Slokas 1 à 3

SLOKA 1: Cajoleries dans le Bras de Syrene

1. Ainsi s’éveille le secret éternel par le rêve vivant,

un chatoiement sur une mer de grains ondoyants,

un recueil encodé de vocables en fuseau,

de signaux en doubles sillons,

de présages étoilés sur un lointain rivage

et reflétés, ici sur Terre, par le temps

et les flux et reflux de l’océan,

un jaillissement s’instillant né de l’onde

et une vrille sybilline à contre-pointe

en laquelle la mémoire s’insinue et demeure:

par une synergie en gémination de sons et de sens,

bruissement impétueux d’hélices encodées d’acide,

syntaxe débridée aux verbes agglutinés,

grâce au génie sublime de la Nature pour la métaphore,

permutation de mots en parade illuminée de feuilles,

branches en convolutions et tronc de l’Orme Orphique,

arbre cosmique généreusement déployé,

aux racines plongées dans le satiné serein de l’arc-en-ciel

coagulation embrasée de l’Eon,

tourbillons en fusion se déversant gracieusement

la spirale rugissante en accroche-coeur

transmet un signal à un chemin de glyphes

dans un dédale de cristaux veinés de perle poreuse

où l’argot façonné en lingots de langues brillantes

se métamorphose en une faconde de sages indolents

embusqués par des bras désarmants

par des galaxies mémorisant

des trésors mûrissant de sapience shamanique.

Et témoin l’inclination des mots à se souvenir

“la dimension quasi-pathologique de l’affect”

faut-il s’étonner, donc

si l’élision, de la cigogne au cygne,

éclat de plumes blanches dans l’aube Pélasgienne

est l’unique vestige qui s’attarde,

comment la mémoire va déserter sa source

(embrumant dans le cafard le génie du lieu)

comment elle s’arc-boute de l’Attique aux grèves d’Andromède

où les grues plongeant dans le Lac Manasa,

telles des lames argentées,

se dissolvent dans le tréfond des eaux

quasiment en séquences

dans la lenteur dont jouissent les cascades

lorsque les mots vont émerger fastidieusement de l’encre

se cachant à moitié de la main gribouillante?

C’est ainsi qu’Asuramaya, une plume Zuni à la main,

adopta la langue mère, l’idiome natif de M 31, sa demeure stellaire,

pour aventurer quelques vers en antiques rimes,

archives de ses vies sur Terre

(ce monde-miroir, ce labyrinthe fractal)

Bien que d’aucuns diraient que la mission ne fut jamais choisie

mais assignée lorsque lui, Asuramaya,

l’astrologue de la cour du Souverain Krishna de Drudari

consigna la chronologie cosmique, à l’aube du Kali Yuga

aux environs de 3102 avant l’ère commune,

l’année de la mort du Souverain Krishna,

selon, du moins, ce qu’en relate la légende.

Et ainsi, par rituel de bilocution,

éveillé aux rotations scintillantes convolant dans les cieux,

par les élongations lentes et paisibles des orbes covalentes

augurant une pause fatidique dans l’Age des Poissons,

il composa un chant du cygne pour le Kalpa.

 

2. Le Temps, supposons, s’écoule

et lorsqu’il s’arrête, il déborde

et c’est ainsi que lors d’une suspension temporelle

sa configuration saisie par les signes divinatoires

et les signatures propres à son art et artisanat occultes

ce sage Dravidien, celui au front honoré de la jouvencelle

aux cinq pieds et dix yeux d’opale,

les mains assermentées à Sarasvati

orné de nattes rituelles

tressées en mèches d’ambre-turquoise

sous le capuchon en peau de mouton argentée de Brihaspati

aventura la rime de sa colline natale

espoir occidental du troisième bras d’Andromède, le Bras de Syrène.

Ainsi, par divination runique, encodant les signes fractals

du mental sutra pour les clans disséminés de l’infortuné Orion.

 

3. Asuramaya vivait une double-vie.

Le poète perçut à travers le temps: non pas lui-même,

mais en toute variante du sage errant

quelque déguisement temporaire, un refuge

et un masque, le regard tendrement abstrayant de Vishnu

prit comme prétexte, simplement

et ainsi chaque expression devint un regard

chaque regard un mode de vision

Theoria: contemplation.

Le voilà sur Andromède, se souvenant

de lui-même sur Terre

lorsque se souvenant de lui-même sur Andromède

demeurant en deux mondes à la fois

et informé de deux langages:

“Axones et dendrites, selon leur mythe”

médita-t-il, en jetant un regard aux cils lourds vers sa consorte

“Cela correspondrait à la langue d’Andromède”

se hâta-t-elle de répondre (leur stimulation commença, imperceptiblement

le moment habituel lorsque il semblait qu’il ne restât rien à dire)

“Mais ici rendus en tonalités, allusions et tropes de la Terre”

“Correspondrait, mais comment?” demanda son consort

enthousiaste et à voix basse. Aucun bavardage

ne proférait-elle mais un discours constant

de mots co-résonants, poète et consorte

fusionnés, cygne leste et conducteur fantôme

deux figures d’une danse télépathique.

“Puisque c’est le langage que tu utiliseras”, résonna-t-elle

“mais tu translates d’abord l’expérience, tu rimes

tes mots dans la langue-mère, bien que

tu l’aies vécu là-bas sur la Terre”.

“Ce monde miroir, vécu tellement à l’image d’ici”

“Ici, le moment effectué et”

“Là la mémoire commença

engendrée au moment même où elle s’achève”

“Andromède et la Terre sont deux pour une”.

Il respira sa phrase dans sa direction et sourit

soulagé. “Mais le langage parlé

ici dépend des harmoniques qui ne peuvent pas se traduire là-bas”

ajouta-t-il avec un frisson.

“Mais traduis l’expérience, la tienne et la leur”

“Notre parenté avec cette zone”

“Aucune destination n’étant plus proche du foyer qu’une autre”

“La connexion de mondes-reflets”

“Est-ce le langage pour dire à l’autre ce qui vit en toi”

“La manière dont cela vit en eux aussi”.

Sa consorte maintenant est Vulka

une nymphe à l’expression sombre de la Souche Kerali

un lotus parfumé connue localement comme l’illusion bien galbée

qui léchait ses oreilles lorsque les calculs cosmiques le déprimaient.

 

4. Assigné, non pas choisi

Ou peut-être ce qui est assigné est

choisi d’une manière autre: par intention

non pas en quête de ses finalités propres

Le Dharma qui est

transcendentalement inactif

peut être momentanément révélé par une marque tremblante

où l’union des amants se dissipe en un éclat féroce

rappelant un ciel virant au flamenco,

une jeunesse perdue dans le temps de mythe

un mental doté de sel de mer et de mica…

“Désigné est choisi”, murmura-t-elle

et aucun son ne fit-elle mais se fondit

en un soufflet pulpeux de cuisses sur ambre

les yeux de lotus lançant un feu bleu léché de la crête de Chen Ju

Le mudra qu’elle était le plongea dans un rêve,

son mythe collé aux siens

leur corps flottèrent à la dérive

et s’envolèrent de la crête

avant qu’ils ne pussent se dissoudre par ailleurs

et précisément ainsi.

“La physique est un jeu d’excitation” répondit-il

“Les circuits sont ouverts à l’amour, toujours,

mais dans la physique de la beauté

tous les moments seront apposés”, rayonna-t-elle

et étincellant comme un joyau brumeux

elle se condensa en ses bras

“Si Khlebnikov était le Roi du Temps”

“Les poètes Terriens souffrent-ils toujours autant?”

ne put-elle s’empêcher de demander

“Les Russes souffrent mais les résultats sont plaisants”.

“Je pleurerai avec les phoques

et ressentirai leur peine” cita-t-elle

“Dans une mare emplie de sang sur la glace,

le paradis de l’humanité

entâché de terre”.

 

5. C’est alors le moment que le Prince Bleu,

le Seigneur d’Andromède,

choisit pour s’adresser à la Cour quant à des matières

corrélées à la souffrance terrienne

“C’est une provenance héroïque” entonna le Prince

envoyant une trembleur écarlate au travers des Bras couplés

“Virya, pur et simple: la volition suprême

inclut la volonté de haïr, d’aimer, de s’apitoyer, de se réjouir,

d’abandonner et d’embrasser.

Même si la matrice de beauté

accueille une douleur barbare

toutes les contradictions fugaces

innées à nos cousins terrestres

ne peuvent exister entièrement en vain.

Virya ou virtus, dans cette élision

repose une sorte de précision

appelée courage.

Ce qui émerge à tout moment d’apposition à la souffrance

vaudra la peine de la douleur,

si toute cette générosité que vous recherchez

aura été conférée

surpassant la perte ou le gain,

car ni l’une ni l’autre

ne peut épuiser le plein échange:

l’esthétique ici est angoisse là-bas,

une curieuse distortion due à la loi cosmique.”

“Mais ces errants infortunés,

Les Gars d’Orion qui copulèrent avec les dames-lionnesses

les beautés sauvages de la Souche des Sultress,

virtus désaxé dans la virulente rage mâle.

Et la puissance morale des êtres sensibles,

désir ouvert de créer ou de détruire,

signature du devenir divin

ou juste une rumeur décourageante (selon ce qu’en croient nos cousins terriens),

ne laisse que peu à l’imagination,

ou peu d’imagination, d’aucuns diraient.”

Prenant alors une pause pour l’effet,

il saisit doucement sa guitare bleue

et gratta un accord de Taurus, un geste

connu pour conjurer du Vide des oscillations.

“Et c’est ainsi que l’augure aura été lu

griffonné sur la poitrine des Grues Jaunes:

le jeu esthétique ressuscitera les morts

lorsque nos parents terrestres décoderont mon sourire

et assouviront leurs mesquines douleurs individuantes

grâce à un discernement numineux.”

“En raison de cela”, chanta Vulka à la Cour

“Certains de nos jumeaux terrestres

en viendront à empester de vérité”.

“Tel un brasier”, reprit une autre consort. “Une épée de lumière,

une tresse de feu parfumé”.

Ces paroles furent entendues

et ressenties dans les coeurs de la Cour

telles des fléchettes évidées de lamentation dévique.

 

6. Suppose donc que le temps s’écoule réellement

et lorsqu’il stoppe,

il déborde

au point, disons,

où l’attention se rassemble en une boucle,

contemple la douce courbe

d’une crosse de fougère, accordée

au diapason d’une lyre

tremble dans la cambrure de la Rivière Ummon

au coeur de la Clairière Orphique où tu pénètres

par le flanc oriental, la glace matinale

fondant le Bras de Syrène, sous la guise maintenant

d’un marais dans les hautes terres de l’Ecosse

la lumière

y est bien sûr trempée de pluie, bien que

la description, pour solide qu’elle soit,

vêtira la coloration glanante de la rosée

jusqu’à ce qu’elle vienne à toi

au travers d’un discernement numineux.

 

7. Le conseil du Prince Bleu

encouragea Asuramaya. Sachant que ces paroles douces

persisteraient éternellement, il pauserait et

oserait le style ambisexuel gemellant

afin de révéler la divination runique en toute plénitude

et d’ainsi conférer de nouveau du courage à cette zone

de commisération tragiquement sur-sexuée

tournoyer vertigineusement

mais sans plaisir, sans

transmission tantrique

autour de l’anse d’orchidée d’Orion

— même si la syntaxe s’effondrait

une fin de verbe empêtrée dans la suivante

Nulle signification sans apposition.

“Ceux d’à côté détecteraient-ils la bilocalisation?”

demanda-t-il à ses trois muses

Compagnie silencieuse d’un seul regard tout embrassant

De cette noble audience, personne ne supposait

précisément comment et où le givre en rime vacillante

annule son sens

Pas plus que leur regard en fusion et amour

brumisé sur le miroir en cristal de leur rêve

dévoile les flux de codes interstellaires ou

jauge l’accolade de constellations

plongées dans l’ex/tase du Vide:

Des Galaxies bondées d’animations hantées

images de perte

de conjugaison brutale

déployant la tige de l’hélice

en bleueté mouvante dans le dénommé mental

aimable mudra de

double-hache et de papillon

Vaisseau spatial

taillé dans l’antique frimas

dégénérescence de formulation inachevée

une lettre à la fois

transe encryptée de la Volupsa

en des bribes d’ancienne révélation

suivant les douze répliques de Naropa.

 

SLOKA 2: Promenade au coeur d’Alameda

8. Le jour où nous fûmes tous criblés de neutrinos

son double s’éveilla à l’aube

sous l’étonnement d’un rêve lucide:

dans une longue spirale harmonieuse, il était aspiré

vers le ciel et loin de la Terre, siphonné

par une force alors de source inconnue

comme intronisé entre deux ailes majestueuses

il s’arrimait en cette propulsion planante

dans l’extase de l’éruption, il devint comme vent

volant dans la plume de la flèche, et soudainement

surplombant d’abruptes falaises bleues, lorqu’il vit

des ondes récurrentes de lumière de perle de turquoise

fondre sans bruit en cascades ondulantes

il reconnu l’espace et haleta

sous l’affect des ailes postérieures, immenses et convergentes,

l’enchâssant intimement en plongeon spiralé et

il descendit avec la grue d’argent, dissolvant et

dissous dans le calme d’encre du Lac Manasa,

membrane de lumière toute placide et pâle.

S’éveillant dans l’euphorie de l’aube, il sortit dehors

et scruta le ciel s’embrasant en quête de signes. Il commença le jour

et, comme bien si souvent, pensant aux étoiles

et ne suspectant pas comment

Une étoile, identifiée depuis lors comme une supernova bleue

avait explosé

au lointain dans l’autre hémisphère

ce ciel méridional qu’il aimait osculter,

un oeil attentif sur la liste de Messier.

Ensuite, il intègrerait une connaissance mystique

en apposition à l’émerveillement de son plongeon

produisant une supernova, la première

clairement visible à l’oeil nu depuis la Terre en 1604.

Non pas que quiconque pourrait recommander l’allusion

supputa-t-il du moins,

tellement profondément encroûté dans sa douleur familière

l’érosion de sa foi en l’humanité

lui aurait laissé croire

La plus grande partie de l’énergie de l’explosion

fut acheminée par des neutrinos.

Ce sont, au mieux, des particules énigmatiques.

Durant toute la journée il rumina et cette nuit-là

il ne put se reposer, il ne put re-pénétrer dans le rêve éveillé

ou dans n’importe quel rêve

car il semblait qu’il y eut un signal à l’oeuvre

peut-être une ligne de code libérée lorsque

Quelques 100 milliards de neutrinos, provenant de SN1987A

traversèrent le corps de tous les êtres humains sur Terre.

Cette nuit-là, il se leva perplexe et tenta d’écrire, en vain

avant, par chance, il entendit les nouvelles scientifiques

il paya une visite à sa muse cosmique, s’assit dans sa cuisine

méditant sur la métamorphose qui le subjuguait.

Il subsiste une pléthore de mystères.

Sa Valentine amusante, sa douce Valentine comique

n’était pas peu agitée. Déconcertée, tout comme lui

– une modification du point d’assemblage –

mais ils assumaient avec un humour divinatoire

leurs plaisanteries fumeuses et disloquées

son rire lui rappelant comment les amants ont besoin de rire

lorsque l’amour ne se demande plus où aller.

L’étoile à neutrons est peut-être un pulsar

mais nous ne pouvons pas voir et nous ne le savons pas

Comme il retournait le long de l’Alameda, se parlant à lui-même,

à voix haute, des données surgirent de la Nébuleuse de la Tarantule

dans le Grand Nuage de Magellan (les initiales de sa muse comique)

au coeur du val méridionnal. La progénitrice,

une rare supergéante bleue, sa radiance à l’image du Niagara

subjuguant les amplitudes et les écrans. L’explosion

dura trois mois, du 24 février à mai

la supernova appelée un-neuf-huit-sept-A

explosa, une vision pour l’oeil nu

et 170 000 années de contemplation, pure, intacte

s’effondrèrent dans la lumière transitoire du jour.

Cette explosion de lumière a voyagé vers nous

depuis bien avant que les humains élaborèrent, pour la première fois,

des animaux peints sur les parois de leurs grottes.

Comment la science inventera-t-elle, pensa-t-il.

Des folies de neutrinos, de quarks et de quanta.

Un Bang en explosion, l’imagination par défaut forgea

ce qui doit être senti, ressenti et vécu, encore.

L’excitation est loin de s’épuiser.

La magnitude était de 4,5

l’image récurrente semblait suggérer la marque floue

que ses vies avaient flambée dans le temps

amante par amante.

Il avait depuis longtemps cessé de lire de la physique,

(sa distraction première depuis l’âge de neuf ans)

avait aigri sur les théories lessivées

dans la tumulte chaque fois que les données menaçaient le dharma

et ainsi il fit du Tantra sa physique

et scrutant, à l’image de Hubble,

au-delà de la rive galactique

vit, une fois, le Corps Intérieur de la Damoiselle Bénie,

une image de relativité

expulsant la tendresse

pas de tenseur mathématique

Car tous les soucis qu’il amena

firent de la passion un chemin.

Juste lorsque la supernova généra un double.

9.  Asuramaya soupira

Seul, à l’aube, il demeurait dans le varnamala

comptant sur des cousins terriens

qui pourraient discerner au sein de leurs vies

quelques figures procédant de la sienne

Bien que les chances fussent minces

quelque chose tel un grain tranchant de lumière

prédisposait sa main

quelque intuition Amazonienne, lointaine et réverbérante

le rendait enclin, convaincu que la dualité sexuelle

pourrait être révélée juste par la poésie.

Ses consortes choisies par dessein étaient trois:

Rohini, Vulka et Jill

Maintenant, c’est elle, Jill Alloway

fille gracieuse de la Souche Sultress

19 ème Délice Yumchen du Clan Dordona

lignage sacré du Bras de Pallas

véritable bastion de poétique incarnée

où il apprenait à ses genoux

sur un mode Upanishad

des rudiments d’esthétique de tonalité Tantrique.

Léchant la pointe émoussée d’une pelure de sauveur

elle lui caressa le cou et chantonna un charme limbique

“Sois classique” dit-elle, “Ce qui a été bien fait mérite d’être répété”

“Ce ne serait pas une insulte à l’intelligence”, s’interrogea-t-il.

“Sur Terre, il ne reste que très peu d’intelligence

sujette à l’insulte”, soupira-t-elle. Et elle lécha encore une fois.

La caresse de sa main sur son cou

amène une brume de sang bleui au bout de ses doigts

Son bracelet d’étamine tinte, anneau brillant

de code de doux joyau de corail en motif boréal

pour un instant embrasé

elle déverse vers lui un regard enveloppant d’ambre

elle amplifie chez lui sa vision d’émeraude.

“Nulle forme ne servira l’antique rime, pas même

les runes en triple temps”, Jill songea-t-elle.   

“Mais la relativité s’applique en apposition

et le temps, donc, peut servir une proposition sans temps.                                    

“Oh oui, la forme sera ensuite ce que la non-forme aura été

car maintenant comme alors sur Terre, tout cela

était supposé arriver, comme ils disent, translaté

de cette manière” – elle était maintenant sarcastique –

“devient une révélation du mécontentement,

un mode humble d’être hanté”.

“Et bien, je pourrais expérimenter”, Asuramaya rit

“Précisément, choisis une rime connue, n’importe quelle rime”

Son bracelet maintenant glisse

le long de son bras, une invitation à la mode Andromèdienne

Elle cligne des yeux et, douce comme une crème de Sri Lanka,

impulse à sa jambe de couleur fauve un mouvement de tango.

“Et convertis-le en sutra”, supposa-t-il, se détendant

comme une anguille en sa pose bercée

“Déguise-le ainsi”, gémit-elle

Et c’est ainsi qu’Asuramaya commença, un peu cérémonieusement

son sujet emprunté à un texte Bouddhiste:

Un Sermon sur le Moment, comme si

quelque verset savant émergeait encodé d’un lit de rivière

quelques lignes effilochées qu’il lit à Santa Fé

Un jour au début de l’automne lorque le destin le conduisit

vers un amour mortel, de nouveau –

c’est du moins ce dont il se souvenait.

10. Si le silence fonde la contemplation,

laisse la lumière choir gentiment sur l’audition

Les yeux de Siddharta étaient un charme glorieux

un regard instillé de lumière de diamant         

Toute la distance pour Andromède et en revenir

Nul cosmos sans éloge

et nulle manière de libérer

si ce n’est par une parole unique.

Evam maya shrutam

“C’est ainsi que j’ai entendu”

O combien profondément cachée est la source

et graines sombres, nous sommes semés

là où les amnios soupirent

une ancienne mer

porte des enfants du Vide, le vent

se lève et tourne à l’Ouest

au crépuscule

une danse d’ormeaux

va faillir

et pauser

et un simple tremblement des rameaux bordés de dentelle

impriment un éventail

de veines s’obscurcissant

contre le ciel

de rose palissant

veridian layered high above the Jemez

La Vereda au crépuscule n’est que premier plan

sombrant dans des ombres croissantes

des fontaines silencieuses

jaillissent de troncs élancés d’ormeaux

plongés dans le sol nourricier du haut-désert.

Baptême dans le sang et l’amnio

rose et or tourbillonnés par des marées lunaires

La Terre nous rêve

Dès les premiers sillages de lueur

des vrilles de sang sur la peau non née

lumière de rosée impulsant des synapses

poussée d’aube vers le dendrion

yeux de raisins en amnio

baillant d’y entrer

Des pélerins en partance pour un paradis barbare

s’amarrent pour un moment dans le Temps de Rêve

et y trouvent un port au grand coeur

où le désir mute dans les cinq directions

avant que la matrice bégayante ne s’effondre

Oasis frêle pour un mirage estampé de sang

bardo filé au foyer

où la soif séduit tel un refuge

et lorsque le rêve s’effondre

Le soleil couchant dans le Sangre de Christos

peut être mépris pour un coeur abasourdi

éclatant aux coutures

laissant tout son sang exploser

en une inondation maussade

de lumière couleur de prune

le soleil couchant houle sa dernière étoffe sur Terre

des piles de lentes rides

la stupeur de lueur pastel

vernis sur satin

 

SLOKA 3: Aengus et Etain

12. “Quel monde désolé”, songea Asuramaya

Sa consorte maintenant en essence était Rohini, celle d’Antarès

géante rouge dans le Coeur du Scorpion, qui répliqua

à la mode d’Andromède, le parler crépusculaire que les dakinis profèrent

rejetant les paroles au profit de jaillissements télépathiques parfaits

afin que la conversation advienne et se déploie en pulsations de silence rythmé

une pause fluctuante et aisée après l’autre

“Souviens-toi de ce Long Chen Pa aurait dit”, entonna Rohini,

réconfort du mental. Instantanément sa pensée

translata la sienne, leurs souvenirs

se communièrent, de bouche à oreille,

tissèrent un parchemin où des lettres d’indigo

silhouettées d’ocre

rédigeaient de nouveau l’idée formulée:

J’ai élucidé au bénéfice des générations futures

la signification du mode suprême de vie.

Cette approche de la vie procède d’une créativité

spontanément parfaite et universelle

au coeur de l’expérience.

Cette approche n’est pas un processus graduel de développement personnel:

grâce à elle, tu t’éveilles réellement à ce qui est, dans le maintenant.

“Oubliant cela”, observa-t-elle, “quiconque pourrait être excusé

lorsque cherchant désespérement un indice-”

“Excusé mais non pas pardonné-”

“Parce que tous les indices du monde-”

“Ne comptent pas-”

“Si tu ne sais pas quel crime a été commis-”

“Quelle erreur-”

“Ou omission-”

“Quelle matière d’imprécision-”

“Quelle solution insensée-”

“Ou quelle attribution vrillée”

Ils soupirèrent longuement de concert.

 

SAISONS ET COMPAGNIE

A ce moment-là, la rosée mandarine de l’année Persidienne s’évaporait lentement au travers de la ligne d’arbres sur le Mont Basho. Son parfum en partance agitait les longues feuilles de l’impanate cherry et relâchaient l’ondulation dans les vrilles qui descendaient le long de son tronc à la base en forme de cloche. L’immense arbre saponineux, une relique des odes Confucéennes, frissona extatiquement en ses racines. Les feuilles déploient quelques futures permutations du discours de Long Chen Pa.

13. Asuramaya fut encouragé à regarder encore

glissant encore plus profondément en ce monde désolé

si adéquatement nommé

Jambudvipa

“terre emplie du son du fruit chutant”.

“Une simple paraphrase suffirait-elle peut-être”, suggéra Rohini

ses lèvres pressées muettement aux sons

“En guise d’explication de ce qui se passe sur Terre-”

“Pour provoquer cette confusion douloureuse-”

“Et appauvrir ainsi la sagacité native-”

“Comment une planète destinée à une expérimentation divine-”

“Berceau douillet d’espèces en mutations-”

“Réceptacle de spores lumineux de la Carnation Pléromique-”

“Devint un vulgaire bazar-”

“Ne sera pas facile à élucider.”

Rohini tapota sa lèvre inférieure, façonnée

tel un pétale jaune de sumi, du bord

d’un pétale jaune de sumi

en laissant un joyau forgé de pollen

suspendu au coin de sa bouche.

“En poésie ou en prose-”, ajouta-t-elle, omettant un battement

“Moins dira plus-”

“Mais la prose permet d’en dire plus”.

Ce fut l’aube durant tout le matin

C’était la mue

et cela allait muer/

Les grues bleues nichent dans les nuages de mousse.

“Les livres sacrés d’Aengus et d’Etain-”, s’aventura-t-elle en touchant

le plexus du coeur d’Asuramaya avec la tige

tremblante d’une herbe jumna

“Ne m’entraîne pas de nouveau sur cette voie”

“Au moins, tu ne peux pas prétendre n’avoir jamais essayé”

C’est ainsi que, pour ne pas prétendre, il le fit, prenant la tige pour écrire

de sorte que le script se réflète dans le regard de Rohini.

14. Autrefois un solitaire égaré dans la marée des mythes,

Un paria, un garçon aux pieds nus ensorcelé par le paysage marin

Lourds de brume d’or les yeux de l’enfant

étonné le jour où sous un soleil tournant au bordeaux

il vagabonda sur le rivage déchiqueté

telle garance égouttée d’un air salé

ses rêves étaient nés et peints là-bas

imprimés

pore à pore

rare ambiance et

et enroulé en une signature torsadée

si désireux

chaque cellule pour goûter la marée.

Il le savait en son corps alors,

une fois et toujours

car cette connaissance est charnelle

est inscrite en spire d’acide.

15. “Hélas, la rime ne peut pas être translatée”

“La syntaxe va s’effondrer mais tu le savais bien”, répliqua-t-elle

son torse s’orientant vers le Dharma Vane. Là,

délicieusement en flux

ensemble ils moissonnent ses mémoires

jumeaux.

Croisant sous le vent du Vane, leurs coeurs consorts

formaient un instrument unique tout comme le menat

suspendu sur la poitrine d’Hator, emblème et organe,

ressemblant à une Constellation qui se déploie dans les cieux méridionaux

d’Arcturus à Aldébaran, lingam et yoni en un seul vaisseau

“réputés régénérer le pouvoir de reproduction dans l’après-vie”

mais pour leur mission consacrée et leur vision unique, c’était un oeil fructifère

qui voyait la lumière transformant le temps en une vague si lente à briser

si extatiquement retardée la lumination se rompt et divague

ce déploiement langoureux sur les berges fractales du Récif

La Couronne Boréale

rare diadème d’étoiles en demi-cercle, révèle un lagoon noir

tendre refuge d’entités qui se noient dans le Rêve de Vishnu

des passions emportées sur la vague déferlante et une envie inaudible

pour le retour perpétuel de l’amour à Alfecca, à Nusakan,

coeur de corail dans la couronne d’Arianne.

Et de Nusakan, promptement vers la lumière de Vega, le désir en fusion

constelle la queue brillante de leurs codes gémellants où le ressac

bouillonne du Récif et sombre en des arcs toujours plus larges,

clairs et gélatineux en anneaux toroïdes autour de l’Apex Solaire

ornent les falaises sombres en plein est du Cygne, des isophotes galactiques

signalent leur rituel de passage à Shelliac, à Sulafat et

et circumambulent l’Anneau, désir fantôme en spires de nuances fumées

… au-delà du Val du Cygne une lumière duveteuse

en appelle à l’aura douce de Vega, porteuse de Terre,

la coquille de la nuit Orphéenne est de la tendresse vivante

et voile le fruit qu’ils engendrent

étreinte lyrique en délice gracieux, en saphir pâle l’augure et l’arc-

le signe de Ma’at, l’Etoile Vautour réciproque leur silhouette

se dissolvant lentement.

Ils virent de bord et broûtent le bout de l’aile du Cygne et

se retournant pour contempler le long chemin vers le foyer

vibrent en regardant au travers de la Lyre sacrée comme si une membrane

pinçait les cordes et les veines minérales en-dedans de la Terre

préservait leur chant parmi les ombres

nul mot n’est perdu, nul envie accomplie

sans divination et consentement, le mélange primordial de l’amour

et le mécontentement fatal, le lustre de l’éphémère humain

sur le baiser né de la rosée

Et encore le courage n’abandonne pas son moment, ce rite:

de ressentir et de prodiguer la louange infinie.

Apercevant Vega dans le sillage, très loin derrière

Rohini rêva son chemin dans la rime, devina

les runes en triple temps, en tropes terrestres

et en tonalités tragiques procédant de vies entières en cavale

“La causalité tue”, entonna t-elle avec un sourire affectueux

en laissant les courants sous-jacents du Récif

les orienter discrètement vers M31

“Un adage Bouddhiste ne conviendra pas-”

“Si l’amour humain est si divinement empreint de Carnation-”

“Comment cela pourrait-il être dit autrement et rester véridique-”

“Qu’un amour perdu, juste un seul, propulsera l’histoire

cette Odyssée à l’oeil vert, cette saga d’un campagnard

un douloureux chagrin à Jambudvipa-”

‘Mais les ouvrages sacrés furent perdus, la naissance trahie /

le mariage consumé, ainsi l’amour n’était qu’un prétexte-”

“Si tendre est le récif, un peut en sauver un autre”, susurra-t-elle

et ils oscillèrent leurs torses fusionnés vers la Mer de Wending.

SERPENTAIRES ET COMPAGNIE

Durant une période mesurée routinement comme des siècles terrestres, les Bardes de l’Estuaire de la Mer de Wending observèrent comment le rivage de la Mer présentait une inversion de forme/fond par rapport au Serpent, le reptile entrelacé avec le yogi cosmique Ophiuchus, connu des érudits astronomes terriens comme le Serpentaire. Cela devint un rituel pour le poète et sa consorte, en transport rhapsodique, de passer par Vega et de con-sidérer le Cygne, telle une constellation en récif à la tête du Serpent. A partir du torse du yogi en transe, les étoiles du Serpent de Feu en contorsions constellaient un chapelet d’atolls-refuges égrenés ensemble dans l’archipel étincellant connu conne le Serpentaire, un site d’excursions/rêves parfumées mais incohérentes privilégiés par les Andromèdiens recherchant un enchantement de simulation d’isolement parmi les brumes déguisantes de marées des atolls.

Rohini pressa ses lèvres sur les siennes pour faire taire tout doute subséquent

“La colombe n’est jamais libre, est-il dit sur Terre

mais nous deux, nous nous unirons comme la main dans le gant”

Ainsi fusionnés, ils virèrent de bord au travers du Vane.

19. Nous évoquâmes, une fois, Aengus et Etain

Serait-il fastidieux de les évoquer de nouveau?

Tant de légendes sont prégnantes de sang

Un barde primordial suis-je à Elphin

et mon foyer originel est la région des étoiles d’été

Tant de légendes sont prégnantes de sang

Idno et Heinin m’appellent Merddin

Eventuellement, chaque roi m’appelera Taliesin

Je suis une merveille d’origine inconnue

Je suis allé en Asie avec Noé dans l’Arche

Je fus témoin de la destruction de Sodome et Gomorrhe

Je suis allée en Inde lorsque Rome fut construite

Je suis maintenant ici dans les vestiges de Troie

J’ai été avec mon Seigneur dans la mangeoire de l’ane

Je soutins Moïse dans les eaux du Jourdain

Je suis allé dans le firmament avec Marie Madeleine

J’ai obtenu la muse du chaudron de Ceridwen.

Tant de légendes mûrissent dans les gènes

Des myrtilles pour du sang

Pour dire ce que le mot signifie

regarde et attarde-toi où le regard

scelle la forme et le vide

le mental de par son augmentation lente

devient polyphonique dans les gènes et

coloré le choeur

décharge ses notes

l’une après l’autre

des baies

tranchées entre le pouce et l’index et mangées

sur la paume

chacune au goût unique

Comment le tout est.