Aborder le Gnosticisme par la Vision du Coeur

Aborder le Gnosticisme, c’est un peu comme d’aborder un virage très prononcé sur une route de montagne: vous manoeuvrez avec vigilance tout en étant intrigué par la promesse d’une vue spectaculaire au détour de la route. Ce court essai est destiné à nous aider à passer le virage en douceur.

De nombreuses personnes attirées par le Gnosticisme ont tendance à être rebutées par la difficulté de lui prêter une définition. Le problème de la définition est à ce point épineux qu’il peut immédiatement gâcher tout intérêt porté au sujet.

Il faut dire que nous sommes familiers avec ce problème. Au jour d’aujourd’hui, il n’existe aucun consensus chez les érudits quant à la définition de la Gnose ou du Gnosticisme. La définition proposée durant le Symposium de Messina en 1966 s’est avérée vaine et elle est de nos jours abandonnée. Néanmoins, cette définition véhicule des notions erronées concernant le Gnosticisme, une désinformation procédant des attaques à l’encontre des Gnostiques proférées par les idéologues Chrétiens il y a 1600 ans, et elle continue d’avoir cours. Pour empirer la situation, le manque d’un consensus clair occulte le fait que des présupposés rebattus sont toujours appliqués au Gnosticisme, comme si les érudits avaient trouvé un accord quant à sa définition. Ces suppositions concernent à la fois les origines du Gnosticisme et la vision Gnostique.

 

Les Origines Historiques

Les premiers érudits de l’époque moderne (qui ne sont plus jamais cités) considéraient le Gnosticisme, dans un sens large, comme un mouvement spirituel de vaste ampleur d’origine Asiatique et antérieur au Christianisme. Il existe, de nos jours, une légère tendance à repartir vers cette vision. Il n’est que de consulter l’introduction par James Robinson de l’édition en Anglais de 1990 des Codex de Nag Hammadi: “Ce débat semble se résoudre en faveur de la compréhension du Gnosticisme comme d’un phénomène beaucoup plus vaste que le Gnosticisme Chrétien documenté par les hérésiologues”. La plupart des érudits qui écrivent, de nos jours, insistent, cependant, sur le fait que le Gnosticisme était la philosophie mystique partagée par une confédération informelle de sectes qui émergèrent entre 50 et 350 EC au sein du Christianisme primitif. Selon cette vision, le Gnosticisme était un mouvement marginal, et même parasite, qui n’existait qu’en réaction à l’impulsion authentiquement religieuse du Christianisme.

Karen King affirme que les visions Gnostiques n’étaient que de simples différences d’opinion parmi les Chrétiens primitifs qui débattaient au sujet des Evangiles, de l’identité de Jésus, des doctrines formulées par Saint Paul et Saint Jean le Divin, et ainsi de suite. Cette affirmation est particulièrement trompeuse parce que l’accentuation sur la différence tend à occulter le coeur du sujet, qui était la dissension. Il est certain que des conceptions très nombreuses et diverses sur Jésus et son message étaient le sujet de débat dans les communautés dans lesquelles le Christianisme émergea mais cette atmosphère de tolérance n’était pas imputable à l’esprit généreux des premiers Chrétiens, comme King voudrait nous le faire croire. La tolérance était la marque de l’attitude religieuse Païenne et plus le Christianisme monta en puissance, moins la tolérance prévalut dans le monde classique. Mais les idéologues de l’Eglise, qui condamnèrent les Gnostiques comme des hérétiques, n’étaient pas seulement déterminés à éradiquer la diversité et la différence afin de pouvoir imposer leurs doctrines totalitaires et uniformes (comme ils le firent éventuellement). Ils étaient beaucoup plus déterminés à éliminer la dissension, et plus particulièrement la dissension éclairée des Gnostiques des Mystères, tels qu’Hypatia, qui argumentaient avec brio contre les doctrines rédemptionnistes.

Le rédemptionnisme est le système de croyances totalitaires qui prône l’intercession divine dans l’histoire et attribue à la souffrance une valeur rédemptrice. Ce système inclue les trois religions dominantes conventionnelles: le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam. Ce système prône une résolution suprahumaine des problèmes de l’humanité et une autorité de contrôle à distance, et extraterrestre, sur la morale et les châtiments divins.

L’appréciation élogieuse de King, concernant la riche diversité du Christianisme primitif, esquive la problématique réelle: c’était la dissension des hérétiques éduqués, et non pas seulement différentes visions dans la communauté Païenne, qui menaça à ce point l’ascension de l’Eglise vers le pouvoir que des mesures brutales furent mises en place pour éradiquer les Gnostiques et détruire tous leurs écrits.

Il reste tellement peu de vestiges, qui survivent du mouvement Gnostique, que les érudits ont beaucoup de peine à croire que c’était un mouvement autonome et de vaste ampleur. Des érudits tels que Birger Pearson, qui perçoivent le Gnosticisme comme une excroissance hérétique du Judaïsme, considèrent le mouvement d’un oeil plus sympathique et ayant ses critères propres, mais cependant, principalement comme un dérivé. Pheme Perkins, qui écrit dans une perspective résolument Chrétienne, fait preuve de beaucoup plus d’audace en indiquant les éléments pré-Chrétiens, non-Chrétiens et anti-Chrétiens dans les écrits Gnostiques. D’autres en suggèrent également les origines pré-Chrétiennes et Païennes mais sans développer leur argumentation parce que (comme nous l’expliquons ci-dessous) cela leur demanderait de sortir de leur propre champ d’expertise.

Les études Gnostiques sont à ce point enlisées dans des débats d’experts, concernant des problématiques obscures, que personne ne prête attention au message unique et alarmant dont sont empreints les textes Gnostiques.

 

Trois Définitions

Je propose trois définitions de la Gnose: une définition psychologique, une définition inspirationnelle et une définition évolutive, ou shamanique.

La définition psychologique est la suivante:

La Gnose est la connaissance intuitive du coeur qui nous libère du conditionnement social et de la fixation sur l’ego.

En tant que telle, c’est un chemin de questionnement et d’apprentissage, totalement ouvert et illimité quant à son amplitude. La vision évolutive de la Gnose est de réaliser le potentiel humain afin que nous puissions co-évoluer avec toutes les espèces et servir les desseins de Gaïa.

Dans son traité Gnostique magistral “L’Exégèse”, l’écrivain de science-fiction Philip K. Dick dit que la Gnose “consiste d’instructions de désinhibition” qui nous permettent d’accéder au “coeur de l’essence de la connaissance qui nous est innée”. Il était persuadé que la Gnose permet l’auto-régénération de circuits de “rappel de mémoires” qui existent de façon unique dans l’espèce humaine mais qui ont été endommagés. Cela est en accord avec ma conception selon laquelle l’humanité pourvoit un circuit de mémoire pour Gaïa.

Dick assume, tout comme moi, que les pratiques et les enseignements Gnostiques étaient préservés dans les Mystères: “Les anciens possédaient des techniques (sacrements et rituels) amplement utilisées dans les religions des Mystères Gréco-Romains et permettant d’induire la stimulation et le recouvrement” des circuits de la mémoire. Il note que ces techniques possédaient une valeur de régénération pour l’individu mais les Gnostiques également “percevaient la valeur ontologique de ce qu’ils appelaient la Divinité Suprême, l’entité totale”. A savoir que les Gnostiques reconnaissaient que ces pratiques n’étaient pas destinées à l’auto-glorification mais contribuaient à la guérison de Dieu ou de la Déesse. (Exégèse citée dans Valis). Cela est cohérent avec l’affirmation Gnostique selon laquelle nous, l’espèce humaine, sommes intimement impliqués dans la “correction” de la Déesse Sophia.

La définition inspirationnelle est la suivante:

La Gnose est l’écologie profonde de l’esprit humain.

En d’autres mots, la Gnose est à l’expérience religieuse de l’humanité ce que l’écologie profonde est à notre relation avec la nature. Ce qui nous amène à la définition évolutive:

La Gnose est une voie de rencontre du Sacré qui est reconnu comme les puissances qui demeurent dans le monde naturel, c’est à dire, les puissances animantes de la Terre et de tout le Cosmos.

 

L’Histoire Alternative

La quasi-totalité des érudits maintiennent que le Gnosticisme émergea historiquement avec le Christianisme mais je propose une vision différente qui est la suivante: la Gnose était un chemin spirituel, d’existence millénaire, étroitement corrélée, mais non pas identique, au mysticisme Pan-Asiatique des traditions bien connues, incluant le yoga Hindou et le Bouddhisme. Les Gnostiques étaient des telestai, des initiés des Ecoles de Mystères qui brisèrent leur voeu d’anonymat pour intervenir publiquement et pour s’opposer aux doctrines Judéo-Chrétiennes du rédemptionnisme – doctrines qui pourvoient le cadre idéologique du programme de domination patriarcale. Comme les initiés n’émergèrent au grand jour que durant les premiers siècles de l’ère Chrétienne, les érudits assument que le Gnosticisme doit avoir, alors, été conçu.

Je prend également mes distances par rapport aux érudits orthodoxes dans la mesure où je regarde à l’extérieur du genre afin de développer un profil historique pour le Gnosticisme. Aucun érudit ne dirait que les Gnostiques provenaient des Ecoles de Mystères parce qu’il existe un mur disciplinaire entre les études du Gnosticisme et les études concernant les Ecoles de Mystères. Ainsi, Elaine Pagels affirma carrément qu’il n’existe aucune preuve (elle parle de preuves écrites) d’une telle corrélation. Mais des chercheurs pionniers, tels que l’érudit Théosophe G. R. S. Mead proposèrent que la Gnose était l’enseignement au coeur des Mystères. “Pour préserver les éléments des traditions Mystérielles de l’antiquité, on trouve des formes Gnostiques en nombre beaucoup plus élevé que tout autre chose”. (The Gospels and the Gospel. page 210). Ce passage fut rédigé en 1901.

Mêmes les témoignages les plus antiques concernant les Gnostiques, tels que les polémiques d’Hippolyte, affirment que les “hérétiques” s’inspiraient, quant à leurs visions, des Mystères Grecs. Cette relation avec le culte enthéogénique des Mystères d’Eleusis confirme ma vision selon laquelle la Gnose était une forme raffinée de shamanisme psychédélique, un chemin visionnaire dédié à la Déesse de la Terre. De telles relations sont complètement ignorées des érudits du Gnosticisme.

Il existe maintes preuves historiques d’échanges inter-culturels entre les Gnostiques et les mystiques Asiatiques, tels que les Brahmanes et les moines Bouddhistes. A partir du 4 ème siècle avant EC, Alexandrie était un melting-pot où des cultes divers et variés se rencontraient et se mélangeaient. Les Pères de l’Eglise témoignent de la présence de Druides et de Brahmanes en Egypte à l’aube de l’ère Chrétienne. L’art Gandharéen de la région de l’Hindou Kusch met en valeur la fusion des cultures Grecque et Hindoue à partir du 4 ème siècle avant EC et les érudits Bouddhistes, tels que David Snellgrove et Paul Williams, considèrent que les conceptions Gnostiques influencèrent les visions du Mahayana naissant. Dans un essai marquant publié en 1967, l’érudit Bouddhiste réputé Edward Conze déclina 17 similarités essentielles entre le Bouddhisme et le Gnosticisme. Mais des études comparatives de ce genre sont totalement démodées de nos jours et une perspective historique cohérente sur le Gnosticisme n’existe tout simplement pas.

Il en résulte un brouillard opaque d’ambiguïtés. Lorsqu’on aborde le Gnosticisme, on cherche naturellement à localiser et à déterminer ce mouvement afin de pouvoir découvrir les origines culturelles, historiques et géographiques des Gnostiques. Aucune chance. L’étroitesse d’esprit et le déni dominent le sujet. Il nous faut aborder le Gnosticisme en sachant d’avance que ses origines ont été négligées par la recherche et mal fondées.

Pour empirer la situation, mon affirmation selon laquelle les Gnostiques procédèrent des Ecoles de Mystères projeta un voile de perplexité sur tout le sujet parce que personne ne sait ce qui se passait dans les Mystères! Lorsque j’établis cette corrélation, je m’exerce à expliquer ce qu’étaient les Mystères, ce qui est quasiment tout aussi difficile que d’expliquer ce qu’était le Gnosticisme. (En fait, ce n’est pas si compliqué mais cela prend du temps de dresser un tableau adéquat). Je ne peux pas m’empêcher de relier le Gnosticisme aux Mystères même si cela sème le désarroi. Ces matières abstruses sont essentielles au recouvrement de l’héritage spirituel perdu de l’Europe (c’est à dire l’Occident) et cela requiert l’engagement de toute une vie. Ce n’est pas juste un épisode obscur de l’histoire que nous sommes en train de contempler. Ce que la Gnose était réellement, et ce qu’il en advint, détermina le bouleversement le plus décisif de la vie morale et spirituelle de la civilisation Occidentale. L’histoire des Gnostiques est le chapitre manquant crucial de cette partie de notre histoire collective.

 

La Méthode du Lego

De nos jours, aucun érudit ne considère que le contenu du Gnosticisme représente un intérêt quelconque pour le débat. Le message des Gnostiques se perd dans des discussions interminables quant à la signification textuelle des écrits qui ont survécu. Les érudits assument que les textes Gnostiques n’ont de valeur que par ce qu’ils nous disent sur les origines du Christianisme, point à la ligne. Mais le recours aux textes Gnostiques pour légitimer le Christianisme est en complète contradiction avec son message radical. La protestation Gnostique à l’encontre de la religion Judéo-Chrétienne est exprimée de façon claire et nette dans les écrits qui ont survécu, tout chaotiques et fragmentaires qu’ils soient. J’utilise ce que j’appelle la “méthode du Lego”, utilisée par les érudits du Gnosticisme, pour sélectionner les éléments, à partir de la matière qui a survécu, qui constituent un message consistant et cohérent, distinct des doctrines Judaïques et Chrétiennes. Les érudits ont également recours à cette méthode du Lego pour rassembler des fragments de textes afin de mettre en valeur une conception ou une doctrine spécifique mais sans admettre qu’ils le fassent et sans expliciter pourquoi ils le font. Ils n’éprouvent aucun intérêt à recouvrer le message du Gnosticisme en fonction de ses termes propres.

Mon intention, en retravaillant les matières Gnostiques, se décline en quatre points:

Premièrement, montrer ce qui est valide dans la protestation Gnostique contre le patriarcat et le programme rédemptionniste.

Secondement, décrire le riche héritage spirituel de l’Europe pré-Chrétienne, détruit par une déferlante, qui dura des siècles, de génocide sexuel, spirituel et intellectuel.

Troisièmement, restaurer et redévelopper le Mythos de Sophia, en le traitant comme une histoire pour guider l’espèce humaine vers un futur durable et harmonieux.

Quatrièmement, proposer une vision corrective de certains aspects paranormaux de l’expérience humaine, fondée sur les écrits Gnostiques relatifs aux Archontes.

C’est tout un programme, j’en conviens. Nonobstant, je suis convaincu que rien de moins n’est acceptable en ce qui concerne l’expérience authentique de la Gnose. C’est une énorme responsabilité que de connaître ce que les Gnostiques connaissaient. Je suis persuadé que le chemin visionnaire de la Gnose constitue, pour l’espèce humaine, la meilleure voie, sinon la seule, de co-évolution avec Gaïa.

 

Le Pessimisme Religieux

La désinformation concernant le Gnosticisme a sévi durant 1600 années. Il n’est nul besoin de préciser qu’elle n’est pas aisée à éliminer. (Un ouvrage difficile mais essentiel, Rethinking Gnosticism de M. A. Williams, 1996, s’est attelé à cette tâche. L’auteur démontre que les connotations négatives attribuées au Gnosticisme ne sont pas fondées et que les preuves ressassées pour les valider ne sont pas fiables). Les contenus présumés de la vision Gnostique du monde sont communément dérivés en sélectionnant, à partir du nombre pathétique de textes qui ont survécu, certains éléments qui ne sont même pas les facteurs prédominants de ces textes mais qui sont privilégiés par les érudits parce qu’ils véhiculent des suppositions qui projettent un éclat négatif sur le Gnosticisme, tout comme les Pères de l’Eglise l’avaient voulu. Ces suppositions sont généralement exprimées dans un langage tel que le suivant:

“Les Gnostiques considéraient la nature et le monde matériel comme entachés d’imperfection, de corruption, pour ne pas dire de mal pur. Ils croyaient que l’âme humaine appartient à un monde supérieur mais qu’elle est tombée en captivité dans le monde des sens et qu’elle doit donc s’en extriquer afin de retourner vers la source, la Lumière. La Gnose est la reconnaissance de la présence du Soi Supérieur, l’étincelle de la Divinité piégée dans la matière, mais seule une petite élite peut atteindre à cette conscience et se libérer de l’esclavage de ce monde” (paraphrase libre de la Déclaration de Messina).

Il n’est pas surprenant que l’Encyclopédie Catholique en ligne répète la désinformation introduite par les Pères de l’Eglise au 3 ème siècle. Il est dit que les Gnostiques “tenaient la matière pour être une détérioration de l’esprit et l’entièreté de l’univers pour une dépravation de la Divinité, et ils enseignaient que le but ultime de tout être est la victoire sur l’aspect grossier de la matière et le retour de l’Esprit-Parent, retour qu’ils considéraient initié et facilité par l’apparition de quelque Sauveur envoyé de Dieu”. A part le passage en gras, cette affirmation se rapproche assez fidèlement de la conception du Christianisme en tant que religion d’escapisme trans-mondain.

Les érudits utilisent le terme “anti-cosmique” pour décrire le “pessimisme religieux”, et l’attitude de haine envers le monde, attribués aux Gnostiques. Mais ces attributions sont manifestement erronées. Elles ne peuvent absolument pas refléter ce que les Gnostiques croyaient parce qu’elles sont en contradiction, dans deux exemples flagrants, avec la cosmologie sacrée des Mystères.

Tout d’abord, l’affirmation selon laquelle les Gnostiques considéraient le monde matériel comme “une détérioration de l’esprit” et un lieu d’esclavage pour “l’étincelle divine” ne peut être véridique. La paraphrase de la cosmologie Gnostique que l’on trouve chez Irénée (Contre les Hérésies, Livre 4, chapitre 2) dit que la terre que nous habitons fut formée par le corps de la déesse Sophia, la divinité suprême dans la vision Gnostique du monde. Si la substance même du monde matériel est l’incarnation de cette divinité, comment peut-il être considéré comme maléfique, dégénéré et digne de rejet? De plus, les textes Gnostiques tels que l’Apocryphe de Jean stipulent que Sophia, afin de réaliser la “correction” grâce à laquelle elle se réaligne avec les dieux du centre cosmique (le Plérome) dépend, dans un certain sens, de l’humanité. Cela étant, comment les êtres humains peuvent-ils être considérés comme des “étincelles divines” qui ont chuté dans un esclavage aveugle au sein de la matière? Les enseignements Gnostiques authentiques affirment que nous ne sommes pas, en essence, des étincelles divines mais que nous possédons une étincelle de l’intelligence divine, le noos, par laquelle nous pouvons reconnaître la Déesse déchue et participer à sa “correction”.

Secondement, l’affirmation selon laquelle “tout l’univers est une dépravation de la Divinité”, ou pour l’exprimer autrement, selon laquelle le monde matériel est une création du Démiurge, qui est un faux dieu, ne peut pas non plus être véridique. Plusieurs textes cosmologiques stipulent explicitement que le Démiurge ne peut rien créer mais seulement imiter les oeuvres des vraies divinités, les Eons du Plérome – et les imiter de piètre façon, en plus. (La sorte d’imitation qui est ici impliquée pourrait être comparée à un kaléidoscope qui utilise des morceaux de verre coloré, c’est à dire des matériaux inorganiques, pour dupliquer la complexité organique de la germination, de la floraison et de la fructification d’un tournesol). Les textes sont explicites sur ce point: le démiurge est dépourvu d’ennoia, d’intentionnalité. Saklas, le dieu aveugle, souffre d’une illusion qui lui fait croire qu’il crée le cosmos mais c’est en réalité Sophia, qui oeuvre au travers de lui, qui permet à cette illusion de se manifester. Ce qu’il “crée” à sa manière étrange, c’est le stéréome, le système planétaire à l’exception de la Terre, du Soleil et de la Lune – l’hebdomade des sept planètes. Il est clair que la pseudo-divinité ne peut pas créer la Terre, et qu’elle ne la crée pas, parce que cette planète est uniquement le fruit de la métamorphose de Sophia elle-même.

Dans son ouvrage The Gnostic Jung and the Seven Sermons to the Dead, le revivaliste Stephen Hoeller note que les écrits qui ont survécu ne condamnent pas la terre (KAZ en Copte, du Grec Ge) en tant que telle mais le cosmos (en Grec, Kosmos), le “système”. Dans la Sophia de Jésus-Christ, KAZ se retrouve près de cosmos, définissant une distinction claire entre la terre et “le monde” tel que nous le concevons. Le monde, ou système, est notre perception conditionnée de la Terre, ou la réalité humaine sur terre. La distinction de Hoeller s’accorde avec l’observation de Jacques Lacarrière selon laquelle la Gnose concerne le déconditionnement de notre mental afin de percevoir la réalité telle qu’elle est plutôt que telle que nous assumons qu’elle soit. L’illusion de ce monde, la terre, n’est pas intrinsèque à sa nature mais à la perception que nous en avons. Mais telle est la nature du mental humain que nous vivons dans le cadre perceptuel que nous construisons plutôt que dans la réalité qu’il structure.

La désinformation quant à ce que les Gnostiques croyaient va de pair avec les calomnies concernant leurs comportements. “Antinomie” est le terme érudit pour l’affirmation supposée selon laquelle les Gnostiques, en rejetant ce monde, se situaient en dehors de ces lois; d’où leur liberté d’ignorer les moeurs sociales et sexuelles. Les Gnostiques furent condamnés par les premiers Chrétiens pour immoralité foncière, incluant des pratiques de magie sexuelle et orgiastique, des rituels Païens de “culte du serpent” et pire encore. La suggestion même que les Gnostiques étaient “anti-Chrétiens” les met de mèche avec l’Antéchrist. Le trésor de Nag Hammadi est lourdement piégé. Il existe tellement de tabous et de projections négatives à l’entour du Gnosticisme que de s’efforcer à dégager une orientation claire y conduisant peut sembler générer plus de tracas que cela en vaille la peine.

Je n’ai jamais rencontré de sujet capable de faire démarrer les gens aussi rapidement et intensément que le Gnosticisme. Je pense que c’est parce que, de par sa nature, le Gnosticisme nous met face à notre conditionnement. (C’est également la vision de Jacques Lacarrière). Cependant, sans une telle confrontation, nous ne pourrons jamais être libres de connaître notre propre mental. Nous avons besoin “d’instructions de désinhibition” afin de pénétrer les couches de mensonges qui ont été implantées en notre mental.

 

Le Message

A la suite de quelque trente années de recherches et de réflexions, je suis convaincu que les Gnostiques possédaient la connaissance clé dont nous avons besoin pour anéantir le cadre de référence historique du programme dominateur/patriarcal et ainsi, d’éradiquer ce programme à jamais. Les notions Gnostiques assument un rôle central et prééminent, dans Metahistory.org, parce qu’ils présentent la meilleure chance que nous ayons de couper les ponts avec l’emprise mortelle de la narration historique Occidentale.

La connaissance unique que les Gnostiques tentèrent de conférer, au monde entier, concerne l’identité de Jéhovah, le “dieu paternel” de la religion Judéo-Chrétienne. Les Gnostiques affirmaient que l’être surnaturel que des milliards de gens vénèrent comme Dieu est dément et qu’il oeuvre réellement à l’encontre de l’humanité. Le coeur de l’enseignement spécifie que Jéhovah est en fait un être extraterrestre, et pas simplement une mauvaise idée ou une croyance illusoire. Il spécifie également que Jéhovah et ses exécutants, les Archontes, utilisèrent le peuple Juif pour réaliser une intervention dans la race humaine. Les Archontes nous détournent de notre humanité au travers des croyances religieuses. Le rédemptionnisme, (c’est à dire la dépendance vis à vis d’un sauveur surhumain) germa dans la secte apocalyptique Juive des Zaddikim et se propagea dans l’idéologie Chrétienne centrée sur un messie transhumain, Jésus-Christ.

En bref, les Gnostiques mirent en garde contre le fait que la religion Judéo-Chrétienne est un programme déviant implanté dans le mental humain, comme un virus informatique. Le rédemptionnisme est un virus idéologique et son origine n’est pas humaine. C’est l’enseignement essentiel des gnostokoi “ceux qui connaissent les matières divines”. Cherchez autant que vous le pourrez, je ne pense pas que vous trouverez cet enseignement quelque part ailleurs. La Gnose est la connaissance de notre détournement quant à ses voies, son origine et ses finalités.

Voilà pour les mauvaises nouvelles, la partie du message qui fait froid dans le dos. Mais les Gnostiques avaient également de bonnes nouvelles sublimes à offrir. Ils avaient un magnifique message quant à ce qui nous guide, la puissance insurmontable de connaissance qui nous est innée et qui ne peut pas être détournée. (J’appelle cela le don de sagesse, l’héritage Sophianique). Ils présentèrent une grande histoire cosmique dans laquelle l’humanité est intimement alliée avec la Déesse Sophia du Plérome, Celle qui devient Gaïa. Cette histoire décrit comment Jéhovah et les Archontes furent engendrés par la “chute de Sophia”, avant que notre monde ne fût crée par Son incarnation. Ensuite, lorsque la Terre émergea, elle devint captive du système planétaire, l’habitat des Archontes. Les Gnostiques enseignèrent que ces entités inorganiques nous influencent par le biais d’une sorte de relation télépathique. Ils ont recours au pouvoir de suggestion lorsque notre attention est émoussée par la fatigue ou la stimulation excessive. Les textes Gnostiques contiennent des descriptions colorées de rencontres directes avec les Archontes et ils expliquent, dans un langage explicite, les méthodes et les objectifs des forces extraterrestres.

Mais le message des Gnostiques n’est pas de “rejeter la responsabilité sur les Archontes”. Loin s’en faut. L’enseignement primordial de la Gnose spécifie que cette espèce extraterrestre n’est pas une force autonome du mal qui oeuvre à notre encontre. Les Archontes personnifient l’erreur et non pas le mal. Ils n’induisent pas d’erreurs dans notre processus d’apprentissage mais ils influencent notre penser de telle sorte que nos erreurs ne soient pas détectées et qu’elles croissent au-delà de tout seuil de correction. Nous ne pourrons pas participer au processus de réalignement de Gaïa avec le Plérome, à savoir les Divinités célestes, tant que nous ne corrigerons pas nos erreurs et que nous ne redirigerons pas nos actions.

C’est pour cela que les Archontes représentent une épreuve spéciale dans notre effort pour reconnaître et accomplir notre don divin.

De plus, après tout, les Archontes sont nos cousins cosmiques, la progéniture de Gaïa-Sophia, bien que différemment de ce que nous sommes. Ils ne constituent pas seulement la seule espèce extra-humaine avec laquelle nous ayons un contact sur Terre mais ils possèdent un rôle unique quant à leur capacité prédatrice. Les Gnostiques enseignaient que tout ce qui se passe dans notre mental n’est pas originaire de notre mental. C’est une observation occulte, compatible avec les théories les plus avancées de la science noétique d’aujourd’hui. C’est, dirais-je, le concept le plus essentiel dans tout le champ de la psychologie cognitive. Il explique comment les humains peuvent être programmés pour agir selon des voies déviantes et destructives, contrairement au bon sens, à la compassion, à l’émotion viscérale, à la conscience personnelle, et au sens de l’humanité. Comme les agents du programme mondial de domination (les “Illuminati”) utilisent aussi des techniques occultes de contrôle du mental, la compréhension de la thèse Gnostique, au sujet des Archontes, peut nous alerter quant à la manière dont nous sommes manipulés. Les implications de la “théorie Archontique” sont profondément pratiques et de vaste envergure.

 

Risquer sa Santé Mentale

Toute cette affaire étrange concernant Jéhovah et les Archontes est exprimée, de façon claire et nette, dans les textes Gnostiques mais elle est ignorée par les érudits pour des raisons évidentes. Si nous choisissons d’ignorer également ce scénario en le reléguant au rang de fantaisie étrange, de psychose religieuse ou de vestige d’une superstition Païenne, nous perdons l’opportunité de développer un mythe de culture cohérent qui connecte l’humanité à ses origines cosmiques et au futur de la planète même. La connaissance de la manière dont nous sommes déviés, détournés, pourrait être la meilleure chose qui nous arrive, spirituellement parlant.

Parfois, il vous faut risquer votre santé mentale afin de découvrir ce que cela signifie d’être sain d’esprit.

C’est le message étonnant de R. D. Laing qui insista sur le fait que notre capacité même pour l’expérience peut être anéantie par le conditionnement qui nous aliène de ce que nous connaissons de manière innée. L’aliénation est également un thème qui informe les meilleurs ouvrages de Philip K. Dick, l’écrivain de science-fiction dont le génie a été récemment reconnu mondialement de par l’adaptation de ses oeuvres au grand écran. De relier les oeuvres de Laing, de Dick et d’autres, tels que Wilhelm Reich, au message Gnostique peut nous aider à en apprécier sa puissance pour notre époque.

Les textes Gnostiques qui ont survécu, considérés comme des traductions en Copte d’originaux en langue Grecque, sont maigres et dérivatifs. Cette matière est trop fragmentaire et trop incohérente pour révéler le spectre intégral de ce que les Gnostiques avaient à dire bien que tous les éléments clés soient présents. Il n’est pas réaliste d’attendre du lecteur moyen qu’il puisse plonger dans cette matière obscure et en ressortir avec une compréhension claire des enseignements fondamentaux des Mystères. Après des centaines de lectures des Codex de Nag Hammadi et de textes corrélés, je peux témoigner ô combien il est extrêmement difficile d’extraire un message cohérent de ces vestiges pitoyables. Néanmoins, il peut émerger, à partir de ces débris de papyrus, un puissant système visionnaire. Tout ce qui entre dans ma reconstruction des enseignements essentiels de la Gnose est fondé sur des indications spécifiques présentes dans les Codex Coptes bien que je ne cite pas toujours les passages relatifs parce que le processus de validation concernant ces écrits est méticuleux, fastidieux et épuisant.

Il est plus aisé de découvrir les enseignements primordiaux en nous-mêmes, dans la connaissance intuitive de nos coeurs, là où l’humanité demeure et là où est enracinée notre relation de communion spécifique avec Gaïa.

 

Le Plasmate

En conclusion, approcher le Gnosticisme implique un acte de foi mais pas de foi aveugle dans des doctrines reçues et des agents surnaturels. Il existe une autre sorte de foi, indiquée par les Gnostiques par le terme Pistis Sophia, “la confiance dans la sagesse innée”.

Il vous faut croire que vous puissiez découvrir à l’intérieur ce que vous cherchez afin d’acquérir la connaissance au travers d’une quête extérieure du savoir.

C’est aussi ce que croyait Philip K. Dick. Cette conviction informe ses meilleures oeuvres, plus particulièrement sa trilogie de Valis, un chef d’oeuvre imprégné de Gnosticisme authentique, direct et ré-inventé. Dick déclara que la découverte de Nag Hammadi, en décembre 1945, n’était pas simplement une découverte de documents mais la libération d’une impulsion de vie, quelque chose qu’il appela le “plasmate”. C’est “l’information vivante sommeillant à Nag Hammadi, siècle après siècle… Le plasmate s’était caché à Nag Hammadi et se révélait de nouveau à notre monde.” (Valis). C’est une impulsion spirituelle chargée de contenu numineux, un enseignement primordial qui vit et se régénère au sein de ceux qui l’apprennent. Cette connaissance de l’intérieur est la Gnose, et non pas la garantie d’un soi divin, mais l’éveil d’une faculté de cognition supérieure, une faculté qui confère une vision transcendant la condition humaine. Quiconque entre en contact avec cet enseignement primordial est touché par la révélation divine. Une révélation authentique et en évolution permanente.

La meilleure façon d’aborder le Gnosticisme est au travers de la vision du coeur, en lequel cette révélation vit un processus de naissance perpétuelle.