La Conversion Tantrique: 01. De Sophia au Nexus des Shaktis

Fondements du Tantra Planétaire: Essai 02

 

A la suite de la publication de “Pas en Son Image” en novembre 2006, je reçus des requêtes, sur ce site, et des questions émanant de personnes que j’avais rencontrées çà et là, de par le monde, toutes posant la même question: que faire maintenant?

Cet ouvrage marqua pour moi l’achèvement d’une mission de vie commencée à l’âge de dix-sept ans (ainsi que je l’ai expliqué dans la préface). J’éprouvai un immense soulagement de conclure cette mission. Vous pouvez aisément vous imaginer que je me posai alors également cette question d’une nouvelle orientation. A dire vrai, je réalisai un bon bout de chemin sur la route, en poursuivant mes pratiques shamaniques avec Gaïa (avec et sans la guidance des plantes alliées sacrées), en interprétant les cieux, en dansant sur de la musique sarod avec Lydia – mais je ne pouvais pas m’ôter cette question de l’esprit. Je ressentis une responsabilité urgente de proposer quelque chose quant à la manière dont autrui pourrait investiguer et appliquer la vision Sophianique présentée dans mon livre.

Mes intentions avec “Pas en Son Image” étaient triples: décocher le coup létal du Samouraï au patriarcat, déconstruire le messie et remettre en valeur l’histoire de vision Sophianique émanant des Mystères, à savoir la biographie mythique de la Terre, y compris le scoop de ces Archontes irritants. Cela étant fait, je parcourus la ligne d’horizon, ne sachant pas comment procéder plus avant. J’étais enclin à conseiller à tout un chacun de se mettre à pratiquer le shamanisme d’orientation Gaïenne avec les plantes instructrices sacrées. Mais je pressentais que cette réponse n’était pas satisfaisante.

 

Répression

Je ne pouvais pas ignorer le fort intérêt pour le shamanisme enthéogène exprimé par les individus qui réagirent à mon ouvrage. J’avais vraiment remis en exergue le rôle des plantes sacrées dans les Mystères antiques de l’Europe. D’autres chercheurs, récemment, ont suivi le même chemin avec certaines variations qui ne sont pas à ma convenance ou qui ne correspondent pas à mes critères: par exemple, le renouveau de la thèse Allegro (Jésus était un champignon) et l’affirmation selon laquelle Moïse fumait du cannabis ou ingérait quelque autre plante psychoactive (Benny Shannon), suggérant par là-même que les escroqueries de contrôle mental patriarcal, tels que les Dix Commandements, pourraient avoir été inspirées lors d’une transe induite par des plantes sacrées. Je considérai alors de débattre de cette conception déplacée (du moins selon mon opinion) et de présenter un contre-argument: des messages aliénant la Terre ne pouvaient pas émaner de l’instruction de plantes alliées offertes par Gaïa elle-même dans le but précisément que notre espèce puisse désamorcer ses tendances Archontiques (rejet de la nature, aliénation religieuse du monde, préférence de la simulation sur le réel). Mais la perspective de blogger sans fin sur Internet ne m’enchantait pas du tout. Beaucoup de baratin en cryptogrammes analogiques et très peu de plaisir.

Mon premier projet, suite à l’achèvement de Pas en Son Image, fut le Psautier de Paris Eadwine. Au début de 2007, j’envisageai d’écrire un ouvrage à ce sujet. Mais la présentation d’une proposition, avec quelques chapitres et un synopsis, ne suscita aucun intérêt chez les éditeurs. J’abandonnai donc l’idée de ce livre. Entre-temps, j’ajoutai la rubrique “Psychonautiques” sur le site en achevant la Génération 1, de 1945 à 1965, et je la laissai en suspens. Une des affirmations, dans cette section du site, résonne encore profondément en moi:

La position d’une personne, quant à la problématique de l’extase cognitive induite par des plantes psychoactives, va déterminer, plus que toute autre problématique, son engagement dans la transformation planétaire en devenir.

Je réitère cette affirmation. Depuis l’époque où je l’ai écrite, les autorités patriarcales ont mis en place une immense vague de répression à l’encontre des plantes psychoactives. Lors d’une mise en scène magistrale impulsée par la droite Chrétienne, les champignons magiques frais ont été interdits à Amsterdam. J’étais là, dans la “smart shop” de mon ami Charles, le jour où la nouvelle loi fut mise en vigueur. A ce jour, elle n’a pas encore été rigoureusement appliquée mais son impact symbolique est plus important que son application légale.

Des conversations avec Dominique Guillet de Kokopelli m’ont convaincu que le contrôle de la nourriture va être un élément décisif dans cette crise planétaire émergente. Les autorités ne se contentent pas de prohiber l’usage des plantes psychoactives, elles sont en train de lancer une vague de répression contre les remèdes naturels traditionnels, telle que l’ortie. Elles sont en train de bloquer la distribution des semences anciennes. Si le message atterrant de Esoteric Agenda n’est même que partiellement correct, il existe un programme global de dépopulation massive par l’entremise d’une double stratégie perverse de restriction de nourriture, d’une part, et d’empoisonnement de la chaîne alimentaire, d’autre part. Un document des Nations Unies, décrivant ce plan, donne le mois de décembre 2012 comme date ultime à laquelle les conditions d’application de ce grand stratagème seront définitivement mises en place.

En réfléchissant sur ces questions, j’ai pris conscience que le shamanisme Gaïen avec des plantes psychoactives va devenir de plus en plus difficile. Même sans parler de contrôle autoritaire, de telles pratiques ne sont pas des plus aisées pour de nombreuses personnes, plus particulièrement celles qui vivent dans les cités. Les champignons psychoactifs, et d’autres enthéogènes naturels, peuvent être facilement achetés dans les grandes villes mais ils ne peuvent pas y être utilisés, in situ, dans le cadre d’un shamanisme expérientiel naturel. D’autres considérations également ne facilitent pas une telle expérimentation. La transe shamanique induite par des enthéogènes naturels tels que l’ayahuasca et l’iboga a largement été adoptée avec des finalités thérapeutiques plutôt que visionnaires; ou bien encore, cela dégénère en tourisme shamanique. La communauté cohérente, et à long terme, des cellules Gnostiques serait difficile, pour ne pas dire impossible, à reproduire de nos jours. Mais sans elle, l’instruction par la Lumière Organique ne peut pas être adéquatement établie et soutenue.

Durant toute l’année 2007, et une partie de l’année 2008, j’ai beaucoup réfléchi sur les prospectives futures du shamanisme enthéogénique ainsi qu’il est généralement qualifié aujourd’hui. Cette pratique perdurera et doit perdurer parce que les plantes sacrées sont essentielles à la correction de l’évolution de notre espèce et elles peuvent favoriser grandement la guérison des pathologies personnelles et sociales. Il n’est donc pas question de laisser la répression actuelle empêcher quiconque d’exercer ce que Martin W. Ball appelle, dans Reality Sandwich, le droit humain de pratiquer une spiritualité enthéogénique.

Mais je me demandai quel autre genre de pratique pourrait s’avérer moins problématique, mais tout aussi pertinente, pour guider notre espèce au travers de la crise actuelle de démence sociale et d’impasse écologique.

 

Réduit au Kaka

Une autre question émergea souvent après la publication de Pas en Son Image: comment recouvrons-nous et faisons-nous revivre le Gnosticisme? Comment régénérons-nous les Mystères? Ma réponse à ces questions était claire et elle le reste: c’est impossible. La Gnose est une dotation éternelle innée à l’espèce humaine: c’est notre capacité de percevoir la nature intensément (méthode Goethéenne) et de connaître le cosmos comme les dieux le connaissent, dans un état de conscience élevé et extatique. La Gnose est une extase cognitive, une connaissance qui émerge dans un état de contemplation extatique et d’immersion, non égoïque, dans la nature. Cette voie de connaissance est présente, immédiate et inaliénable car elle est enracinée dans la divinité innée de notre espèce, la faculté du noos, l’intelligence divine. Mais le “Gnosticisme” n’est que le fantôme théologique d’un mouvement défunt. C’est un revenant, et non pas une créature vivante. Le renouveau du Gnosticisme m’ennuie à mourir avec ses sectes catéchisantes, ses églises bardées de rituels et de costumes, ses prêtres et ses prêtresses auto-proclamées (des Madeleines putatives), ses liturgies, toutes ses valises et ses prétentions qui sont inséparables de la religiosité.

Chers lecteurs, si vous découvrez quelque élément qui sente la religiosité dans ma présentation du Kala Tantra, faites le moi savoir, s’il vous plaît.

J’ai consacré 25 années de ma vie et de mes recherches à la prostituée sacrée mais la romance de la Marie Madeleine ne m’inspire plus guère… Le Da Vinci Code a enterré cette femme audacieuse. Une telle orgie décadente de calomnies banales, de désinformation crypto-fasciste et de pure ineptie. Ce n’est pas la joie pour Sophia lorsque ses dévots, qui révèrent sa beauté et embrassent son histoire, ne peuvent pas trouver le chemin d’une vie passionnée et consciente dans la sagesse de la planète. Il est néanmoins certain que beaucoup d’entre vous, les amoureux de Sophia, puissiez le faire là dans votre vie et selon vos voies propres.

Il n’existe pas de voie unique pour accomplir la vision Sophianique des Mystères. Mais en tant que l’unique personne qui régénéra et transmit cette vision, je me suis donné des critères élevés pour son application. Durant toute l’année 2008, j’ai réfléchi au futur de la spiritualité enthéogène côte à côte avec l’obsolescence du Gnosticisme. Au fil de ma réflexion, j’ai pris conscience, purement et simplement, que je ne pouvais pas procéder à l’application de la vision Sophianique en ayant recours à la matière Gnostique même si j’en proposais des extrapolations audacieuses. Pourquoi pas? Le problème fondamental, avec les études Gnostiques, provient d’un mélange de syntaxe minable et de manque de vocabulaire.

Il n’existe pas, selon moi, de documents Gnostiques “originaux”. Je soutiens que les écrits Coptes de Nag Hammadi, ainsi que d’autre découverts ailleurs et antérieurement, ne sont rien de mieux que des notes chaotiques de classe gribouillées à la va vite dans un amphithéâtre. Le Copte en lui-même est un langage artificiel, inventé pour transcrire les hiéroglyphes à une époque où plus personne ne pouvait les lire. Un mot sur quatre ou cinq en Copte est un emprunt au Grec. La grammaire et la syntaxe du Copte sont tarabiscotées. Dans Pas en Son Image, je compare cette syntaxe à des chaussures de montagne sur une ballerine. Je pourrais même dire des chaussures de montagnes cafies de glaise. Les érudits admettent que les Codex de Nag Hammadi sont criblés d’incohérences, d’inventions grammaticales, d’erreurs d’orthographe, de syntaxe déformée et de référents pronominaux obscurs. Voilà tout d’abord pour les problèmes afférents au médium linguistique. Ensuite, le contenu de cette soupe est tout autant confus et exaspérant. Le même texte des Codex peut contenir jusqu’à six points de vue différents, mélangeant une instruction d’illumination Gnostique authentique avec des éléments Chrétiens et anti-Chrétiens.

Le pire de tout, c’est le piètre vocabulaire de la matière Gnostique. Le Mal était un thème fondamental dans la vision Gnostique du monde. Les Gnostiques affirmaient avec arrogance qu’ils étaient les seuls à avoir l’explication correcte du mal, une affirmation qui provoqua une haine brutale de la part de leur ennemis Chrétiens. Les instructeurs et les doyens des Mystères réfutaient la vision dualiste Chrétienne du mal, dérivée du dualisme Perse de Zoroastre. Ils distinguaient soigneusement entre le mal et l’erreur. Ils élaborèrent le scénario des Archontes, en les représentant comme des messagers de la tromperie et de la simulation, et non pas des agents du mal qui puissent contrôler et subjuguer l’humanité. Quel est le terme Gnostique pour mal en Copte? Kaka, emprunté au mot Grec qui signifie littéralement “merde”. Mettez-vous à ma place: je suis en train de mettre en exergue l’exposé Gnostique relatif aux Archontes, en paraphrasant leur théorie brillante de l’erreur, corrigeant la notion Chrétienne du mal et réfutant la dualité Zoroastrienne, à savoir un exercice relativement élaboré et sophistiqué, si je puis dire – et tout ce dont je dispose linguistiquement pour fonder mon argumentation, c’est kaka.

La théorie Gnostique de l’erreur est une des créations les plus sophistiquées du mental humain. S’il en existe une meilleure, j’aimerais bien la voir. Cependant, j’ai du découvrir et développer cette théorie en utilisant une poignée de termes: hal et sorem en Copte, plané, anomou et apathon en Grec. Le défi était ubuesque et souvent démoralisant. Cela finit par me convaincre de l’inadéquation totale de la matière Gnostique survivante si l’on veut remettre en valeur et fonder la vision Gnostique à notre époque. Je me considère heureux d’avoir pu réaliser tout ce que j’ai entrepris.

 

Sophia Amplifiée

Assez parlé du problème, passons directement à la solution. Comme ais-je guidé la vision Gnostique Sophianique au-delà des limites du Gnosticisme dans la direction qui va maintenant déterminer le contenu principal et les orientations futures de Metahistory.org? Je l’ai réalisé en une minute New-Yorkaise comme cela:

SOPHIA = SAGESSE = VIDYA

Certains lecteurs sont peut-être familiers avec la conception des philologues (ceux qui étudient le langage), initialement proposée par Sir Williams Jones, selon laquelle le Grec et le Sanscrit ont la même origine. Cette observation est le fondement d’une vaste science, l’étude des langues Indo-européennes. Les dictionnaires utilisent IE pour désigner la racine Indo-Européenne d’un mot. Par exemple, la racine IE de “wisdom” en anglais est vid-. Le v se transforme en w par ce qu’on qualifie de transformation consonnante, un phénomène linguistique défini par les frères Grimm vers environ 1820. Les deux frères qui compilèrent les “Contes de Grimm” étaient profondément impliqués dans les études linguistiques inter-culturelles.

Pardonnez-moi de paraître académique mais la transformation consonnante est plus qu’un sujet de salon de thé pour experts ou que la fascination passagère de l’érudit auto-didacte que je suis. Découverte à l’époque charnière du Mouvement Romantique, la transformation consonnante s’avéra être un outil qui transcendait l’usage spécifique réservé aux philologues. L’étude des racines Indo-européennes étant en pleine effervescence, l’Est et l’Ouest convergèrent en une vague de surf spectaculaire d’affinités et de parallèles. Dans l’introduction du Tantra Planétaire, j’ai souligné que j’allais montrer comment le Romantisme avait été fertilisé par le mysticisme Oriental, en préparation de la transformation planétaire d’aujourd’hui. Et bien, les corrélations entre le Grec et le Sanscrit contribuèrent immensément à cet événement historique de fertilisation croisée.

L’équation SOPHIA = VIDYA permet de corréler les identités Orientales et Occidentales de la déesse incarnée en la Terre.

La racine Sanscrite vid-, “sagesse, connaissance divine ou inspirée” produit le mot Anglais wisdom et aussi wit. Elle est très probablement corrélé au Latin videre “voir”, d’où le terme “vidéo”. (Les corrélations Sanscrit-Latin ne sont pas aussi sûres que les corrélations Sanscrit-Grec). (En Français, cette racine vid- produit les mots “vision” mais aussi “guide” par transformation consonnante commune entre w et g. NDT). Vid- génère vidya “production de vid”. Tous les érudits de la philosophie Asiatique, des Vedanta, des yogas Sutras, du Bouddhisme, etc, traduisent vidya par sagesse. Sophia ne génère aucune ressemblance linguistique directe avec vidya cependant ces deux termes possèdent exactement la même signification. Selon les dictionnaires étymologiques, sophia dérive de sophos, d’origine inconnue.

Le Gnosticisme était un vaste mouvement spirituel englobant l’Europe, l’Afrique et le Levant. Il se propagea vers l’est et l’Hindu Kush, la région des Pamirs jusqu’où Alexandre le Grand poussa ses conquêtes vers 330 avant EC. La rencontre de l’Est et de l’Ouest produisit l’art du Gandhara, une synthèse de styles Bouddhiste et Grec. Sous le règne du roi Asoka (270-232 avant EC), le siècle suivant vit l’extension du Bouddhisme vers l’ouest, jusque vers la vallée du Nil en Egypte. Dans ses édits, le souverain Asiatique déclara: “La conquête par le Dharma a été accomplie sur les frontières et jusqu’à 600 yojanas (entre 5400 et 9600 km selon les érudits) de distance, là où le roi Grec Antiochos gouverne, au-delà des pays où règnent les quatre rois nommés Ptolémée, Antigonos, Magas et Alexandre, de même vers le sud parmi les Cholas, les Pandyas et jusqu’au Sri Lanka.” (Edits d’Asoka)

L’Est et l’Ouest convergèrent, le Gnosticisme et le Bouddhisme fusionnèrent. Il y a longtemps. Aujourd’hui je propose une nouvelle fusion. Sophia n’était pas seulement un principe philosophique avec son nom enchâssé dans le terme, elle était la déesse de la sagesse de l’Ouest, la divinité suprême des Mystères Levantins. En raison d’un vocabulaire pauvre et d’une construction maladroite, les textes Gnostiques, qui ont survécu, offrent peu d’opportunités pour amplifier Sophia par des corrélations et des extrapolations à partir de tout le spectre de ses qualités, de ses thèmes et de ses attributs. Des images classiques de Sophia, représentée soit comme une divinité cosmique ou une déesse terrestre sont peu aisées à trouver – Diane d’Ephèse en étant un exemple notoire. Au Moyen Age, les représentations de Sophia tendent à apparaître sous le personnage allégorique de Sapientia, la traduction latine du Grec Sophia. Il ne survit que peu, ou rien du tout, de la grandeur de la vision Gnostique de Sophia dans ces représentations médiévales. La Sophia Divine est, bien sûr, la figure dominante dans la religion Orthodoxe Grecque mais elle est profondément cooptée par l’agenda rédemptionniste et la Mariologie exacerbée de cette foi.

La Déesse Déchue est, assurément, un magnifique attracteur étrange mais, isolée dans la matière Gnostique Copte, Sophia ne génère pas une vaste constellation d’affinités et d’associations. L’équivalence Grecque-Sanscrite SOPHIA=VIDYA évoque une panoplie de telles affinités et associations. C’est la clé qui ouvre la porte d’un vaste trésor de traditions de déesses Asiatiques, incluant des divinités Hindoues, Dravidiennes, Shaivites, Visnaivites, Bouddhistes et Tibétaines.

Pour amplifier Sophia, je puise aux sources Asiatiques et refusionne les enseignements Gnostiques avec le Tantra Bouddhiste. Avec SOPHIA=VIDYA, le message Sophianique de ce site peut extrapoler selon des voies auxquelles je ne pouvais pas accéder, ou que je ne pouvais pas même imaginer, lorsque je me restreignais au cadre Gnostique Occidental. Je peux maintenant intégrer et traduire le riche héritage de traditions des déesses Asiatiques dans la pratique visionnaire centrée sur Gaïa-Sophia. Voilà la conversion Tantrique.

Cette nouvelle orientation enclenche une séquence en cascade de corrélations, une sorte de reflet fractal des identités fluides de la déesse, en commençant par Sophia-Sthavara et en culminant dans les feux d’artifice du Nexus des Shaktis. Qu’il soit bien clair, pour ceux qui sont inspirés par cette révélation, que je n’ai pas découvert ou inventer artificiellement le Nexus des Shaktis par un exercice de corrélation mythologique ou par toute autre prouesse sémantique. Je n’ai pas eu accès à la vision interactive des Shaktis Gaïennes en construisant des parallèles linguistiques et des correspondances Jungiennes: je fus introduit directement au Nexus dans ma pratique shamanique. Au cours de l’été 2008, j’ai intégré cette vision numineuse et j’en vins à comprendre des détails et des dynamiques des divinités composant le Nexus. Je décrirais cela comme un déploiement pyrotechnique du Divin Féminin, une éruption visionnaire dans l’aura de Gaïa, l’atmosphère. C’est en étant imprégné de cette vision que j’ai eu l’intuition de cette formulation SOPHIA=VIDYA et que je l’ai actualisée.

Donc soyez sûrs, chers lecteurs, que la conversion Tantrique n’est pas un jeu académique d’équivalences sémantiques ou un exercice complaisant de parallèles forcés. Contemplez ces identités en cascades et vous pénétrerez dans les tourbillons d’eau vive de votre propre imagination. Avec cette simple conversion, la mystique Gaïa-Sophia devient interactive et céleste. En sus de parler du Divin Féminin, c’est la voie concrète pour arriver à lui parler.

 

Un Mudra de Contact avec la Terre

Dans la dernière phrase de son ouvrage “Buddhist Goddesses of India” Miranda Shaw exprime l’espoir que “au vu de son immense panthéon féminin, le Bouddhisme puisse à juste titre prendre sa place parmi les religions mondiales de la déesse”. J’ai souligné dans l’essai d’orientation pour le Tantra Planétaire que je n’allais pas citer des érudits ou fonder mes affirmations extravagantes avec des citations textuelles ou des assertions émanant d’experts. Mais je ramperais au travers de Times Square, en pleine heure de pointe, pour baiser les pieds de Miranda Shaw pour le cadeau que représente son ouvrage, la suite de son autre cadeau tout aussi splendide “Passionate Enlightenment”. Shaw fait partie d’un petit groupe d’érudites audacieuses qui sont en train de briser le carcan patriarcal du Bouddhisme et d’en libérer les élément de la déesse. Elle est plus qu’une championne du Féminin Divin, elle une divine féministe.

Le Bouddhisme, une religion de la déesse? Comment cela se pourrait-il? Shaw commence son ouvrage par une argumentation qui peut être difficilement être réfutée, si vous voulez mon avis. Elle raconte la légende classique de l’illumination de Shakyamuni, qui se focalise sur le thème de la victoire sur Mara, le Seigneur de l’Illusion. Diverses biographies décrivent comment la déesse de la terre, appelée Prithivi ou Sthavara, intervint pour dissiper les illusions de Mara, offrant ainsi à Shakyamuni l’espace de concentration parfaite pour atteindre à l’illumination. Il y eut cependant un moment de confrontation. Mara affirma que le prince Hindou n’avait rien à mettre en valeur pour montrer ses actes superbes supposés de générosité, pas un seul témoin pour attester que lui, l’homme qui serait un Bouddha, avait été au service de l’humanité d’une quelconque façon. En d’autres mots, Mara accusa Shakyamuni d’être un narcissique, obsédé par une quête égoïste de libération.

Shakyamuni releva ce défi par ces paroles, “Que cette Terre belle et solide soit mon témoin” et par un mouvement de la main, le bhumisparsa mudra, le geste de toucher la terre. Miranda Shaw écrit que parce que le “siège de l’illumination” est la terre même, la déesse de la Terre adombre l’illumination. A travers 519 pages, elle décrit une vaste panoplie de déesses Asiatiques de la terre qui représentent la sagesse éclairée selon des voies corrélées à la Sophia Gnostique, sans cependant mentionner une seule fois le nom de Sophia. Cet oubli n’enlève rien à la qualité de l’ouvrage. Au contraire, il purifie l’atmosphère et prépare le terrain pour la conversion Tantrique.

Le geste de toucher la terre de Shakyamuni, au moment de son illumination, est tout aussi précieux qu’une pléthore d’ouvrages. Sans la bénédiction de la Terre, il n’existe pas de fondement de la Bouddhéité. Sans l’adombrement de la divinité féminine de la Terre, quel que soit son nom, Prithivi ou Sthavara ou Sophia, aucun être humain ne peut recevoir ou supporter le plein éveil à la nature du mental. La déesse de la Terre, le mental de la nature, permet de prendre conscience de la nature du mental. La présence vivante de la déesse de la Terre fonde résolument cette réalisation suprême. Même si la légende des Bouddhas émergeant au cours des époques n’inclut pas une femme humaine qui atteigne l’illumination, le Bouddhisme est un avatar du mysticisme gynocentrique, des religions Asiatiques de la déesse.

L’ouvrage de Shaw prépare et invite à la reconnaissance des Bouddhas Féminins, des Shaktis, des Yoginis, des Dakinis et des Dangereuses Protectrices avec lesquelles nous allons nous impliquer libéralement dans le Tantra Planétaire.

 

Les Dix Mahavidyas

La religion Hindoue, la matrice du Bouddhisme historique, présente une panoplie étonnante de dieux et de déesses. Elle constitue une expression débridée du polythéisme. Une courte liste des divinités féminines du panthéon Hindou pourrait aisément arriver à plusieurs centaines. Néanmoins, il n’existe qu’une seule constellation remarquable de divinités femelles qui pourrait être comparée au nombril de la forme humaine. Le nombril est un vortex, un point unique dans tout le torse humain, non pas un organe des sens comme l’oeil ou l’oreille mais le point focal anatomique de toutes les forces vitales du corps. Le plexus solaire est le siège du prana, de la force vitale. Le nombril n’est pas seulement l’élément anatomique qui incarne ce plexus, c’est également le point de notre corps qui nous connecte à notre naissance. C’est à ce point que nous étions connectés au cordon ombilical et au placenta. Le pli du nombril nous rappelle que nous avons tous émergé en ce monde de l’intérieur du corps d’une femme.

Cette analogie élaborée est parfaitement adaptée au Nexus des Shaktis. Bien qu’il existe une histoire d’origine pour le Nexus, les érudits de la religion et les mythologues insistent sur le fait qu’il n’y ait pas d’explication claire quant à sa composition. La première référence au Nexus se trouve dans le Shiva Purana. Les Puranas sont des commentaires élaborés sur les Vedas contenant souvent des histoires mythologiques. Les premières références à ces Puranas datent d’environ 500 avant EC, l’époque du Bouddha historique, mais ils sont certainement dérivés tradition orale très antique et durable et de textes écrits qui n’ont pas survécu. Purana signifie “émanant de sources anciennes”.

Selon l’histoire d’origine, un démon appelé Durgama prit le contrôle des Vedas et provoqua une sécheresse sur toute la terre. Ici, “les Vedas” ne signifie pas seulement les anciens textes religieux qui portent ce nom mais la sagesse primordiale qui les imprègne. Veda est bien sûr dérivé de la racine vid-. Puisque VIDYA=SOPHIA, nous pouvons dire que les Vedas représentent la vérité Sophianique, la connaissance intime de la terre et de ses pouvoirs animants et intelligents. Le mythe d’origine confirme ces pouvoirs en affirmant qu’un désastre planétaire, une sécheresse, se manifesta lorsque cette vérité fut compromise.

Et maintenant, voici un épisode encore plus fantastique. Tous les dieux mâles, conduits par Brahma, appelèrent à la rescousse la Déesse, Mahadevi, pour faire face au démon, recouvrer les Vedas et sauver l’humanité de l’annihilation par la sécheresse. Pour ce faire, la Déesse émana de son corps les Dasha Mahavidyas, les Dix Grandes Sagesses. Maha est le terme Sanscrit pour “grand, suprême”. Dasha est le terme pour dix. Les Dix Mahavidyas sont des avatars de la Déesse elle-même mais parmi ces dix, il y en a une qui focalise sa furie: Kali. En tant que divinité principale du groupe, Kali subjugue Durgama et acquiert le nom Durga “invincible”, qui dénote son aspect guerrier féroce.

Les Mahavidyas sont constituées de Kali et de neuf émanations d’elle-même. Dans le Yantra, Madhu Khanna introduit le terme “Nexus des Shaktis” pour décrire le groupe de ces dix Mahavidyas. Il cite un mythe différent d’origine dans un autre texte, le Devibhagavata Purana, décrivant une querelle entre Shiva et sa consort Parvati au cours de laquelle Parvati se transforme en la Kali aux dix émanations. Ce mythe ne fait pas référence à la préservation des Vedas ou au sauvetage de la terre d’une catastrophe naturelle; il met plutôt en exergue le yoga de l’union des cultes Shaivites de l’Inde antique. Une “querelle” entre Shiva et Parvati est un état d’énergie élevée généré par leur union mystique (“le yoga de l’union”). Ce mythe suggère les bénéfices de s’impliquer avec les Mahavidyas en paires, en oeuvrant en couple – le système Tantrique des chéris, si vous préférez. Je décrirai la nature et la nécessité du yoga de l’union ici et là au fil des essais ultérieurs présentés sur ce site.

 

Dans l’Instant

En août 2008, je compris pour la première fois le Nexus des Shaktis tel qu’il est décrit par Madhu Khanna et d’autres érudits de la religion Hindoue, tels que David Kinsley (Visions of the Divine Feminine). La tête du groupe, c’est Kali en personne qui contient et émane les autre neuf Mahavidyas. L’ordre habituel pour les déesses dans le Nexus est le suivant:

Kali: pouvoir du temps éternel dans l’instant, Kala

Tara: passage au-delà du temps, délivrance

Shodashi: génération de la beauté dans le temps; appelée également Sundari

Bhuvaneshvari: fructification du temps dans les formes sensorielles

Chinnamasta: conscience au-delà du sens du temps limité à l’ego

Bhaivari: annihilation de la marée du temps

Dhumavati: achèvement du temps, extinction

Bagal: illusion du temps, le moment qui passe; appelée également Bagalamukti

Matangi: maîtrise du passé et du présent, au-delà de la causalité temporelle

Kamala: embellissement de chaque moment

Cela fait beaucoup à digérer. Puis-je suggérer d’imprimer cette liste et de l’accrocher à votre réfrigérateur? Collez-là sur le toit de votre voiture pour la consulter de temps en temps. Gardez-là près de votre table de chevet pour une brève récitation avant d’éteindre les lumières. La récitation de ces noms comme une litanie est une des premières pratiques du Tantra Planétaire. Ils se prononcent relativement comme ils s’écrivent. Les accents sont sur les premières syllabes mais les seconde et troisième syllabes ont presque souvent la même accentuation.

Pour un exposé intégral de descriptions accompagnées d’illustrations, voir le site kheper.net

Mon traitement des Mahavidyas met l’accent sur la manière dont chacune d’elles constitue un aspect du temps ou un reflet de notre conscience du temps. Kali, elle-même, est la représentation du Temps Eternel dans son éruption dans le moment présent. Pensez au flux des moments qui passent comme des vagues à la surface d’un océan qui est relativement calme et paisible. Le mouvement régulier des vagues à la surface marque le flux des moments, l’un après l’autre, un flux et reflux de vagues. Les moments transitoires de chaque journée refluent vers le passé et s’acheminent vers le futur en intervalles réguliers et stables qui peuvent être mesurés. Telle est l’expérience ordinaire.

Avec Kali, la puissance de tout l’océan jaillit dans les vagues ondulantes. Cette déesse représente, de façon unique, notre capacité pour une expérience du temps non-ordinaire qui oblitère le sens habituel du passé et du futur, et même le sens habituel du présent. “Kali est la Shakti de Kala”, la puissance de l’Instant: le temps intensif et non-transitoire. Kala est cet instant, juste maintenant, mais rencontré comme l’Instant, le moment immuable dans le Temps Eternel. C’est assez différent de ce dont nous faisons l’expérience avec le moment qui passe car l’Instant ne passe pas! Le Tantra Planétaire est le Kala Tantra, la pratique d’observer et de pénétrer dans l’Instant. La plupart des pratiques du Kala Tantra sont improvisées au moment de leur réalisation. Et les résultats de ces pratiques sont quasiment instantanés. C’est ce facteur d’instantanéité qui fait du Kala Tantra quelque chose d’unique, de radical et de direct.

Le Tantra Planétaire, considéré comme une pratique avec Kali, (“le culte de Kali”, pour parler crûment), possède une valeur de choc considérable. Certains des enseignements du Tantra Planétaire sont totalement inconnus. C’est parce qu’ils n’ont jamais été formulés auparavant qu’ils possèdent une telle capacité de choquer lorsqu’on les rencontre pour la première fois. Le Kala Tantra est une discipline à grande vitesse et à forte intensité qui va faire péter les câbles à de nombreuses personnes qui ne le pratiquent même pas mais qui s’approchent de quelqu’un qui la pratique. Les érudits soulignent que les Mahavidya ne sont pas des mères tendres et choyantes. C’est le moins que l’on puisse dire. “Elles tendent à être de nature coriace, et non pas douce” écrit Kinsley. C’est un euphémisme. Les Mahavidyas sont généreuses quant aux largesses et aux pouvoirs occultes qu’elles accordent à leurs disciples, incluant le pouvoir de tuer, de paralyser et de rendre sourd ou muet ou la capacité d’obtenir tout ce dont vous souhaitez de quelqu’un. “Elles ont peu ou pas de connexion avec la maternité, la fécondité, et la croissance… Elles ne sont pas dépeintes comme des mères et on y fait rarement référence par des épithètes maternelles. Les Mahavidyas sont rarement révérées pour la fécondité et la maternité.. Elle sont presque toujours dépeintes ou décrites sans référence à un consort mâle” (Kinsley page 62).

Qu’elle est l’importance de ce troupeau outrancier de sorcières surnaturelles pour l’humanité et plus spécifiquement pour ces individus qui chercheraient une relation interactive avec les Mahavidyas? Cette manifestation particulière du Divin Féminin est synchronisée de façon unique avec l’achèvement du Kali Yuga. C’est pour cela que Kali mène la troupe. Les Mahavidyas confèrent une opportunité de pénétrer dans une expérience non-ordinaire du temps, et encore beaucoup plus. Mais il n’en émane pas un sentiment de chaleur et de bienvenue. Si elles constituent des aspects de la déesse de la Terre, Gaïa-Sophia, comme je le propose, il reste à percevoir ce qu’elles représentent et comment elles offrent la possibilité d’une interactivité avec la présence animante de la Terre.

26 novembre 2008. Andalousie.