaotique.

Ensuite, presqu’immédiatement, selon Guenther, une contre-transformation se manifeste par laquelle «des domaines limités localement s’ouvrent au champ de dynamiques plus globales du système», c’est à dire, un alignement ou une harmonisation avec le champ cosmique ou Dharmakaya – en termes Gaïens, le coeur galactique, le Plérome des Gnostiques. Avec quelle précision cette harmonisation décisive est-elle réalisée? Il apparaît que Long Chen Pa était assez spécifique quant à l’interactivité au sein du Trikaya. L’état catalyseur de démence généralisée se manifeste dans la sphère du Nirmana, la société humaine, et la contre-transformation est déclenchée à partir du centre cosmique, la sphère du Dharma. L’harmonisation, ou l’union des deux, doit se manifester dans la zone planétaire intermédiaire, la sphère du Sambhoga. C’est à dire, dans l’organisme vibrant de Gaïa elle-même.

Selon la révélation visionnaire de Long Chen Pa, dans le Klong-’grel, l’harmonisation avec l’événement de correction se manifeste lorsque les membres de la société humaine commencent à partager une vision commune de leur place au sein de la perspective planétaire, le domaine du Sambhoga. Attendez-donc une seconde. Cette proposition ne semble-t-elle pas étonnamment similaire à la problématique très débattue de transmutation planétaire associée à 2012, au calendrier Maya, à la chronologie de la précession zodiacale et à toutes ces notions étranges “d’alignement galactique”? En effet, il existe des similarités. Mais dans ce contexte précis, la déficience récurrente propre au débat concernant 2012 (tel que je le perçois) se confirme: le débat en appelle à une vision planétaire qu’il ne peut révéler. Il fait en sorte que son appel de quelque événement semble être la preuve que cet événement est réellement en train de se manifester. Par conséquent, ce qui est évoqué quant à une transformation collective vers une conscience supérieure pour l’espèce humaine, atteignant potentiellement la dimension galactique, reste du domaine de la première phase de changement, chaotique, incohérente, non coordonnée et purement théorique – pour l’instant du moins.

De nombreuses approches d’une vision planétaire partagée pour 2012 ont été proposées; certaines ont été développées de façon élaborée dans le cadre temporel du calendrier Maya et selon d’autres modalités de description de transformation évolutive dans le temps linéaire. Guenther souligne que la tentative de donner un sens au chaos social, dans la première phase de la correction, fait courir le risque «qu’on initie une procédure qui renforce la situation en générant une profusion de cartes». C’est une très bonne mise en garde. Il est certain qu’il existe déjà une pléthore de cartes et de supputations relatives au changement planétaire imminent de 2012 mais, à ce jour, il n’est aucune action claire et cohérente qui soit fondée sur de telles supputations.

Que puis-je donc proposer? Une nouvelle carte ou un nouveau modèle qui vienne s’ajouter à la pile débordante de programmes et de prédictions pour 2012? Et bien pas vraiment. Je vais proposer un autre scénario visionnaire qui pourrait être corrélé à 2012 en tant que moment-clé de l’effondrement social conduisant à un événement de correction… mais, avec cette vision, je m’aventure dans des sables mouvants. Cependant, je n’invente rien. Je vais juste vous faire partager “l’invention” que Long Chen Pa a lui-même élaborée dans le Klong-’grel, il y a environ huit siècles de cela.

 

L’Ouragan Heruka

Selon Long Chen Pa, la seconde phase de l’auto-correction du Trikaya entre en jeu par le biais d’une hallucination collectivement partagée qui émerge dans le mental humain sur le plan planétaire, le champ du Sambhoga. C’est comme si le Plérome, l’énergie de conscience focalisée du coeur galactique, initiait la correction au sein du règne humain en transmettant vers la planète un scénario hallucinatoire: la vision des Herukas. Long Chen Pa ne spécifie pas si cette vision peut émerger spontanément ou si elle ne peut être induite que grâce à des pratiques de méditation occultes et rigoureuses. Je suggérerai qu’elle peut émerger de manière spontanée en raison du fait qu’une grande partie de l’humanité est plongée dans une transe collective de traumatisme émotionnel. Dans un tel état, les individus vont imaginer, ou même percevoir réellement, tout un éventail d’être démoniaques de type courroucé. Guenther mentionne que cette explosion hallucinatoire révèle:

«les agents catalyseurs, les cognitions principielles oeuvrant tels des intérêts résonnants illustrés par les personnages féroces des Herukas. [Ces personnages] ne sont pas introduits de l’extérieur du système; ce sont les produits du processus d’auto-rectification dynamique et féroce engendré par le système [du Dharmakaya, le champ cosmique] lui-même. Cette auto-catalyse constitue la seconde phase du processus de rectification.»

Là encore, une petite paraphrase de votre serviteur pourrait être bénéfique: “les cognitions principielles” (en Tibétain ye-shes) sont du jargon Dzogchen pour la vision lucide et immédiate qui émerge dans le flux mental ordinaire des êtres humains mais qui ne trouve pas son origine dans la conception humaine. Une telle vision brillante ne requiert pas de pensée logique ou linéaire. Judith Simmer-Brown, et d’autres érudits Bouddhistes radicaux, (pour la plupart des femmes) considèrent ye-shes comme la “quintessence de la Dakini”, le genre unique de connaissance qui révèle la vacuité de tous les phénomènes, à la fois mentaux et matériels.

«Ye-shes est une sagesse rayonnante, non-duelle, le jaillissement spontané de la nature éveillée en tant que clarté quant à la nature des choses… Dans la tradition du Vajrayana, la sagesse est un éveil non-duel qui s’applique à la fois aux phénomènes et au mental qui réalise la nature des phénomènes» (“Dakini’s Warm Breath”).

La cognition principielle est l’illumination soudaine, révélant la nature authentique du mental et des phénomènes extérieurs, moment après moment. C’est la perception révolutionnaire d’une sagesse supérieure opérant continuellement dans et au travers du flux mental ordinaire du discours logique et du dialogue intérieur. La syntaxe principielle constitue la signature de ye-shes: c’est le tranchant lapidaire du langage impeccable. Considérez la Première Instruction des Dakinis du Ciel de Diamant. “Vous ne pouvez devenir rien de moins que plus beau”. C’est de la syntaxe principielle. Ce n’est pas une affirmation que j’ai conceptualisée bien qu’elle “me soit parvenue en pensée”. Selon mon expérience, c’est de cette manière que la transmission de la dakini fait éruption dans le train de pensée ordinaire. Une telle mentation ressemble à l’éclat des joyaux dans un flux d’eau tourbillonnante.

Si je m’en réfère correctement à Long Chen Pa, le moment de l’éveil, à une vision planétaire de transformation, n’est pas simplement dû à l’émergence de ye-shes, la cognition principielle, et il n’est pas limité à la réalisation subjective: il possède un reflet hallucinatoire réel dans l’atmosphère de la Terre, le champ du Sambhoga. N’est ce-pas fantastique?

Prenons un moment afin d’examiner cette affirmation étonnante. Quelle en est la signification? Qu’est ce que cela peut bien vouloir dire? Je vais faire une supposition: cela implique que les membres d’une société humaine, tant bien même répondront-ils à une démence globale en définissant de nombreuses voies de changement, ne seront pas capables de mettre en oeuvre la dynamique vers une transformation à l’échelle planétaire sans une vision unifiée sur le même niveau d’échelle. Une telle vision est constituée par le “quinconce des Herukas”, un mandala de cinq divinités courroucées. Où apparaissent ces entités démoniaques? Tout d’abord dans le mental des êtres humains, dans les yeux du mental du sujet humain. Dans la psyché collective. Dans l’imagination religieuse de l’espèce, certainement. Mais aussi, si je puis le suggérer, dans l’espace ouvert de la voûte céleste. Littéralement, dans l’atmosphère que nous respirons.

En accord avec le scénario de Long Chen Pa, Guenther précise que le déchaînement des cinq Herukas est précipité par «le flux d’énergie orgasmique du système» – une référence spécifique au second kaya, le Sambhoga ou champ planétaire. Les divinités courroucées font éruption graphiquement et visuellement dans les régions de ce champ:

«En raison de l’énergie orgasmique du système s’engouffrant dans la brèche… et par le biais de l’activité rectificatrice, opérant de façon optimale, du système (phring-las drag-po), un effondrement généralisé et une transformation auto-catalysatrice concomitante sont eux-mêmes initiés par un processus de régionalisation virtuel qui se développe comme un quinconce de champs de tensions, chacun présentant une configuration d’Heruka… Les mêmes champs de tension déploient l’arrivée au premier plan du système (mngon-pur ‘byung-ba) des dynamiques de configuration-dévoilement du système et sont donc, de façon optimale, décrits comme des domaines d’implications vectorialement connectés (rigs).»

Guenther se servit de concepts cybernétiques de systèmes de champs développés par Erich Jantsch un peu avant l’époque de la théorie du chaos, que l’on appelle de nos jours la théorie de la complexité. Plus communément, “l’arrivée au premier plan” serait qualifié d’émergence. Le scénario de Long Chen Pa décrit l’émergence d’entités hallucinatoires, dans des régions turbulentes du système Sambhoga, démontrant ainsi la capacité de ce champ (“dynamiques de configuration-dévoilement”) de projeter des structures d’apparitions visionnaires dans la psyché humaine. Tous les témoins humains réceptifs à cette activité dans le système (atmosphère) vont alors voir le même événement.

Long Chen Pa ne spécifie pas que les Herukas puissent apparaître dans le ciel, mais il s’en faut de très peu. Un passage du Klong’-grel utilise une imagerie tellurique  pour ce qui peut sembler être des événements symboliques ou quelque chose de plus que cela: «un vaste champ de crémation… un coeur tourbillonnant d’océan de sang… une montagne gigantesque de squelettes empilés… une immense conflagration volcanique». Ce paysage catastrophique constitue le cadre pour l’émergence des Herukas – qui planent au-dessus. Selon d’autres récits d’expériences visionnaires provenant de la tradition Tibétaine, dont le propre récit de Long Chen Pa concernant un rituel tantrique élaboré (voir plus avant), les êtres courroucés apparaissent littéralement dans le ciel.

L’imagerie terrifiante de carnage humain dans le Klong’-grel rappelle les Mahavidyas qui dansent avec Kali sur la place de crémation. Dans ma conversion Kalika de la vision de Long Chen Pa, le pentagramme des Herukas s’intègre au centre du grand mandala du Nexus des Shaktis, une permutation de  10=2X5. Le mandala possède, sur sa périphérie, le cercle des dix Mahavidyas Hindoues, les émanations de Kali, la déesse du choc. C’est dans ce cercle qu’est située la “fleur de diamant” des cinq Dakinis: Nairatmya, Vajravarahi, Kurukulla, Parnashavari et Visvamata. Cette gestalt exhibe une composition en 8=5+3. Il y a en tout huit Dakinis du Ciel de Diamant qui peuvent être corrélées aux huit ma-mo ainsi que nous l’avons montré dans le précédent chapitre. Mais la gestalt n’est pas rigide: un pentagramme est inséré au sein de l’octade. Je propose que le pentagramme des Dakinis du Ciel de Diamant soit l’homologue de l’explosion céleste des Herukas telle qu’elle est décrite par Long Chen Pa. Le mandala Gaïen présente ces divinités féminines, plutôt que les Herukas de genre masculin, mais la composition fondamentale de ces deux configurations visionnaires est identique.

Et voilà. Maintenant, comment fonctionne cette corrélation à la fois en termes graphiques et visionnaires? Quelle est la finalité de convertir les Herukas mâles en Dakinis femelles?

 

Tantra Homme/Femme

Précisons tout d’abord que certains commentaires de Guenther semblent valider ma conversion de genre des divinités courroucées dans l’hallucination planétaire qui conduit à une troisième phase de correction du Trikaya. Citant directement le Klong’-grel, il décrit les parèdres des Herukas – les cinq Bouddhas femelles Krodheshvari, par exemple. Les parèdres de ces cinq Herukas correspondent-elles véritablement à cinq des huit Dakinis du Ciel de Diamant quant à leurs activités, à leurs attitudes et à leurs attributs? Certainement. Et plus encore. Non seulement ces corrélations sont-elles, au prime abord, claires et évidentes mais elles deviennent, avec une attention plus soutenue, de plus en plus convaincantes dans la manière dont elles amplifient les personnages des Dakinis Gaïennes, de par l’incarnation de leur nature. Je présenterai ces corrélations, et je les resituerai en vue d’une application directe à une pratique psycho-sensorielle avec Gaïa, dans un essai futur, après le Jour de la Transmission, le 26 janvier 2009.

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Krishna Khroda Dakini, une “Dakini noire féroce” de la classe des parèdres des cinq Herukas. (Greg Mullin, Female Bhuddas). Dans ma stratégie de conversion, je fais correspondre les parèdres aux Dakinis du Ciel de Diamant, je les enlève et j’abandonne ensuite complètement les Herukas mâles.

Guenther va même encore plus loin dans cette confirmation d’une inclination féminine prédominante dans le cadre visionnaire de l’événement de correction. Il associe la déviance mentale du Trikaya, enchaînant les humains dans des schémas illusoires de diminution de potentiel, de tromperie et de dissatisfaction, avec les effets à long-terme des énergies masculines (pho-rgyud). Mamo Mia. Par contraste, il associe la libération des noeuds samsariques avec les énergies féminines (mo-rgyud).

Rgyud est l’équivalent Tibétain du Sanscrit Tantra. Se référant aux indications de Long Chen Pa, il affirme que le “Tantra de l’homme” (pho-rgyud) conduit à un blocage rigide et totalitaire dans des systèmes illusoires tandis que le “Tantra de la femme” (mo-rgyud) nous libère du blocage apparent de la conscience divine auto-libératrice, ou attention parfaite. C’est une révélation extraordinaire pour le moins. Particulièrement eu égard au fait que toute l’affaire du Vajrayana et du Dzogchen traditionnels, sans même parler du Bouddhisme Mahayana et Vajrayana, n’est rien d’autre que du “Tantra de l’homme”, conçu par les hommes, pratiqué et perpétué par et pour les hommes.

En contraste, le Tantra Planétaire, centré sur Kali et les Dakinis Gaïennes, est un Tantra de la femme par excellence: il réaligne l’espèce humaine au Divin Féminin. C’est l’aiguille de la boussole visionnaire qui pointe vers l’événement de correction planétaire. L’inclination prédominante du féminin se manifeste parce que l’aiguille s’est détournée brusquement et carrément de l’inclination mâle dominante qui a maintenu l’espèce humaine dans un envoûtement durant quelque six mille ans…

Guenther continue: «Plus spécifiquement, cette libération implique une liaison et une fusion (sbyor) avec la source primordiale, le système [du champ du Dharma, le coeur galactique] qui surgit dans l’image du quinconce des Herukas, invitant et attirant cette énergie souple et plastique incarnée dans le féminin… En termes d’expérience individuelle, la cassure est vécue comme le mode opérationnel (thabs) et la liaison est vécue comme l’appréciation féminine (shes-rab).»

Il met en exergue le fait que l’énergie féminine de libération, vis à vis de l’impasse illusoire du samsara, est indiquée par “l’intensité de plaisir” (en Tibétain dgyes-pa, chan-po et en Sanscrit mahasukkha). C’est grâce à ce jaillissement de plaisir que l’on recouvre les talents inspirés par la déesse. Guenther suggère que la liaison (sbyor) au centre cosmique du champ du Dharma – l’interactivité avec le Nexus des Shaktis – «semble se manifester à l’instar d’un rappel, lorsque tout ce qui a été congelé et immobilisé… commence à bouger et à revenir à la vie.» Durant ce processus, le coeur éveillé puise les mémoires de la sagesse oubliée dans les profondeurs de la psyché humaine.

Le Nexus des Shaktis représente la résurgence globale du Divin Féminin, un événement de grand impact qui régénère les pouvoirs longtemps réprimés de la Muse; la mémoire de la mère, le rappel subliminal.

 

Le Joyau Vajra

La métaphore de Guenther du “vajra ou joyau des Herukas” (voir ci-dessous) me frappa juste entre les deux yeux. En développant le grand mandala du Nexus des Shaktis, j’avais été incité à appeler le regroupement central, des cinq Dakinis du Ciel de Diamant, le joyau vajra ou étoile de diamant, en raison de sa forme de pentagramme. L’image est simple: les Dakinis du Ciel de Diamant occupent les cinq bras de l’étoile avec sa pointe vers le bas. Le pentagone interne de l’étoile est le siège où le coeur de la 18ème Dakini, l’identité propre de Gaïa connue d’elle dans son rêve lucide.

Dans ma conversion, ou mise à jour, du scénario Heruka de Long Chen Pa, le “processus de nucléation” se focalise sur cette Dakini unique et tous les pouvoirs du Divin Féminin, qui rayonnent dans le Nexus des Shaktis, y convergent et en émergent.

Il n’est aucune trace d’énergie mâle (Tantra masculin) dans toute la configuration. Je suis persuadé que le Nexus des Shaktis est la vision initiatrice de l’événement de correction pour la Terre, entr’aperçue par Long Chen Pa, il y a 8 siècles. Mais maintenant, au moment de son émergence, il se manifeste complètement dépouillé de ses attributs mâles. A notre époque, le magnétisme ferreux du pentagramme des Herukas courroucés est incarné exclusivement par les Dakinis du Ciel de Diamant, sans leurs consorts Herukas.

L’étoile de vajra est une source de magnétisme tellurique reconfigurée, par l’éveil de Gaïa, pour son identité lucide, la 18ème Dakini. C’est le processus de nucléation qui préside à la reconfiguration du champ magnétique de la planète. Le processus fusionne le magnétisme animé de la planète avec le magnétisme corporel de tous les êtres sensibles – incluant les animaux, les poissons et les oiseaux qui naviguent guidés par le champ magnétique de la Terre – mais il assume son “déploiement” uniquement dans la faculté imaginative des sujets humains.

Guenther dit que “nouveau régime dynamique” du Trikaya qui s’auto-corrige «est lui même reflété par la présence de forces féminines (riches en énergie) et l’absence de forces masculines (déficientes en énergie)». Un bon point, pour lui, d’avoir réalisé une telle observation. Personnellement, je suis les érudits féminins du Bouddhisme quant à la correction de l’imagerie psychosexuelle dans le Tantra Tibétain, s’inspirant de sources Indigènes dans le Tantra Hindou. Elizabeth English (Vajrayogini), entre autres, souligne la connaissance cachée ou réprimée des dakinis qui sont à l’oeuvre de manière autonome, sans l’aide de leurs consorts mâles:

«Dans le culte Vajrayogini… les déesses centrales dépassent leurs consorts mâles en statut pour devenir les divinités maîtresses du mandala, tandis que les formes ésotériques de Kali émergent entièrement de l’union avec leurs consorts» (souligné par moi-même).

Voilà, les dix Mahavidyas ne possèdent pas de consorts mâles. «Une autre caractéristique des déesses Hindoues est leur rôle en tant que parèdres… Parmi les Mahavidyas, ce rôle est extrêmement mineur. Elles sont presque toujours dépeintes ou décrites sans référence à un consort». (David Kinsley, Visions of the Divine Feminine). Ces accents génériques des Tantras Hindou et Tibétain sont récents, datant de 800 à 1200 EC, et annoncent le profil du Tantra Gaïen d’aujourd’hui.

Ainsi que je l’ai souligné auparavant, le Tantra Planétaire centré sur Kali tire ses validations beaucoup plus de récents développements dans l’imagerie et la théologie de la déesse que d’anciens vestiges de la tradition de la déesse. Et cela, parce que l’imagination religieuse de l’humanité, dans la spiritualité Kalika, se projette dans le temps futur au moment de la révélation brutale de sa fin de jeu précipitée historiquement et déclenchée par les traumatismes – que cela soit une extinction de masse ou une mutation sélective.

Guenther s’étend encore plus sur l’inclination féminine: «Cette revitalisation est appréhendée en termes de féminité, exprimée symboliquement dans les mots “le lotus qui a été scellé s’épanouit de nouveau”. Débordant d’amour et de régénération, les énergies féminines, ainsi libérées, se précipitent vers le quinconce des Herukas “comme de la limaille de fer attirée par un aimant”. Ce mouvement magnétiquement impulsé implique deux processus. Le premier peut être décrit comme un processus de nucléation de par le fait que les énergies féminines diverses s’assemblent en rang serré autour d’un nucleus (le vajra ou joyau des Herukas). Le second processus peut être appréhendé comme la fusion des forces masculines et féminines, les unes symbolisées par le vajra, les autres symbolisées par le lotus… [De par leur union extatique], un complexe virtuel nouvellement agencé [d’un ordre ternaire, social, planétaire et cosmique] s’établit presqu’instantanément.»

Ce passage présente des indications très expressives de la puissance d’animation du Nexus des Shaktis, ressenti au travers de ses effets sur l’individu, corps et âme, sexuellement et plus. L’analogie de la limaille magnétique provient du gSang-snying, une oeuvre contemporaine de Long Chen Pa. Elle présente un parallèle proche du Klong-’grel, en en répétant de nombreux passages mot pour mot. Je suis frappé par cette analogie parce que, lorsque Jay Weidner, lors d’un interview pour un DVD sur le Tantra Planétaire (à Amsterdam, en octobre 2008), me demanda si le Nexus des Shaktis pouvait être associé avec un événement géophysique, je répondis à brûle-pourpoint, et sans idée préconçue, de la manière suivante:

Le Nexus des Shaktis se manifeste par un vortex turbulent généré par l’effondrement et l’inversion courante du champ magnétique terrestre.

Je déclarai également que ce vortex, ou effondrement du champ magnétique terrestre, est le point d’entrée de l’influx en provenance du centre galactique, mais il atteint la Terre par le biais du soleil. Cette affirmation se rapproche de ce que Long Chen Pa évoque de la vision des cinq Herukas: elle est générée à partir du champ du Dharma et transmise dans le champ planétaire, se manifestant à la fois comme un signal et une démonstration de la correction planétaire. Mais qu’en est-il de la perspective solaire?

 

Un Magnétisme Animé

Un mois après l’interview d’Amsterdam, ma Shakti attira mon attention sur un rapport scientifique concernant une anomalie dans l’atmosphère terrestre. L’article commence par ces mots:

«16 Décembre 2008: les cinq sondes spatiales Themis ont découvert une fissure dans le champ magnétique terrestre dix fois plus importante que tout ce qu’on avait pu imaginer jusqu’alors. Le vent solaire, en s’y engouffrant, charge la magnétosphère de puissants orages magnétiques. Mais l’existence de cette brèche ne constitue pas la plus grande surprise. Les chercheurs sont encore plus étonnés par la manière étrange et inattendue dont elle se forme, qui remet en question des concepts de physique spatiale qui prévalent depuis longtemps.

… Le phénomène fut initié sans réellement d’avertissement lorsque une brise légère de vent solaire libéra un faisceau de champs magnétiques du Soleil vers la Terre. Telle une pieuvre entourant une grosse palourde de ses tentacules, les champs magnétiques se drapèrent autour de la magnétosphère et l’ouvrirent. Cette brèche fut réalisée par le biais d’un processus appelé “reconnexion magnétique”. Très haut au-dessus des pôles, les champs magnétiques terrestres et solaires se joignirent (se reconnectèrent) pour former des conduits pour le vent solaire. Les conduits au-dessus de l’Arctique et de l’Antarctique s’étendirent rapidement; en l’espace de quelques minutes, ils recouvrirent l’équateur de la Terre en créant la plus grande brèche magnétique qui ait été enregistrée par des sondes spatiales.”

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Radiation solaire impactant le champ électromagnétique de la Terre (en bleu, sur la droite)

Cette brèche soudaine dans l’atmosphère est toujours là et elle ne va s’en aller de si tôt. Je prédis que la reconfiguration-inversion du champ électromagnétique de la Terre, un sujet de très grande perplexité pour les experts, va engendrer de violentes tempêtes, des vents anormaux et des déploiements de nuages spectaculaires et hallucinatoires, des aurores boréales aux couleurs inexpliquées et des courants atmosphériques turbulents et excentriques, en raison “de l’énergie orgasmique du système s’engouffrant dans la brèche” (Guenther, ci-dessus).

Grâce à cette gigantesque brèche qui bée autour de la planète, les Herukas de Long Chen Pa vont complètement se déchaîner mais, cette fois, ils vont se manifester sous formes de divinités féminines courroucées.

L’article souligne que les chercheurs de la NASA exprimèrent leur consternation quant au vecteur directionnel de la brèche: «Les circonstances étaient même plus surprenantes. Les physiciens de l’espace ont pendant longtemps cru que les trous dans la magnétosphère de la Terre s’ouvraient exclusivement en réaction à des champs magnétiques solaires pointant vers le sud. La grande brèche de juin 2007, cependant, s’ouvrit en réaction à un champ magnétique solaire qui pointait vers le nord. “Pour le grand public, cela peut sembler une peccadille mais pour un expert en physique de l’espace, c’est quasiment un séisme”, dit Sibeck. “Lorsque j’en parle à mes collègues, la plupart sont sceptiques comme si j’essayais de les convaincre que le soleil se lève à l’ouest”»

Les lecteurs noteront que les corrélations suivant le Klong-’grel incluent les points cardinaux et les point cardinaux médians pour les ma-mo, tels qu’on peut communément les voir dans les schémas du Vajrayana, dans les mandalas, etc. Le vecteur directionnel pour Vetali, correspondant à la 18ème Dakini, qui entraîne tout le Nexus, est le Nord. J’en ai fini avec ma plaidoirie.

Le Temps de Dakini est un temps turbulent. C’est la météorologie des désastres naturels, “l’ouragan parfait” en mer, les tsunamis, les tremblements de terre, les éruptions volcaniques, les typhons et les tornades d’amplitude mythique.

Le Temps de Dakini offre les meilleures conditions météorologiques pour faire l’amour dans le mode Tantrique parce que le yoga de couple extrait de l’énergie des charges anormales du champ ambiant de l’environnement naturel dans lequel il est pratiqué: les espaces verts et vertigineux sous les étoiles. Le Tantra Planétaire est une alchimie atmosphérique unissant les corps et les âmes humaines et pourvoyant ainsi la coupe d’alambic de la transmutation.

Les gouttes de coeur, les nectars de sagesse, les tantrikas aux parfums mêlés dans l’union de la forme et de la vacuité: dans l’intimité de la beauté naturelle, l’unité extatique du désir et de la vacuité. Merci Mère Kali!

 

Le Réseau des Dakinis

Long Chen Pa légua un récit détaillé d’une telle alchimie atmosphérique-sexuelle dans l’une de ses oeuvres majeures, Le Coeur Séminal des Dakinis. Nous avons ici un récit de révélation de gouttes de coeur, en direct du laboratoire Tantrique où l’expérimentation, impliquant huit couples, fut réalisée au printemps de l’année du lièvre femelle de terre (1339). Le rapport du laboratoire, si vous permettez, porte le titre spécifique Le Réseau Lumineux des Précieuses Visions. Ce titre fait allusion au terme Tantrique, dakinijala, “réseau de danseuses célestes”, un équivalent textuel proche du terme (trouvé dans le “Chakrasamvara Tantra” et ailleurs) que j’ai proposé et non point inventé: le Nexus des Shaktis. Il pourrait être considéré, si vous le préférez, comme le prototype Vajrayaniste de ce terme.

Toujours considérée en association intime avec les Herukas, la dakinijala est dite ressembler à un collier de joyaux, rappelant le “filet d’Indra” dans la mythologie Hindoue. Le réseau lumineux de la magie des Dakinis est peut-être une prévision Vajrayaniste de configurations dans le champ magnétique de la Terre, des lignes de choc révélées par des noeuds et des vecteurs rayonnants. Essayez d’imaginer une activité atmosphérique qui déploie le magnétisme animé de la Terre. Ce déploiement est féminin de manière prépondérante. Parlant de lui-même comme “le lama”, Long Chen Pa écrivit que, alors qu’il dansait,

«Tout en haut, dans une ouverture du ciel, une femme rouge ornée de bijoux se manifesta trois fois. Plusieurs la virent et la saluèrent, après quoi elle fut dissoute dans le lama. Lorsqu’une femme blanche apparut dans les mêmes conditions et fut dissoute en lui, tout l’environnement et l’espace s’emplirent de dakinis…» (Germano et Gyatso, Longchenpa et la Possession des Dakinis, Tantra in Practice).

Les visions collectives se caractérisent par des lumières kaléidoscopiques et des noyaux quintuples, «une magnifique vision de lumière de cinq couleurs ornée de nucléi séminaux», à savoir les émanations pentadiques de l’étoile de vajra. «c’est une apparition du champs des corps des Bouddhas et de la gnose primordiale», écrivit le lama. En d’autres mots, une vision provenant du champ du Dharma, ou de la matrice galactique, et surgissant  dans le champ planétaire. “La gnose primordiale”, dans l’idiome du Vajrayana, est une faculté “d’introduction directe” à la Lumière de Diamant, à la fondation éternelle et non-localisée des matrices galactiques.

A la fin du long rituel conjugal, Long Chen Pa invoque des nuages à partir d’un ciel totalement clair – un acte plus ou moins habituel pour un nagual, lors de pratiques shamaniques, est de démontrer l’interactivité avec les formations de nuages – et «le ciel s’emplit d’arcs-en-ciel et des manifestations des dakinis». Un Temps de Dakini. Il se peut que mon allusion métaphorique, quant à me présenter comme un météorologue, soit en fait plus qu’une métaphore. Ce n’est pas vraiment surprenant car les shamans furent les tout premiers à prédire le temps et, qui plus est, à le modifier. Je navigue dans le front atmosphérique que je décris, tant littéralement que mystiquement. Et assumant ce rôle, je vais prédire ce qui suit: une amplification globale de turbulences électromagnétiques avec une vague étendue de traumatismes cardiaques dans la population, accompagnée par des pluies éparses de gouttes de coeur régénératrices.

18 janvier 2009. Andalousie