Christos et Thelete: Révisions dans l’Histoire de Vision Sophianique

Je viens d’envoyer (en mai 2013) des corrections et des révisions, à mon éditeur US, Chelsea Green, concernant mon ouvrage Not in His Image (publié en Français comme La Passion de la Terre). Parmi les révisions, pour toutes les futures éditions de la version anglaise, quelques passages sont relatifs au rôle de l’Eon Christos dans la cosmologie Gnostique. Le propos de cet essai est d’expliciter les transformations que j’ai effectuées, quant au positionnement de Christ/Christos dans la cosmologie Gnostique, et les raisons qui m’y ont conduit.

Avant toute autre chose, j’ai transformé un détail-clé, dans la version en neuf épisodes de la narration sacrée, concernant la configuration de l’Anthropos (Episode 2): à savoir, en faisant de Thelete, et non pas de Christos, le partenaire de Sophia (son parèdre) dans la génération du plasme génomique de l’espèce humaine (l’Anthropos).

 

Fidélité Textuelle

Pour autant que je sache, on ne peut pas trouver le nom “Thelete” dans les Codex de Nag Hammadi et, rarement, dans les études afférentes au Gnosticisme. Thelete est l’un de ces noms fugaces qui dérivent dans les débris de la littérature Gnostique comme des cendres flottant dans l’air à la suite de la combustion d’une gigantesque bibliothèque. Le papier consumé a un nom écrit dessus, il flotte devant vos yeux… il a disparu.

En contraste, le nom “Christos” se retrouve, de nombreuses fois, dans la matière qui a survécu. J’ai écrit de longs essais quant à la difficulté présentée par les mots codés dans les écrits Coptes. Le code CRS, surligné, a été estimé, sur un mode routinier, indiquer “Christ” – même si christ ne finit pas par un S. Une observation rigoureuse de la signification originale requerrait de traduire CRS par Christos mais les érudits, très concrètement, le rendent par “Christ” – et personne ne bronche. Et, bien sûr, la plupart des lecteurs qui tombent sur le nom “Christ”, dans la littérature Gnostique, assument qu’il est question du Christ de Paul – celui du Nouveau Testament, le Rédempteur Chrétien, le fils unique de Dieu, etc, etc. Tout ce fatras génère une énorme problématique quant à l’interprétation de la matière Gnostique.

J’ai expliqué ailleurs, et de long en large, ô combien malencontreuse est l’équation directe CRS = Christ et je ne vais pas me répéter ici. Ceux qui suivent mon développement du Mythos de Sophia, à partir de ses sources textuelles, savent que j’insiste sur le fait de ne pas confondre Christ/os avec le rédempteur Chrétien. C’est déjà, en soi, une problématique. L’autre problématique concerne le rôle du Christos Gnostique dans la narration Sophianique. Pourquoi ai-je, originellement, désigné l’Eon Christos comme étant le partenaire de la Déesse de Sagesse en co-générant le plasme génomique humain?

La réponse est simple: en raison du respect textuel. Christos est textuellement évident, dans les Codex de Nag Hammadi, et dans ma restauration rigoureuse et intime de la narration, je souhaitais respecter l’évidence écrite. Mais cette preuve met en exergue deux rôles distincts qu’il nous faut élucider soigneusement: Christos en tant que co-générateur de l’Anthropos (Episode 2) et Christos en tant qu’agent de l’intercession (Episode 8). La preuve la plus formelle, quant à un accouplement Christos-Sophia impliquant les deux rôles, se manifeste dans le traité “Un Exposé Valentinien” (NHC XI, 2). Le passage qui décrit la répartition des trente Eons, dans le Plérome, est sévèrement endommagé, jusqu’à la dernière ligne:

«et il voulait [quitter] le Trentième [une syzygie] de l’Homme et de l’Eglise, à savoir Sophia, – afin de surpasser la Triacontade et d’accomplir le Plérome» (passage 31, NHLE p 484-5).

Je rappelle que les parenthèses droites [] indiquent des mots rajoutés par le traducteur et qui sont présumés être les termes manquants dans le document original.

 

Accouplement des Divinités

“Un Exposé Valentinien” décrit 30 Eons dans la compagnie intégrale du Plérome (à savoir ce Plérome au coeur de notre galaxie) mais d’autres sources donnent d’autres nombres, incluant 12 et 300. L’Eon Sophia est dite être la plus jeune de tous les Eons – planant aux marges du Plérome. Elle est diversement appelée la Trente et un et le Treizième Eon. Généralement, on ne peut pas faire confiance à Wikipedia pour ce genre de matière ésotérique mais, cependant, la page sur le Gnosticisme Valentinien présente un diagramme du Plérome avec les Eons accouplés – le coeur céleste des divinités accouplées. Et merveille des merveilles, le diagramme place Sophia en couple avec Thelethe!

Cet article couvre, correctement, les interprétations diverses et troublantes qui tourbillonnent autour de ces agences cosmiques – Sophia, Thelete, Anthropos, Nous, Christos, et d’autres – dont les relations mutuelles sont complexes. Pour l’intégrité et la cohérence de la restauration de la narration, deux relations sont cruciales: le parèdre de Sophia dans la configuration de l’Anthropos (Episode 2) et le soutien conféré dans la mission de sauvetage, ou intercession (Episode 8). Dans le système Valentinien, les deux exemples sont validés – pour autant que l’on puisse valider quoi que ce soit dans ce fouillis massif de matière fragmentaire que l’on appelle le corpus Gnostique Copte.

«Il voulut en lui-même, corporellement, quitter les puissances et il descendit. Et Sophia souffrit de ces choses lorsque son fils se sépara d’elle pour remonter».

Il pourrait être supposé que le prénom “il” indique l’Eon Christos, étrangement décrit comme le fils de Sophia. (Dans la littérature Copte, l’usage des pronoms est, de façon notoire, chaotique). Dans d’autres passages, Yaldabaoth, le Démiurge, est également qualifié de fils de Sophia. Dans le Traité Tripartite, d’inspiration Valentinienne, le nom de l’Eon Sophia n’est pas mentionné bien que le mot pour sagesse (en Grec, sophia) apparaisse. Ce traité identifie la déesse avec le monstre démiurgique qu’elle a accidentellement engendré. Le Néoplatonisme (3 ème siècle), et les systèmes Hermétiques ultérieurs, adoptèrent la position d’exalter le Démiurge au statut de cosmogéniteur, de logos du monde créé en ignorant, par là-même, l’Eon Sophia. On se demande bien ce qui se passe.

Pour en revenir à l’épisode dans l’Exposé Valentinien, il existe un passage par lequel l’Eon s’adresse à l’Origine:

«Il est vrai que j’ai [renoncé] à mon parèdre (syzygie). Donc, [je suis] au-delà de la confirmation. Je mérite les choses (c’est à dire les passions) que j’éprouve. Je demeurais auparavant dans le Plérome, émanant les Eons et portant de la semence avec mon parèdre. Et elle savait qui elle était et ce qu’il était advenu d’elle. Tous deux certes avaient souffert; ils dirent qu’elle riait parce qu’elle restait seule et qu’elle  imitait l’Inconcevable. Alors qu’il dit quelle [rit] parce qu’elle s’est coupée de son parèdre… (lignes manquantes)… Assurément [Jésus et] Sophia révélèrent [la créature]. Puisqu’après tout, les semences [de] Sophia sont incomplètes [et] sans forme. Jésus [conçut] une créature de cette [sorte] et le fit des semences et en œuvrant avec Sophia».

On ne peut pas plus clair que cela. A noter “Assurément [Jésus et] Sophia” indiquant ce que les érudits ont ajouté entre parenthèses. Cette interpolation se trouve dans la ligne 35.10 […. IHS MN]. IHS surligné est une abréviation rendue, de façon routinière, par Jésus. Dans ce passage critique, non seulement les érudits traduisent IHS par Jésus mais ce sont eux qui ont inséré le code pour Jésus, dans la ligne endommagée, en premier lieu. Voilà la preuve que présente la vision Valentinienne selon laquelle Jésus – et par conséquent, l’Eon Christos – s’accoupla avec Sophia pour configurer le génome humain, l’Anthropos. C’est une preuve relativement maigre, pourrait-on dire, mais c’est mieux que rien.

Afin de me préparer aux objections quant à ma restauration de la narration sacrée de la cosmologie Gnostique – que je m’attendais à être perçue par les experts comme de pures divagations – je choisis d’adhérer étroitement aux preuves textuelles dans la première édition de mon ouvrage La Passion de la Terre. C’est pour cela que je sélectionnai Christos plutôt que Thelete en tant que parèdre de Sophia dans le second épisode – qui décrit un acte créateur de génération dyadique, l’accouplement des divinités. Dans le système Valentinien, Christos est son parèdre, oeuvrant au sein du Plérome, mais également le vecteur de l’intercession: «Il voulut en lui-même, corporellement, quitter les puissances et il descendit. Et Sophia souffrit de ces choses lorsque son fils se sépara d’elle pour remonter». Ma restauration du mythe inclut maintenant le premier rôle mais pas le second. Initialement, j’étais très enclin à faire de Thelete son parèdre – en cohérence avec la perspective du Gnosticisme Séthien dont je m’inspire – mais je mis de côté mes intuitions pour la raison stipulée ci-dessus. Aujourd’hui, et cinq ans plus tard, il m’est absolument impératif de remplacer Christos par Thelete dans l’Episode 2 qui décrit la configuration de l’Anthropos au sein du Plérome. L’Eon Christos reste le compagnon de soutien et de route dans l’Episode 8 qui se déroule à l’extérieur du Plérome.

 

Scénario de la Déesse Déchue 3.0 en Evolution

Je suis heureux de pouvoir dire qu’une ardente participation de groupe dans le développement du Scénario de la Déesse Déchue – en cours, depuis juin 2011, lorsque j’ai initié l’Expérimentation de Navigation Gaïenne – a permis et soutenu mon processus de révision. Ainsi que je l’ai expliqué dans une causerie récente, l’Expérimentation de Navigation Gaïenne a renforcé ma confiance dans la maîtrise de la narration sacrée. J’ai élaboré la première version du Mythos de Sophia strictement à partir des sources textuelles – sous la forme du Scénario de la Déesse Déchue 1.0. C’est la version en neuf épisodes que l’on trouve dans mon ouvrage La Passion de la Terre et sur mon site Metahistory: “La Chute de la Déesse de Sagesse”. Suivant cette version, l’histoire s’est développée en Scénario de la Déesse Déchue 2.0 et couramment en Scénario de la Déesse Déchue 3.0. A la conclusion de l’ Expérimentation de Navigation Gaïenne en mai 2014, l’histoire de vision aura évolué en Scénario de la Déesse Déchue 4.0 incluant ces nouveaux éléments du scénario qui ont émergé, durant les trois années, depuis l’initialisation de la Correction de Sophia.

Cette élaboration du Mythos Sophianique est un fantastique accomplissement, une expérimentation sans parallèles en “mythologie créatrice” – pour emprunter l’expression de Joseph Campbell qui l’introduisit en termes intellectuels mais qui ne l’appliqua jamais concrètement.

Je propose ces notes à tous ceux qui sont couramment en train de lire La Passion de la Terre. Novembre 2013 sera le 7 ème anniversaire de sa parution en anglais. Les lecteurs de cet ouvrage continuent de se multiplier, sur toute la planète. [Il fut publié en Français en janvier 2011]. Le scénario complet de la narration sacrée des Mystères, révélée dans mon ouvrage, est pour la première fois accessible au monde entier. Si nous sommes réellement au sein d’une expérimentation divine conçue par la Déesse de Sagesse, on ne peut que se demander ce qui pourrait se manifester dans le mental humain si l’histoire de cette expérimentation était reconnue , partagée, débattue… Une révélation ouverte de l’histoire impacte-t-elle l’expérimentation qu’elle décrit? Cela reste à voir. En tout cas, telle est l’opportunité exceptionnelle, de ce moment précis, dans l’Histoire humaine. En tant que restaurateur du Mythos de Sophia, je considère impératif que tous les lecteurs soient informés quant à cette correction cruciale dans la première édition de mon ouvrage.

Note: le texte ci-dessus comprend une note de quatre pages pour tous les lecteurs de l’édition anglaise de la Passion de la Terre. J’inclus ici les révisions notées dans les traductions dans les autres langues: Français, Espagnol, Allemand et Italien.

 

Rédaction Gnostique de Scénario

Le Traité “Un Exposé Valentinien” pourvoit une opportunité de percevoir comment les Telestai oeuvraient sur le Mythos de Sophia par élaboration continuelle – tout comme des équipes de rédacteurs collaborant sur un scénario long et complexe. Les érudits modernes aiment beaucoup citer Tertulien, le pourchasseur de Gnostiques, qui disait que «les Gnostiques divergent sur de nombreuses problématiques même avec leurs propres fondateurs». C’est vrai mais la question est de savoir comment exactement ils divergeaient?

J’admet que les Telestai, oeuvrant sur la matière au coeur du Mythe, puissent avoir considéré diverses versions – ainsi que leurs explorations visionnaires permanentes les incitaient à le faire. Ils ne divergeaient pas, ultimement, sur l’arche de l’histoire mais travaillaient sûrement avec plusieurs versions afin d’arriver à une narration adaptée à l’enseignement et à la transmission. Ils inventèrent méticuleusement – mais aussi rigoureusement – en prenant un soin extrême à rester dans l’authenticité du fil conducteur de la narration – l’équipe de l’Expérimentation de Navigation Gaïenne sait comment cela fonctionne. Il peut être démontré, en fait, que rester dans l’histoire, s’en tenir aux éléments du scénario et approfondir les questions et les énigmes, qui émergent au sein du cadre narratif, suscite et guide, réellement, l’imagination humaine à enrichir et à extrapoler cette narration. Aucun autre mythe n’impacte la faculté d’élaboration créative de mythe de telle manière.

La narration de Vision Sophianique est la veine précieuse de l’imagination humaine.

Maintenant, nous allons prendre en considération la version Valentinienne et la comparer, sur quelques points, avec la version Séthienne du Mythos “en cours en ce moment” dans l’Expérimentation de Navigation Gaïenne. [Note: la pagination est issue du Volume V of The Coptic Gnostic Library. Publié par Brill / Leiden Boston Koln, avec le Copte à gauche et l’Anglais à droite].

Ce traité est connu pour soulever plusieurs questions quant à des vues diverses concernant trois problématiques de la sotérologie Gnostique: la nature de l’Origine, le rôle de la limite Pléromique (horos) et la cause de la séparation de Sophia du Plérome. Gardez à l’esprit que les pages du manuscrit de papyrus sont souvent endommagées et de nombreuses lignes sont totalement perdues – ou si fragmentaires à en être inintelligibles. Nonobstant, les passages d’ouverture d’un Exposé Valentinien présentent un aperçu époustouflant de l’Origine: en Copte PEIOT, également appelée la Monade, MONAS.

La racine de Tout demeure dans la Monade en silence, en tranquillité, puisqu’il n’existait nul autre avant. Son parèdre est Silence (SIGE)… De la part de tous, la Monade engendra une pensée étrangère, un mouvement… comme le jaillissement d’une source… Cette source seule est le projecteur de tout… Afin de se révéler, cela demanda une pensée concernant tout, le Monogenes (la Singularité). 22.20 – 24.33

La Monade engendre des singularités de pure potentialité qui, initialement, se configurent dans l’éventail des Eons en une propagation fractale via Dyades, Tétrades et ainsi de suite; et ensuite, les Eons, les Générateurs, s’appliquent à développer ces singularités en expérimentations diversifiées. Les Générateurs, dans le Plérome, sont séparés des sphères cosmiques, en lesquelles leurs expérimentations se développent, par la Limite, HOROS. L’Origine pourvoit les conditions structurelles pour toutes manifestations en dehors de la Limite. Elle confère aux Eons les quatre pouvoirs de séparation, de consolidation, de génération de forme et de génération de substance. Les Générateurs, à leur tour, peuvent modeler des systèmes de monde avec des propriétés tangibles et sensorielles telle que la présence (prosopou: visage ou facette d’apparence, limite), valeur de temps (chronos), localisations ou points de source (ropos) et les similitudes ou archétypes (archoi). 26.31-38

«… de ces endroits, l’amour (agape) est émané [qui imprègne] l’entièreté du Plérome». 27.18-22

blackhole-1
Le mental humain lutte, souvent, pour imaginer des choses sans savoir ce qu’il cherche réellement à imaginer. L’illustration ci-dessus “d’un trou noir sans singularité” se rapproche de la visualisation de l’Origine en tant que vortex de Lumière Supraorganique. Les trous noirs sont des fictions mathématiques. Dans la vision Gnostique, le trou noir présumé, au coeur de notre galaxie, est la présence de l’Origine.

La source des mondes manifestés est l’amour divin. Tous les Gnostiques auraient été d’accord sur ce point.

[L’Origine] projeta à la fois le Verbe (Logos) et la Vie. Le Verbe est pour la gloire de l’Ineffable tandis que la Vie est pour la gloire de Silence et l’humain (RHOME) est pour sa propre gloire. 29.28-34

Dans cette version Valentinienne de 39 pages de papyrus, sévèrement endommagées, une mention explicite de Sophia se retrouve en page 31, ligne 3:

«34 [Et] il voulait

[quitter] le Trentième —

36 étant [une syzygie] de l’Homme et de

l’église (ekklesia), à, savoir, Sophia —

38 surpasser [la Triacontade et] amener le Plérome».

Il manque ensuite 34 lignes. Pour vous donner une idée.

A partir de la page 33, le texte est beaucoup mieux conservé. Il présente une brève narration de la descente de l’Eon Christos en-dessous des limites. Et ce qui n’est pas commun, le nom CHRISTOS est épelé complètement (33.17) dans un Exposé Valentinien lorsque partout ailleurs, il est indiqué par le code CRS. A noter qu’il s’agit de Christos, dans le texte Copte original, et non pas de Christ – mais les érudits l’abrègent en Christ. Et ensuite vient la ligne mentionnée ci-dessus: «il ne voulait pas accepter la souffrance» (33.23-24) qui fait sans doute référence à la descente de l’Eon. La question se pose donc: quelle sorte de souffrance est impliquée, si tant est, par l’intercession Christique? Et aussi: par quelles émotions Sophia passa-t-elle comme conséquence d’être passée au-delà de la Limite? Ce sont des questions relatives aux facultés et aux réactions d’empathie d’entités supra-humaines. Vous pouvez parier que les Telestai avaient de nombreuses discussions animées quant à ces aspects afin d’accéder à une compréhension approximative qui ne soit pas totalement ennuagée et pervertie par des suppositions anthropomorphiques.

 

Correction en Cours

33.28 lit «depuis sa volonté de correction». C’est l’une des rares occasions où l’on trouve le mot Grec DIORTHOSIS dans les Codex de Nag Hammadi. Puis vient le passage en lequel Sophia est dite rire de sa situation. «Ils dirent qu’elle rit puisqu’elle resta seule et imita l’Incontenable» (34.34-37). Est-ce un rire de défi engendré par une audacité outrancière? Quant à moi, je dirais que non. Cette ligne touche à un point de divergence entre les conceptions Valentinienne et Séthienne quant à la “chute” de Sophia. Dans le système précédent, Sophia en vient à être séparée du Plérome en raison de son désir de connaître  l’Incontenable, l’Origine, et d’agir de même – à savoir, d’agir seule, d’une manière singulière. Le texte affirme qu’elle veut imiter l’Origine: ce qui revient à produire une singularité par elle-même. Dans le cours normal des affaires cosmiques, l’Origine libère une singularité de potentiel indéterminé qui est alors réceptionnée et configurée en un système de monde expérimental par les Générateurs.

Selon la conception Séthienne, Sophia plongea du coeur galactique en raison de sa fascination excessive pour le talent de l’Anthropos. Après avoir observé le plasma génomique anthropique se disséminer et émerger en neuf mondes différents, elle rêva d’une dixième expérimentation qu’elle gérerait par elle-même – sans la collaboration d’un autre Eon agissant en syzygie. Ayant étudié les neuf expérimentations qui faillirent, Sophia s’imagina réaliser une descente avatarique dans le système de monde à trois corps de son rêve solitaire – la Protennoïa Trimorphique. Telle fut sa compassion pour l’Anthropos et son sens de la responsabilité pour son destin…

Mais par là-même émergea un autre problème pour l’Eon Sophia: dans son rêve solitaire, elle chercha à pourvoir un environnement fait sur mesure pour la dotation de l’Enfant Lumineux afin qu’il puisse  bénéficier de chances optimales de maîtriser les inclinations qui provoquèrent la faillite des expérimentations antérieures. Pour ce faire, Sophia du avoir recours à la technique de débobinage narratif appliquée par les Eons plus anciens qui savent comment mettre en place “la boite de Pétri” de laboratoires planétaires selon des spécifications prédéterminées. Mais Sagesse est un jeune Eon qui ne savait pas comment maîtriser cette méthode. En la tentant, elle fut expulsée du coeur Pléromique vers les bras galactiques.

Ainsi, selon la conception Séthienne, le désir exceptionnellement intense de Sophia (enthymesis) combiné avec son inexpérience, quant à la gestion des projections Eoniques, provoqua sa chute. En reconnaissance de cette association de traits, les Telestai la nommaient “Prunikos”, “téméraire, extravagante”. Comme ses flux Eoniques de Lumière Organique se mélangèrent avec la matière granulaire non raffinée du Dema (zones de matière élémentaire dense) en générant sa matérialisation dans un corps planétaire, ils la nommèrent la “Putain de Sagesse” – la déesse céleste qui s’expose ouvertement dans les phénomènes naturels et sensoriels des mondes inférieurs. Le mot Grec pour prostituée, “porne”, vient d’une racine signifiant “vendre, trafiquer, échanger”. Sophia échangea son statut Eonique contre la métamorphose en une planète. C’est une prostituée parce qu’elle adopta une masse et une apparence matérielles en échange de se révéler dans sa magnificence nue – en révélant la gloire de sa Lumière Organique dans les régions du Dema.

Vient ensuite un passage avec une description relativement explicite de l’événement d’intercession. A noter que cet événement est collaboratif: l’Eon Christos ne dirige pas le processus seul mais il procède avec Sophia en tant que parèdre (syzygie):

Sophia oeuvra avec lui… (35.16-17)

Car puisqu’ils sont des semences (sperma)

et [sans forme, morphe], il descendit

[et amena] ce

plérome [d’Eons] qui demeurent en cet

endroit (ropos) [puisque même ceux qui sont créés de]

ces [Eons sont de] la forme (typos) du [Plérome]

et [l’Incontenable] Père (PIOT)

Le Non Créé

[conféra la forme] du non créé

et c’est du non créé

que l’Origine émane

dans la forme. Mais la créature

est l’ombre des choses préexistantes.

De plus, ce Jésus (IHS) créa

la créature (krisis) et il oeuvra

à partir des passions (pathos)

entourant les semences. Et il

les sépara les unes des autres

et les meilleures passions il introduisit

dans l’esprit (pneuma) et les pires

dans le charnel (sarkinou). Maintenant,

les premières parmi [toutes] ces passions

– sept lignes manquantes

… lui, [puisqu’après tout] Pronoïa

causa [la] correction de projeter

des ombres et

des images (eikone, icônes) de [ceux qui] existent [du]

premier et [ceux qui] sont [et]

ceux qui seront.

35.18 – 36.15

Voilà, de nouveau, vous avez une idée de ce qui se passe. L’interprétation Valentinienne attribue un rôle supérieur à l’Eon Christos mais, même ainsi, Sophia joue son rôle en opérant des sélections – incluant la “créature” étrangement nommée “krisis”. Je dirais que ce terme signifie la vie animale en incluant l’élément critique de la vie animale dans le monde de Sophia – l’espèce anthropine. Ce terme indique, spécifiquement, des créatures articulées et les grandes formes de vie animale plutôt que les formes de vie microscopiques et moléculaires. Il est frappant de voir que Pronoïa (l’intention projective: la capacité de prévoir ce que l’on fait avant de passer à l’acte) joue un rôle correcteur dans l’intercession. En fait, on pourrait dire que l’intercession est un prélude à la correction qui est actuellement en cours, une sorte de correction préparatoire. Doter les créatures et les processus de vie de Pronoïa signifie, tout simplement, les rendre téléologiques. C’est ainsi que les mousses et les levures peuvent découvrir leur chemin vers la nourriture. Sans mentionner ce que d’autres espèces plus articulées peuvent réaliser.

La cosmologie Sophianique est-elle compatible avec la Théorie Gaïa? Et bien, la Théorie Gaïa “pure et dure” assume la téléologie au sein de la Nature dans son entièreté. C’est mon plaidoyer.

Il y a encore plus dans ce passage, tout autant dense et complexe et non moins obscur. Mais la collaboration entre Sophia et Jesus est indiscutable:

«Mais la syzygie est [le complet (teleios)] et Sophia et Jésus (IHS) et [les anges (angelos)] et les semences (sperma) sont [des images (eikon)] [du] Plérome». 39.13-16.

 

Romance Eonique

Il ne serait pas élégant de vous soumettre à cette analyse grammaticale atroce d’un Exposé Valentinien si je ne citais pas cette ligne incomparable, qu’il contient, affirmant l’une des propositions les plus primordiales de l’Instruction Gnostique:

«Car c’est la volonté de l’Origine que rien ne se déroule dans le Plérome si ce n’est en syzygie». 36.28-32

Ce traité est réellement un valentin Gnostique en raison de cette ligne ainsi que de la conclusion heureuse de l’intercession:

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Extrêmement rare illustration de Jésus dansant avec Magdeleine. Psautier de Paris Eadwine

«De plus, lorsque Sophia [reçoit]

son parèdre et Jésus

reçoit le Christ (CHRESTOS) et les semences

et les anges, ensuite [le]

Plérome recevra Sophia

avec joie, et le Tout

sera réuni et

réconcilié (apocatasis). Car par cela,

les Eons ont été augmentés;

car ils savaient que

s’ils changent, ils sont

sans changement».

Magnifique. Cela semble être une syncopation et une réharmonisation intégrales de la vie dans la biosphère – la prospective merveilleuse notée durant le cycle de Mirita.

Finalement, pour continuer, tout un chacun pourrait se demander pourquoi Jésus (IHS) figure dans les passages d’intercession – plutôt que Christos. Et pourquoi il est dit que: «Jésus reçut le Christ et les semences sont les anges / AGO IHS NF CHI MPECHRESTOS MN N[S]PERMA ME NAGGELOS»? Cela vous pose question, n’est-ce pas? En fait, voilà, je penserais que cela va de cette façon. IHS pourrait coder pour Iesos, le “guérisseur”, un nom alternatif du “Mesotes”, “l’intermédiaire” – qui à son tour est le nom de l’Eon Christos en tant qu’acteur au sein de l’intercession. La lettre H est le Copte e. IHS = Iesos ou IHS = Christ, faites votre choix. Jésus et Iesos sont des cognats et, j’ose le dire, Iesos est fondamental pour les enseignements Gnostiques. Prenez en considération ces variations:

MPCHRESTOS : le Chrestos, « le bon »

IHC : JES, « Jésus »

IS : JS, « Jésus » ou Iasius?

PXRISTOS : le Christos

XRS : christos ou chrestos

XS : CHS, idem

Beaucoup plus de versions pourraient être citées. Prenez, également, en considération ce commentaire dans Shamanism and the Drug Propaganda de Dan Russell (page 224): «De nombreux Gnostiques pratiquaient l’ingestion d’enthéogènes et en vinrent à identifier l’enthéogène avec Iasius, “le Guérisseur, Jésus”». Et finalement, je peux tout aussi bien signaler un passage dans les Codex de Nag Hammadi, discutant de diverses versions de Christos dans le “Traité sur la Résurrection”, comme témoin: «Il est possible que, comme dans les autres contextes Gnostiques, le nom “Christ” soit rendu exclusivement par “chrestos”… afin d’éviter toute association du Sauveur authentique avec le Dieu Créateur ou tout être de chair humaine». Démontrant ainsi une cassure nette avec le concept Judéo-Chrétien de Christ le Rédempteur qui est un humain de chair envoyé par Dieu le Père.

Avant de nous arracher à la tâche charmante de renifler la trace des miettes de pain des Codex de Nag Hammadi – la Bibliothèque Copte Gnostique – ne manquons pas l’affirmation étonnante selon laquelle “les Eons sont augmentés” par ce que Sophia et Christos réalisent par l’intercession. Pourquoi? Parce que l’intercession garantit le succès de l’expérimentation en termes Eoniques – et les Eons gagnent leur pari. Ils sont augmentés et enrichis mais pas réellement métamorphosés. Par contraste, lorsqu’ils perdent le pari, ils n’ont pas d’autre choix que de gager quelques étoiles périmées pour lever assez de billes pour le pari suivant.

Les divinités sont intoxiquées au jeu.

 

Chrismation

Ainsi, l’Episode 8 de l’Histoire de Vision Sophianique reste inchangé: l’Eon Christos réalise l’intercession pour soulager Sophia durant le bourgeonnement de biodiversité de la vie dans l’habitat terrestre. J’ai daté cet événement à l’Explosion Cambrienne – 585 millions d’années. Voyons pourquoi Christos est le plus adapté pour cette mission. Le nom Christos n’est pas un titre de divinité mais l’indice linguistique pointant vers une fonction. Le verbe Grec “chrio” signifie “oindre, enduire”. Baptiser en anglais se dit “to christen”. Christos est actuellement un adjectif: ho christos, “celui qui est oint”. C’est un titre plutôt que le nom d’une entité. Le nom “chrisma” fait référence à une substance pour oindre et, également, à l’acte d’oindre, l’onction. Le “chrisme” est le fluide de l’onction.

La fonction de l’Eon Christos – à la fois à l’intérieur du Plérome et en dehors, durant l’intercession – est de conférer du chrisme: il est de chrismer. La chrismation n’est pas un fait mystérieux de sanctification délivrant une bénédiction divine. C’est, bien plutôt, un phénomène manifesté au sein de l’intégralité de la Nature: une nucléation induite par des échanges fluidiques au travers d’une membrane – qui à son tour guide ces échanges. C’est une façon de décrire l’une des manières de fonctionner de la chrismation dans la Nature, mais ce n’est pas l’unique manière. A noter qu’une membrane poreuse possède une charge électrique. Les échanges fluidiques au travers de la membrane altèrent la charge. En même temps, la charge contrôle l’activité osmotique qui maintient la membrane. Toute cette activité est un effet de la chrismation et, en fait, c’est de la chrismation en action.

L’un des facteurs essentiels, et exceptionnels, de la vie organique est la présence de cellules avec des membranes poreuses. Le corps humain est un amas massif de telles cellules, imprégné à l’intérieur et à l’extérieur par de l’eau. Aucune forme ne peut exister lorsque l’intégrité de ses membranes cellulaires est détruite. Cela est vrai pour toutes les échelles de nature dans le cosmos. La chrismation est le processus qui établit l’intégrité cellulaire, ou la signature morphogénétique, requise pour qu’une créature puisse vivre au sein de ses propres limites. C’est cette signature qui détermine la créature.

Une narration remarquable de l’intercession Christique survit dans des textes anti-Gnostiques. C’est une paraphrase dans l’ouvrage d’Irénée, “Contre les Hérésies”, (Livre 1, Ch IV), qui présente une définition frappante de la chrismation:

«1. Les suivantes sont les transactions qu’ils narrent comme s’étant manifestées en dehors du Plérome. L’enthymesis de cette Sophia qui demeure au-dessus, qu’ils appellent également Achamoth (14) étant  déplacée du Plérome, ensemble avec sa passion, ils rapportent être pour ainsi dire, violemment excités en ces places de ténèbres et de vide [dont elle avait été bannie]. Car elle fut exclue de la lumière (15)       et du Plérome, et était sans forme ni figure, tout comme une naissance prématurée, parce qu’elle n’avait rien reçu (16) [d’un parent mâle]. Le Christ demeurant en-haut prit pitié de sa soeur Eon et s’étant étendu au travers et au-delà du stauros (limites du Plérome), (17) il conféra une forme à Sophia mais selon la substance seulement et non pas pour transmettre l’intelligence. (18) Ayant effectué cela, il retira son influence et s’en retourna, en laissant Achamoth à elle-même, afin que, rendue sensible de sa souffrance parce que coupée du Plérome, elle puisse être influencée par le désir de choses meilleures, tout en possédant, en attendant, une sorte de parfum d’immortalité laissé en elle par Christ et le Saint-Esprit» (la mise en couleur est mienne).

Conférer une forme signifie d’accompagner la morphogenèse par laquelle des programmes biologiques et instinctuels peuvent être maintenus “en course” au sein d’une myriade de contingences et d’activités diverses et variées. Ce faisant, Christos fournit une stimulation aux activités multi-tâches qui submergeaient Sophia en raison de son implication profonde dans l’immanence matérielle. Déesse seule sait combien il est confortable de bénéficier d’une assistance pour le ménage d’une maison. Et je le sais.

 

Orgonomes Reichiens

Un autre effet générique, et de grande amplitude, de la chrismation est l’invagination, l’enveloppement d’une partie par une autre qui forme des poches et des passages intérieurs – un processus biologique d’éminent intérêt pour Wilhelm Reich. Dans ses ouvrages, “Ether, Dieu et le Diable. Le fonctionnalisme orgonomique” et “La superposition cosmique”, Reich décrit extensivement la formation “d’orgonomes”, ou formes vésicales qui sont présentes dans l’entièreté de la Nature. La vessie est un noyau invaginé. Le chapitre IV de “La superposition cosmique”, intitulé “L’orgonome vivant”, peut être lu dans son entièreté comme un commentaire sur la chrismation et sur la morphogenèse organique et cellulaire. Reich décrit l’orgonome, la cellule nucléée primordiale, comme un têtard ou une vésicule en forme de spermatozoïde. Dans l’intercession, Christos et Sophia «oeuvrèrent à partir des passions (pathos) entourant les semences (sperma)». Ce faisant, ils peuvent avoir oeuvré par superposition orgonotique, ainsi que Reich décrit la fusion conjuguée de deux vagues bioénergétiques. Je ne puis pas imaginer une meilleure description de l’accouplement des deux Eons.

L’imagination humaine a tenté de capturer cet effet en décrivant l’union Christos-Sophia de l’intercession comme un acte cosmique de fertilisation. Le langage du traité Valentinien suggère de même:

«Pour sûr, [Jésus et] Sophia révélèrent [la créature]. Puisque, après tout, les semences [de] Sophia sont incomplètes [et] sans formes. Jésus [élabora] une créature de cette [sorte] et la fit des semences pendant que Sophia oeuvrait avec lui». (Cité ci-dessus. Note: la signature morphologique “révèle la créature”).

Mais l’Eon Christos ne s’est pas impliqué dans une union sexuelle avec Sophia – tout comme s’il pénétrait et fertilisait son corps terrestre. L’effet de chrismation était, plutôt, d’induire une invagination dans de nombreux processus sur la planète – des processus qui englobent un vaste spectre allant de la sphère végétale (plantes succulentes, etc) jusqu’aux formations géographiques (grottes de cristaux, passages volcaniques, géodes…). L’impact de cet événement fut gigantesque et résonna profondément dans la mémoire humaine pour les éons à venir.  Afin de commémorer cet événement, les anciens peuples construisirent des structures mégalithiques massives, en forme de matrice avec un long tunnel d’entrée, la passage vaginal: ainsi, le tunnel menant à la chambre funéraire à Newgrange en Irlande, pour ne citer qu’un parmi des centaines d’exemples. Le passage souterrain de Newgrange est aligné avec le lever du soleil au solstice d’hiver de sorte que le premier rayon de soleil éclaire la chambre centrale en forme de matrice.

Bien que cela puisse paraître comme un acte sexuel – ce que l’on peut difficilement nier – l’aspect sexuel de l’orientation cosmique n’est qu’un image récurrente. Newgrange – et d’autres lieux dénommés par erreur des tombes de passage – commémorent l’acte de formation d’un passage vaginal et d’une matrice plutôt que de commémorer l’acte réalisé avec un tel équipement génital, lorsqu’il est formé.

Dans le mythe Celtique, Christos fut dépeint dans le personnage du dieu solaire Aengus, le dieu de l’amour. Sa partenaire était Boann qui donne son nom à la rivière qui passe près de Newgrange, la Boyne. Elle est dite être la mère d’Aengus mais, en fait, dans un sens plus authentique, elle est son amante. La même confusion de fils-intercesseur-amant se manifeste dans le traité Valentinien dans lequel Christos est appelé le fils de Sophia.

Les anciens visionnaires, qui détectèrent que l’Eon Christos s’approchait de la Terre par le vecteur du Soleil, décrivirent l’acte d’invagination d’amplitude cosmique comme une pénétration quasi-sexuelle de la Terre par un “rayon solaire phallique”. Le processus de nucléation, accompli par l’intercession Christique, a requis une saturation massive de l’atmosphère avec de l’eau, un brouillard épais qui se forme dans l’air comme des gouttes de rosée lorsque l’atmosphère est pénétrée par les rayons réchauffants du soleil du matin.

dewonspiderwebPhoto ci-contre. Rosée sur une toile d’araignée: exemple de chrismation, d’onction. Demandez-vous pourquoi l’humidité dans l’air ne se répand pas simplement le long des filaments de la toile d’araignée – comme cela se passe lorsque vous mouillez un fil en le passant sur votre langue. Au lieu de cela, l’eau forme des gouttelettes. Par quel principe? La réponse scientifique: les propriétés de l’eau, interagissant avec l’atmosphère, génère des gouttelettes. Comment l’eau a-t-elle acquis ces propriétés? La réponse scientifique: nul besoin de théoriser une cause métaphysique siégeant au-delà des phénomènes physiques; ces propriétés sont inhérentes aux éléments physiques. C’est correct: la cause métaphysique ou surnaturelle n’existe pas en dehors de la Nature – car il existe un élément surnaturel co-existant avec la Nature. En insistant sur le fait qu’aucun vecteur surnaturel ne se tient en dehors de la Nature pour lui conférer des propriétés naturelles, telle que la formation de gouttelettes, la science fait l’erreur d’assumer que de tels vecteurs n’existent pas du tout. Ne seraient-ils pas co-présents avec et dans la Nature? Reich mit en garde quant à cette «sorte mystique d’animation» dérivée de «la sensation organique pervertie de l’homme blindé». Je suis persuadé qu’une animation authentique peut être perçue, dans des états de conscience altérée, sans distorsion organique – au travers de l’utilisation sobre d’organes sensoriels vigoureux et en bonne santé.

La nucléation est toujours accompagnée de bourgeonnement et de transpiration, l’expulsion de gouttelettes et de gemmes. Dans la biologie et dans les sciences médicales, ces processus de reproduction asexuée sont appelés gemmation, gemmiparité, gemmulation.

C’est la signification cosmique de l’onction, de la chrismation. La gemmation, la transpiration d’amour des dieux.

 

Devas et Zuras

Ainsi, ces considérations concernant la révision de Christos à Thelete dans la narration sacrée pourvoient l’opportunité pour une abondance de découvertes et d’intuitions. En conclusion, je souhaite attirer votre attention sur un aspect particulier concernant les dynamiques des Générateurs, des torrents Eoniques. En complément avec l’insistance brillante de Reich, concernant les orgonomes et la superposition cosmique, veuillez considérer ce passage de la version du poème en prose, en 16 épisodes, du Mythos de Gaïa:

«Au sein du Devenir demeure la Résonance, l’onde de choc d’une singularité s’approchant…

A l’entour du coeur secret de la galaxie, les Eons transportés par cette Résonance en prélude s’accouplent. Par le jeu croisé de leurs flux, ils se métamorphosent lestement en divinités sexuées. Divinités assumant un genre afin de déployer au mieux leur intention multivoque. Elohim, Devas et Zuras, mâles et femelles. Les Devas sont de lumière blanchâtre, devenant plus étincelants, plus opales en leur tonalité, en se reployant dans les veines de minerai chocolaté, les distensions noires des Zuras enracinés au coeur. Fous/Folles d’excitation, les Devas éruptent d’extases qui propagent une conspiration d’éléments tempêtueux. Les Zuras maintiennent les minerais en fusion, en une suspension stabilisée.

Les courants se façonnent et perdurent; ils fondent ensuite et se reploient en vagues de matière primale, des ondulations vives de pâte céleste. Des torrents noirs s’arc-boutent aux rives lumineuses d’albâtre qui s’étalent en éventails de couleur maillée et se redissolvent en blancheur.

Les Zuras sont le mâle encoeuré par sa propre puissance, les Devas la jaculation femelle sans coeur des puissances. Tant complémentaires en leurs inclinations cosmiques, les Eons s’accouplent, dans la convoitise et la déconvoitise, perméables les uns aux autres.».

Veuillez noter cette distinction: les Zuras sont le mâle encoeuré/enchâssé dans sa propre puissance, les Devas sont l’expulsion femelle et périphérique (sans noyau central) de puissances.

Pour illustrer ce que ces mots signifient, imaginez que vous regardez un tuyau de jardin des plus communs. Vous ne voyez que l’extrémité ouverte du corps serpentin du tuyau: un anneau solide entourant le jet en rond d’eau qui en jaillit. Le tuyau qui enveloppe et dirige le courant d’eau est solide, c’est un revêtement. L’eau jaillissante est fluide. Telle est la dynamique d’Eon de genre mâle, “encoeuré par sa propre puissance”. Les torrents Eoniques mâles sont constitués de deux parties, le revêtement et le “flux”, le jaillissement au coeur.

Modifiez maintenant le tableau: imaginez que ce revêtement de tuyau est constitué d’eau courante sans jet, sans système interne. Ce que vous voyez, c’est un anneau de flux. C’est l’Eon de genre femelle sans coeur central. Pourquoi sans noyau? Le torrent Eonique de genre femelle ne possède qu’une bordure – pas une bordure avec un coeur comme le courant mâle. Cependant, il possède quelque chose à la place d’un coeur: le jaillissement permanent émanant de l’Origine, une fontaine de Lumière Supraorganique, la Lumière Obsidienne. Un Eon femelle, tel que Sophia, est un torrent de Lumière Organique qui se propage sur un mode concentrique dans le flux en anneau, avec rien dedans: “une expulsion sans coeur de puissances”.

Il est clair que la puissance encoeurante s’adapte à la puissance sans coeur. Les deux torrents peuvent tourbillonner dans les deux sens de l’horloge. Imaginez les combinaisons. Lorsque ces combinaisons se déploient, les formes générées par les Eons assument les inclinations de leur danse car les deux mouvements opposés des aiguilles de l’horloge ne sont pas toujours en équilibre parfait lorsque les Eons projettent leur Ennoïa dans les expérimentations. Si l »équilibre parfait prévalait, rien ne pourrait jamais émaner des Générateurs dans le coeur Pléromique. C’est ainsi que, dans la Nature, la plupart des formes exhibent l’asymétrie et la chiralité, “l’échec de la parité”, comme disent les scientifiques: mais les formes parfaitement symétriques n’en sont pas absentes, cependant.

coral1La formation des coraux imite, et répète, à certains égards, les actions conjugales des Eons mâles et femelles dans le Plérome. Voici un extrait de l’Episode 4 du poème en prose du Mythos de Gaïa:

«L’excitation grandit. Le magma du coeur est élastique et se fusionne entier dans le brisant ovale de coraux respirant. La singularité est maintenant divinée. Les courants cosmiques de lumière génératrice, noire et blanche, dont les configurations sont les Eons, reçoivent la singularité en leur regard fusionné, la reçoivent tel un nectar secrété par l’Un. Une saveur innovante et précieuse, un parfum tendu vers le futur. Sophia et son consort, l’Intentionné, sont captivés d’extase dans la quiétude de cette contemplation sublime. Tous les Eons s’accouplent. Tous les courants dans le magma de corail maintenant concentrique, composés en vastes choeurs de banquises».

 

Conclusion

Le développement du Scénario de la Déesse Déchue a confirmé, à mon esprit, que Thelete fut le partenaire Pléromique de Sophia et que l’Eon Christos fut aussi actif dans le Plérome – assumant la fonction générique de la chrismation: l’onction de l’Anthropos. Au niveau galactique, la chrismation prépara le plasma génomique de l’Anthropos à nucléer adéquatement et garantit ainsi qu’il ferait son nid dans le berceau de la Nébuleuse M 42 – où il avait été projeté.

La chrismation est nécessaire pour tous les processus de vie organiques. C’est un aspect général et omniprésent de la morphogenèse qui est évident dans de nombreux systèmes de monde organiques. Mais avec Thelete, quelque chose de plus spécifique entra en jeu, quelque chose de particulier à notre expérimentation. L’élément que Thelete ajouta au plasma de l’Anthropos fut la latitude conative, la capacité de faire face à la peur, même d’en tirer plaisir, de pousser le bouchon et de prendre des risques. Au fil du développement du Scénario de la Déesse Déchue en Expérimentation de Navigation Gaïenne, un portrait complet de l’Anthropos se détacha avec la contribution de Thelete clairement évidente. L’ajout de cette capacité spécifique ne pourrait pas avoir émané de l’Eon Christos et elle n’est pas compatible avec le processus clairement défini de chrismation.

Les membres de l’Expérimentation de Navigation Gaïenne se rappelleront que l’étoile El Nath, à la pointe  de la corne septentrionale du Taureau, représente Thelete et que l’étoile Al Hecka, près de la Nébuleuse du Crabe, représente Christos. (Dans les Briefings de Navigation, j’ai mentionné Sharatan, par erreur, qui est une étoile dans les cornes du Bélier, au lieu de Al Hecka). La corne méridionale déploie le courant féminin de l’imagination Eonique – qui se manifeste dans un spectre vaste de phénomènes biologiques de reproduction et de régénération. Par contraste, la corne septentrionale, qui se termine par l’étoile El Nath, déploie le courant masculin de l’imagination Eonique, la force de tuer évidente dans l’intégralité de la Nature – tout autant dans la prédation que dans la violence létale requise pour l’auto-défense.

Auriga-1L’étoile El Nath fait partie de la Constellation Auriga, le conducteur de char, un personnage d’autorité guerrière – positionné près de Persée. On peut associer Auriga avec le Roi du Graal blessé, Amfortas, dans la légende de Perceval. Mais ce personnage n’est pas limité à ses connotations royales et patriarcales. Assise sur le genou gauche du roi-guerrier se trouve une jeune chèvre, marqué par Capella, l’étoile scintillante. C’est “le chevreau, tombé dans le lait” – à savoir le néophyte des Mystères. L’écriture céleste conte l’histoire de la classe guerrière qui doit protéger l’humanité avec le recours à la force létale, si requise – afin que les enfants des Mystères Sophianiques puissent survivre et prospérer.

En perspective, il est clair que la chrismation joua un rôle, dans cete expérimentation, Pléromiquement (Episode 2: l’onction de l’Anthropos) et extra-Pléromiquement (Episode 8: l’intercession Christique). Thelete fit une contribution Pléromique à l’Anthropos – mais cet Eon participe-t-il, de quelque manière, extra-Pléromiquement, également? Je propose que oui: Thelete participe effectivement dans les événements, à l’extérieur du Plérome, en raison de son implication avec la Correction de Sophia – présentement en cours. Il n’est pas difficile de le déduire si l’on prend en considération la Constellation du Taureau. Dans la Correction, Thelete confère la force pour l’intention morale de risquer sa vie à fin de protéger la vie. La mort est une certitude pour tous mais la mort qui arrive, de par l’acte de protéger la vie, est l’appel spécial de Thelete, l’Intentionné.

Cela, ainsi que d’autres sujets, me convainc que le remplacement de Christos par Thelete, dans l’Episode 2, est authentique et sera confirmé par de plus amples validations.

Mai 2013 Andalucia