09. Le Glyphe d’Ollin

Je me souviens à peine de ce que j’écris d’un article à l’autre sur le site de la Métahistoire et je ne sais pas si cela vient de ce que je travaille sur un ordinateur ou de ce que je mange ou de ce qui me mange ou d’un bouleversement massif dans les éthers galactiques ou du fait que je prenne de l’âge. C’est plus particulièrement le cas pour la série de chapitres que je viens d’achever  sur la fin de cycle de 2012. Il me faut les imprimer, et les repasser au peigne fin, afin d’en répertorier les idées et les associations que j’ai traitées. Si l’auteur est obligé d’en passer par là pour maîtriser le sujet, que doit-il en être pour le lecteur!

 

Pléthorique 2012

Il est vrai que la pléthore est en partie imputable au sujet. 2012 est un fourre-tout débordant de spéculations enragées et de pures inepties. En passant au crible l’étude extensive de Goeff Stray, j’ai cessé de compter les ouvrages traitant de 2012 lorsque j’ai atteint les 50 (NDT: en 2011, cela a dépassé la centaine). Mais comment pourrais-je me permettre de montrer du doigt les tendances pléthoriques! Car il se peut que les thèmes et les idées que j’ai développés dans ces chapitres participent de ce même syndrome pléthorique: le cycle du Kali Yuga, Krishna et Osiris, l’axe Antarès-Aldebaran, les rites phylogénétiques de Dendera, la bataille pour mettre fin au patriarcat, les moments nodaux dans le programme théocratique, la résistance à l’Islam et aux peuples du Livre, la désintégration de l’ensorcellement de la narration Biblique, la fin de la foi et de l’intimidation par les fidèles (dans le chapitre “2012: Compte à Rebours”); la suite du Mouvement Romantique, l’émergence des tribus du Monde à Venir, la transmutation de l’ADN (Ollin), les Originels, les Orgiastiques, les Fertiliseurs, les Visionnaires, les Evolueurs, le modèle interactif de la symbiose Gaïenne, les théories machistes de planétarisation, le biomimétisme, le recul de la spiritualité de Nouvel Age (dans le chapitre “La Découverte du Monde à Venir”); les sorciers free-lance parmi les tribus, le jumeau de Quetzalcóatl, les Gnostikoi et le pouvoir du serpent, les facultés paranormales, les technologies du sacré, Kali en tant que destructrice du monde, le choc anesthésiant parmi les masses, les situations d’urgences spirituelles (Grof), l’inversion du champ magnétique de la terre, le retour au shamanisme du Paléolithique, le réalisme magique dans Castaneda, la quête d’une histoire maîtresse, Melville, Moby Dick et Mardi, une flambée de puissance émanant du coeur galactique, la Quête du Saint Graal, le visage bleu Maya, l’épiphanie des lions blancs, l’arrivée de l’âge glaciaire, la bilocalisation pour quelques chanceux et l’état proche de la mort pour toute l’espèce humaine (dans “Le Clan de Xolotl”); le cycle Aztèque dans “Mexico Mystique”, la localisation du coeur galactique dans le zodiaque, le contraste entre le Zodiaque Stellaire et le Zodiaque des Signes, le passage du point vernal dans les Poissons, les paramètres de l’Age des Poissons, l’heure de minuit du Kalpa, la visée de l’Archer, le transfert phylogénétique dans “Quest for the Zodiac”, l’embryogenèse spirituelle chez Oliver Reiser et John Major Jenkins, la correction de Sophia dans la perspective de 2012, l’orientation consciente vers le  mental Gaïen (dans “Etoiles sur l’Horizon de Fin de Cycle”) – nous ne sommes qu’à mi-chemin de la séquence et je pense que je vais m’arrêter là.

Après avoir achevé le huitième chapitre, la semaine passée, je me suis demandé si je pouvais sélectionner un thème unique, d’importance primordiale, dans tout ce que j’ai écrit sur le thème de 2012. Il s’avère que cela n’est pas difficile car j’avais ce thème à l’esprit depuis le début de la séquence: c’est le “mouvement”, illustré par le glyphe d’Ollin.

Vous vous rappelez peut-être du glyphe Aztèque d’Ollin mentionné dans le second chapitre, “La Découverte du Monde à Venir”. Cet élément du folklore 2012 n’a pas été, jusqu’à maintenant, très amplement traité. Geoff Stray ne le mentionne qu’à peine. De par l’accent porté sur la cosmologie Maya, la vision du monde des Mexica de Tenochtitlan prend la seconde place loin derrière celle de leurs voisins du Yucatan. A ma connaissance, personne n’a écrit un ouvrage appelé “le Facteur Aztèque” même si la légende du Serpent à Plumes appartient à ce complexe culturel et non pas à celui des Mayas. (Je considère le refuge de Quetzalcóatl chez les Mayas, à la suite de son humiliante défaite par le sorcier Tezcatlipoca, comme un script contrefait et accolé au scénario principal par des scribes prétentieux chargés d’embellir l’histoire). Le fait est qu’il n’existe aucune explication concernant l’horrible réalité de la civilisation Aztèque – une société guerrière cannibale organisée selon les normes de la Russie Stalinienne, telle que l’imagina Edgar Allen Poe – et concernant les événements troubles qui présidèrent à son effondrement. Il reste, cependant, que l’histoire Aztèque, avec ses thèmes de génocide religieux et d’intoxication morbide due à l’abus de certaines substances, peut receler les impératifs mythologiques déterminants de notre société Occidentale.

Ma conclusion: la légende de Quetzalcóatl, interprétée en termes d’une malédiction proférée par les Toltèques à l’encontre des Aztèques, explique la fin historique de la civilisation Aztèque; cependant, la culture Aztèque, de par son obsession religieuse avec le sacrifice et l’intoxication, est une préfiguration de la pathologie terminale de notre civilisation et il se peut bien qu’elle en présage la fin.

Je me demande parfois si l’accentuation sur les Mayas ne serait pas destinée principalement à nous distraire de la réalité sordide de la fin de cycle bien qu’il existe certains facteurs instructifs dans la cosmologie Maya, c’est le moins que l’on puisse dire, et une rencontre avec les guérisseurs au Visage Bleu de Palenque est toujours du domaine du possible… Je vous la souhaite, mes très chers amis.

 

Mouvement des Histones

Dans le calendrier Aztèque, l’âge du monde actuel est appelé Ollin et est dépeint sous différents glyphes. Ollin désigne le Cinquième Age ou “Cinquième Soleil” dans la cosmologie Mexicaine. On considère que cet âge va prendre fin avec du “mouvement”, à savoir des tremblements de terre, des déplacements de la croûte terrestre, l’effondrement des calottes glaciaires, la montée des eaux, etc, mais également avec “une transformation de la conscience, un mouvement de l’intellect”. J’ai souligné que le glyphe d’Ollin ressemble à deux brins d’ADN entrelacés. Il utilise un motif de trois dents et quatre encoches qui suggère les codons à trois lettres composés de quatre bases. Il est également réminiscent, et peut-être de façon plus vivante, de la structure des chaînes chromosomiques couplées. (ci-dessous, de Wikipedia: le chromosome eucariote tel qu’il apparaît lors de la division cellulaire). Le “mouvement” impliqué alors serait la permutation des histones, un processus biochimique mystérieux que l’on pense impliqué dans la transcription de l’ARN qui à son tour permet la reprogrammation de l’ADN.

A mon avis, le rôle des histones, dans le circuit ADN-ARN, constitue la problématique la plus fondamentale de toute la constellation de thèmes se rapportant à 2012. L’investigation de ce phénomène mène directement à l’épigénétique, un nouveau paradigme dans les sciences biologiques qui intègre la reprogrammation de la structure d’ADN grâce à un mécanisme moléculaire, la rétrotranscriptase (Voir l’ouvrage de Bruce Lipton, “The Biology of Belief”).

Ollin représente la reprogrammation au niveau génomique, le mouvement des histones. Est-ce le secret de la transpéciation, la manière dont Gaïa sélectionne les signatures génétiques qu’elle va ressusciter à la suite d’une extinction? Je me suis souvent demandé comment Gaïa pouvait créer une espèce entière à partir d’un seul spécimen. Comment peut-elle, à ce sujet, sélectionner un individu qui préfigure une espèce émergente? Ce n’est pas pour plaisanter que dans l’expérimentation à La Chorrea (“True Hallucinations”), le génie enthéogénique exigea que le sujet de l’expérimentation, Dennis McKenna, soit considéré, non pas comme un simple individu, mais comme une espèce à part entière et il semble que Dennis pouvait réellement s’exprimer en tant qu’espèce. Il y là amplement matière à réflexion.

Je caractérise le thème d’Ollin comme un mouvement des histones, indépendamment de la manière dont les Aztèques le comprenaient.

Mythologie Créative Appliquée 101: la symbologie mythique, héritée de toute race ou de toute culture du passé, véhicule un message de la psyché collective d’alors à la psyché collective de maintenant, indépendamment de ce que le symbole signifiait originellement à l’époque et dans le contexte qui le produisirent. Tout symbole se métamorphose au cours du temps afin de consigner, dans la psyché collective, un signal de navigation quant à l’endroit vers lequel l’espèce humaine se dirige au moment où elle y arrive. Ce processus directeur de transmutation symbolique, au travers du temps, est l’équivalent d’une transcription épigénétique au sein de la psyché plutôt que dans les gènes – c’est à dire en termes imaginatifs plutôt qu’en termes biochimiques.

Les histones sont des protéines dans la chromatine qui jouent le rôle de bobines autour desquelles l’ADN s’enroule, conservant ainsi les gènes en place. L’ADN est enroulé autour de huit histones à la fois, permettant une compaction élevée de séquences génomiques au sein du noyau de la cellule. Les histones fondamentales forment une unité de nucléosome octahédrique en enroulant 146 paires de base ADN autour de la bobine protéinique en un mouvement super-hélicoïdal lévogyre. L’histone de liaison H1 connecte le nucléosome aux sites d’entrée et de sortie de l’ADN, en le bloquant en place et en permettant la formation d’une structure d’un ordre supérieur. Comprenne qui pourra.

Le phénomène essentiel, en fait, c’est que les histones bloquent ou scellent le code génétique et lorsqu’elles se déplacent, elles le descellent. Ces molécules protéiniques sont hautement solubles dans l’eau – soulignons ici un autre motif associé au Verseau. Le mouvement des histones est corrélé au concept mythologique de l’apocalypse, “la levée du sceau”. Les biologistes ne savent pas ce qui fait se mouvoir les histones, ou plus précisément comment cela pourrait se manifester dans des cas individuels, ou pour l’espèce entière. Si l’on pense en termes de ce que Stan Grof appelle “des urgences spirituelles” qui, je l’estime, vont s’intensifier dramatiquement durant la fin de cycle, le mouvement des histones pourrait se manifester en raison de l’impact traumatique d’événements menaçant la vie – qui plus est, la menace d’extinction totale pour notre espèce.

Gardez à l’esprit que 95% de toutes les espèces, qui ont existé sur cette planète, ont maintenant disparu. Dans le mode de vie de Gaïa, l’extinction est la règle, la survie est l’exception. Tirez-en la consolation que vous souhaitez!

 

Des Leçons dans le Ciel

Le glyphe du jour d’Ollin est associé à Xolotl, le jumeau daimonique de Quetzalcóatl. Dans une version de la légende du Serpent à Plumes, Quetzalcóatl se sacrifie lui-même sur un bûcher et se transforme en l’étoile du matin, Vénus qui se lève avant le soleil. La danse céleste de son jumeau Xolotl est différente et elle se déroule à l’ouest au coucher du soleil. Au cours des quelques mois durant lesquels j’ai rédigé cette série d’essais sur 2012, Vénus a été l’étoile du soir, Xolotl, et maintenant cette planète a plongé au bas de l’horizon, disparaissant lorsqu’elle passe entre le soleil et la Terre. Nous pouvons observer l’étoile du soir tous les deux ans mais le cycle récent révéla un placement rare de Vénus en compagnie de Saturne et de Jupiter.

Durant tout l’été, Vénus apparut remarquablement haut dans le ciel au crépuscule, à une élongation maximum du soleil. Durant le mois de juillet, elle s’approcha de Saturne, qui passait juste du Crabe dans le Lion. (J’ai écrit le cycle d’essais sur “l’Histoire Alternative du Graal” alors que Saturne transitait au travers de la Constellation du Crabe, un mouvement cité par Wolfram von Eschenbach comme signalant la réalisation du Graal par Perceval). Vers la mi-juillet, même des observateurs non avertis du ciel auraient remarqué un déploiement remarquable: Vénus proche de Saturne haut à l’ouest au crépuscule avec Jupiter brillant haut à l’est, près d’Antarès dans la Constellation du Scorpion. Vous pouviez balayer votre regard de la droite vers la gauche, de Vénus et Saturne dans la Constellation du Lion à Jupiter dans la Constellation du Scorpion, une distance de 120 degrés environ, un tiers de tout le Zodiaque. Avec la nouvelle Lune du 15 juin, l’écriture céleste présentait une vision magnifique: le croissant de lune, Vénus, Saturne et Régulus, l’étoile du coeur de la Constellation du Lion, dans un alignement parfait. Durant la nouvelle Lune suivante, (au 14 juillet, la 6ème lunaison de la fin de cycle, en comptant 72 à rebours), Vénus passa très proche de Saturne alors qu’elle commençait à tomber de son extrême élévation et de commencer sa “descente dans le monde inférieur” (invisibilité, conjonction inférieure avec le Soleil).

Xolotl, l’étoile du soir est le Souverain de l’Ouest, un changeur de formes, un sorcier et un maître des pouvoirs occultes, les siddhis. Il est l’archétype du shaman, en contraste avec Quetzalcóatl qui, bien qu’étant également un personnage shamanique, se conforme plus étroitement à l’archétype du messie. Dans le chapitre “Découverte d’un Monde à Venir”, j’ai écrit:

«Nous sommes ainsi au coeur d’un moment mythogénique où le potentiel humain émerge avec de nouvelles expressions pendant que simultanément les vieilles expressions se dissolvent: cette intensification dynamique – et à deux voies, vers le haut et vers le bas (Ollin) –  brosse le tableau du Monde à Venir qui verra la planète Terre habitée par les tribus de fin de cycle. Les personnages mythologiques tels que la Sophia Gnostique et l’Aztèque Xolotl adombrent les tribus émergentes et, d’une certaine façon, président à la naissance d’une humanité transmutée et transmigrante. Chacun de ces moments mythogéniques recèle, en solution, une constellation de choix puissants mais la magie du moment ne devient réelle que lorsque ces choix sont réellement définis et adoptés, par chaque individu à la fois».

Une façon d’interpréter l’écriture céleste de cet été serait de dire que Xolotl – ayant développé des intuitions saturniennes sur les cycles historiques et cosmiques et ayant absorbé des leçons jupitériennes sur l’intoxication et l’extinction – est en train de faire pénétrer cette connaissance au coeur de l’inconscient collectif afin de la disséminer au travers du spectre de codes symboliques directeurs. Consciemment ou non, l’humanité est sur le point de processer des informations profondément perturbantes concernant les thèmes fondamentaux de cycles cosmiques et d’extinction. L’intérêt croissant, pour la fin de cycle 2012, est un reflet de ce qui se situe en tête de liste du programme de l’espèce, ou même un peu plus avant, juste au tournant de l’apprentissage phylogénétique. Il en est de l’extérieur comme de l’intérieur.

 

La Question Enthéogénique

Mon observation finale sur 2012 serait que l’intérêt sérieux pour le shamanisme, qui s’accroît depuis les années 60, va culminer pour se transformer en quelque chose d’autre. Il va se dissiper, en partie, dans une vulgarisation exacerbée et l’impact radical du renouveau shamanique sera largement perdu de par les processus de cooptation. Cette percée considérable va être banalisée et sombrer dans les clichés. La situation est telle, de nos jours, que n’importe qui peut se proclamer shaman et être accepté comme tel. La dérive pathologique du shamanisme vers l’imposture est inévitable mais le facteur essentiel de la percée restera intact. Je définirais ce facteur essentiel comme la question enthéogénique – que l’on peut formuler de diverses manières.

La question enthéogénique est intimement corrélée au thème du mouvement des histones. Une façon de formuler la question serait la suivante: quelle est la finalité de la pratique enthéogénique au 21ème siècle? Une réponse en pourrait être: pour déclencher le mouvement des histones.

Je relie le thème de la pratique enthéogénique avec Ollin parce que, pour autant que je sache, l’utilisation rituelle de plantes psychoactives est la meilleure façon d’apprendre comment l’ADN fonctionne et peut-être même d’en influer le fonctionnement. Lorsque j’écrivis “Dendera Decoded”, le terme de “biologie sacrée” se présenta à moi, pour décrire la connaissance de la Nature acquise au travers d’un accès direct aux processus moléculaires et biologiques par une transe visionnaire. Je distingue la biologie sacrée de la biologie conventionnelle car cette dernière repose sur des instruments tels que le microscope, tout autant que sur la classification de spécimens, sur des analyses en laboratoires, sur l’abstraction de lois naturelles à partir des phénomènes, etc. Dans la biologie sacrée, l’investigateur interagit directement avec la Shakti, la puissance formatrice et animante du monde naturel, le fondement de tout ce qui est véritablement sacré dans le sens d’être plus puissant que tout chose qu’elle soutient.

La Devi Shakti des Hindous peut être identifiée avec la Divine Sophia des Gnostiques. En termes imaginatifs, la Shakti nous confère les facultés de connaître ses opérations les plus intimes dans notre mental, dans notre corps, et au travers de tout le continuum sensoriel de l’espèce entière. Mes études du Zodiaque de Dendera (qui coïncidèrent avec une visite en Egypte avec l’Institut Marion en février 1999, alors que Vénus dépassait Jupiter et Saturne dans les Poissons) me convainquirent que les initiés Egyptiens avaient développé des facultés qui leur donnaient un accès direct de ce type, et qui, peut-être même, leur permettaient d’induire des modifications au niveau génétique (les rites de résurrection du “dieu des grains”, Osiris).

Il est maintenant de notoriété publique que les ayahuascueros possèdent la faculté occulte, ou siddhi, de percevoir au niveau moléculaire. Dans mon ouvrage “Twins and the Double”, j’ai proposé que l’accès shamanique traditionnel au “royaume des ancêtres” était une façon de décrire la vision clairvoyante au niveau génétique. Jeremy Narby affirma de même, dans le “Serpent Cosmique”, en citant les témoignages des shamans Péruviens selon lesquels les plantes dans la jungle leur enseignent comment utiliser les plantes. Plus récemment, Graham Hancock a popularisé cette notion dans “Supernatural”. J’estime que c’est l’un des sujets les plus fondamentaux de notre époque

La question enthéogénique demande (sous une autre forme): que faisons-nous lorsque nous découvrons que nous pouvons accéder aux secrets les plus intimes de la vie sans l’aide d’instruments mécaniques?  Gardez à l’esprit, lorsque vous considérez cette question, qu’un tel accès ne procède pas de la conscience ordinaire mais de la transe non-ordinaire induite par des champignons et des  plantes psychoactives. La question, sous une autre version, est donc la suivante: voulons-nous, ou non, avoir recours à des pratiques enthéogéniques pour accéder à la connaissance intime de la Nature et pour la développer?

 

Instruction Visionnaire

La question enthéogénique concerne l’acceptation de l’instruction visionnaire émanant de la Nature, si  on peut l’appeler ainsi. Dans mon ouvrage “La Passion de la Terre”, je démontre que les Mystères Païens de l’Europe pré-Chrétienne appartenaient à une tradition millénaire d’initiés accomplis, les Telestai, “ceux qui ont une finalité” – ainsi appelés parce qu’ils percevaient la finalité de la vie comme une co-évolution culturelle guidée par ce que l’intelligence Gaïenne leur enseignait. L’instruction par la Lumière Organique était leur méthode. Leur instructrice était Sophia et non pas une personne humaine. De nos jours, le renouveau shamanique étant à un croisement, pour ne pas dire dans une impasse, nous avons l’avantage d’une vision rétrospective en sus d’une compréhension intensive des dimensions cognitives de la transe visionnaire. Etant donné ce que nous avons appris depuis cinquante ans, les méthodes téléstiques peuvent de nouveau être nôtres. Si nous choisissons de les revendiquer.

Dans mon plaidoyer pour les Mystères Païens, j’insiste sur le fait que l’accès visionnaire aux secrets de la biosphère (le corps planétaire de la déesse Sophia, si l’on préfère) ne peut être obtenu qu’au travers de la mort de l’ego et de l’immersion extatique dans la Nature. Confiné à l’état normal egoïque d’identité individuelle, personne ne peut pénétrer dans la concentration somatique intense de l’instruction par la Lumière, ou même encore la soutenir. Une telle concentration (dhyana) implique la dissipation des limites égoïques afin d’accéder à une illumination psychosomatique en ouverture totale, une connaissance somatique intégrale. La gnose est une connaissance extatique de l’Autre dans l’état lucide de non-soi. Paradoxalement, ce n’est pas le soi qui rencontre l’Autre comme sans-soi, c’est le non-soi qui rencontre le sans-soi.

Il se peut que le signal du développement menant vers la fin de cycle 2012 soit le tour du monde des 13 Grand-Mères Indigènes avec leur panier de champignons et de plantes psychoactives incluant l’iboga, le peyotle et les psilocybes. Les Grand-Mères en appellent à l’humanité pour qu’elle revienne vers les pratiques de sagesse qui sont fondées sur l’instruction par les plantes alliées, qui sont également de puissantes guérisseuses. Les plantes traditionnellement psychoactives sont indispensables à la fois pour notre illumination en tant qu’espèce et pour la guérison de notre société malade. Tel est le message des Grand-Mères. C’est aussi le message fondamental de la Métahistoire.

Ayant exposé mon plaidoyer, laissez moi vous dire que je serai bien le dernier sur la planète à convaincre quiconque d’expérimenter une initiation enthéogénique avec des champignons ou des plantes psychoactives. Mon argumentation met en exergue la nécessité de cette pratique mais ce n’est pas mon propos de persuader quiconque de s’y engager. Tout ce que je peux dire à ce propos est ceci: j’ai bénéficié d’un accès direct aux niveaux moléculaires et génétiques de la Nature et j’ai reçu une instruction visionnaire de la Nature et je ne connais aucune autre expérience dans ce monde qui pourrait être plus profonde, ou plus fascinante, exaltante et éducative. Elle est aussi fabuleusement divertissante.

Mais l’instruction visionnaire par la Nature ne procède pas de l’utilisation récréative de champignons ou de plantes psychoactives; elle n’est pas non plus accessible, de façon consistante, dans les modes traditionnels de rituels shamaniques préservés par les peuples Indigènes. En bref, il nous manque une méthode. Il est vrai que cela me ramène à ma grogne favorite: la destruction des Mystères. Les Telestai avaient une méthode, cohérente, reproductible, simple et transmissible. Pouvons-nous apprendre, de Gaïa-Sophia, les chemins de la co-évolution avec la même intensité et amplitude qui caractérisaient l’apprentissage des anciens initiés, si nous ne suivons pas cette méthode? Il est possible que nous le puissions, mais il vous faudra me le démontrer.

Ainsi, Ollin est le mouvement vers l’avant et le mouvement vers l’arrière. Alors que nous entrons dans la sixième extinction, il nous faut regarder en arrière, vers les ressources d’apprentissage primordial de notre espèce, le chemin enthéogénique de la sagesse et il nous faut découvrir des pratiques pour réinventer ce chemin. Le phénomène religieux du shamanisme, comme il a été appréhendé jusqu’à ce jour, nous a mené jusqu’au seuil. Ce qui va nous faire traverser le seuil se situe au-delà du shamanisme et dépend presque totalement de la témérité de l’imagination humaine, non pas pour supplanter ou remplacer la Nature mais pour la défendre, la révérer, l’imiter et suivre avec amour Ses instructions.

Rédigé dans la 6 ème lunaison de la fin de cycle, la 67ème en comptant à rebours à partir de 72 (le solstice d’hiver 2006 avec la nouvelle Lune en conjonction avec Pluton et avec le coeur de la galaxie).