01. 2012, Compte à Rebours

Réflexions sur le Kali Yuga, la Fin du Cycle Maya

et l’Ensorcellement Narratif Occidental

Au passage du Nouvel An, je me mis à réfléchir sur la proximité de 2012 et la fin de cycle du calendrier Maya. Cela fait maintenant des années que les débats à propos de cet événement se sont progressivement accrus et ce, non seulement dans les cercles du Nouvel Age. Un très grand nombre de forums et de sites y sont consacrés sur internet. C’est le sujet principal de l’ouvrage de Daniel Pinchbeck “2012, The Return of Quetzatcoatl” ainsi que d’une douzaine d’autres ouvrages spéculatifs. John Major Jenkins et Carl Johan Calleman sont en compétition pour la première place du meilleur visionnaire quant au “compte à rebours 2012”.

Il est sans doute grand temps que j’intervienne dans ce débat ésotérique. A part un essai préliminaire pour “Phenomenamagazine.com”, je suis resté coi jusqu’à maintenant. Ces derniers temps, des amis me demandent de plus en plus ce que je pense de la “fin de cycle” et de ce qu’en écrivent Calleman et Jenkins. De plus, s’enquièrent de mon opinion tous ceux qui connaissent mon oeuvre écrite portant sur les phylogénétiques astrales (“Quest for the Zodiac”), sur la mythologie céleste, et sur le cycle des précessions (“Dendera Decoded”). Après avoir consacré tant d’années dans la pratique de l’astronomie et dans la recherche sur les divers systèmes de datation Zodiacale et de chronologie à long terme – Hindou, Egyptien, Tibétain, Maya, Aztèque, Perse, Mithraïque, Théosophique, Anthroposophique, celui de Gurdjieff, et bien d’autres encore que j’ai oubliés –  je me sens donc presque contraint de présenter mes commentaires sur ce sujet très “en vogue”.

Ce qui suit est une courte description du Compte Long Maya avec quelques réflexions sur ce à quoi nous pourrions être confrontés durant le compte à rebours vers la fin de cycle.

 

Treize Baktuns

Le calendrier Maya est un artefact culturel appartenant à la catégorie générale des Ages du Monde. Toutes les anciennes cultures du monde, de la Chine au Pérou, ont eu à coeur d’élaborer une chronologie à long terme du cosmos. L’introduction des calendriers, pour réguler la vie civile et l’organisation agricole, fut un processus long et complexe. Lorsqu’ils élaboraient ces systèmes, les créateurs de calendriers ne se limitaient pas au temps circonscrit à l’échelle humaine mais ils étendaient leurs calculs sur des milliers et des milliers d’années. Lors de tous ces calculs, ils arrivaient parfois à des nombres remarquables.

La chronologie Hindoue mentionne le chiffre 4 320 000 000 (quatre milliards et trois cent vingt millions d’années) qui est associé au motif cosmologique des “Jours et des Nuits de Brahma”. Ce nombre attira l’attention de Joseph Campbell qui observa que 4 320 000 000 années, ou 4.32 milliards d’années, est étrangement proche de l’âge géologique couramment estimé pour la Terre, à savoir 4.5 milliards d’années. (J’utilise cette chronologie Hindoue, plutôt que l’estimation géologique prévalente, dans mon calcul de l’âge de Gaïa. Voir “les Ages de Gaïa” dans le tome 1 de la Collection Liberterre). 4320 est le chiffre de base qui génère les quatre Yugas de la cosmologie Hindoue. Il est également mentionné dans la chronologie des rois antédiluviens, compilée par le prêtre Babylonien Berossus, et dans d’autres traditions. C’est une norme artificielle (une unité canonique sacrée, si l’on préfère) qui se décline en divers cycles de temps géologiques, sidéraux, solaires, lunaires et planétaires.

A l’instar de la chronologie Hindoue, le calendrier Maya implique des chronologies qui font appel à des nombres d’années qui sont gigantesques – et inimaginables. Les prêtres-mathématiciens, qui élaborèrent le calendrier Maya, consignèrent les dates exactes d’événements, au jour près, mais ils aimaient également extrapoler très loin dans le passé tout autant que dans le futur. La précision de leurs tables lunaires, solaires et planétaires est impressionnante. Ils calculèrent les cycles de Vénus et de la Terre de façon aussi précise que nous les calculons de nos jours, à savoir à la quatrième décimale. Cette maîtrise des cycles chronologiques vérifiables impose le respect et nous convie à examiner de plus près leurs extrapolations sur le long terme. Pour les Mayas, et pour tous les autres anciens peuples, les calculs vérifiables et non vérifiables faisaient partie d’un même système de calendrier sacré. Ce n’est donc pas sombrer dans la confusion que de témoigner de l’admiration pour leur chronologie à long terme, surtout si l’on peut en apprendre quelque chose.

Selon la plupart des experts, le Compte Long date du début de l’ère Classique Maya, bien qu’il puisse être beaucoup plus vieux de conception (et remonter peut-être aux Olmèques du 7ème siècle avant EC). Les vestiges archéologiques les plus anciens, qui soient accompagnés d’une chronologie, sont Chiapas de Corzo, Stela 2, 32 avant EC et Tikal Stela 2, 292 Avant EC. La date la plus récente qui soit gravée sur un monument est janvier 909 EC. Le calendrier utilise une séquence de cinq unités calculées sur une base de 20 : k’in (1 jour), winal (20 jours), tun (360 jours de 18 winals), katun (7200 jours ou 20 tuns) et baktun (144 000 jours ou 20 katuns).

Les stèles, des pierres gravées avec des glyphes de calendriers, enregistrent les dates par des inscriptions de points, de lignes et de hiéroglyphes, en plaçant les unités en séquence. Les érudits notent les dates en une séquence de 5 positions, de baktun à k’in, comme ceci: 9.16.0.2.0, ce qui correspond à 18 juin 751. Le 12 décembre 2012 s’écrit 13.0.0.0.0. La chronologie Maya se caractérise par trois standards de corrélation et, bien évidemment, une très grande complexité et beaucoup de raffinement.

Le Compte Long remonte au 13 août 3114 avant EC et finit le 21 décembre 2012. Cela constitue un total de 5126 années ou 1 867 145 jours. Cet intervalle est proche de 13 baktuns de 144 000 jours chacun, ce qui fait que le Compte Long est habituellement appelé “treize baktuns”. Ce n’est pas une période de temps terriblement longue en termes de calculs sacrés mais assez longue cependant pour englober une vaste perspective historique.

Le Compte Long de 5126 années correspond à environ un cinquième du cycle intégral de précession des équinoxes. Cela resitue le Compte Long dans un cadre vérifiable de chronologie astronomique, ce qui est impressionnant. Comme le Compte Long est un incrément du cycle précessionnel complet, on peut l’analyser en parallèle avec le cadre Zodiacal de précession. Le débat actuel se focalise sur ce qui va se passer lorsque le Compte s’achève le 21 décembre 2012, dans 5 ans et onze mois. Je vais être plus précis: il y avait une nouvelle lune à la veille du solstice d’hiver le 21 décembre 2006. C’est exactement à 6 années de la fin de cycle. En l’espace de 6 années, il y aura 74 lunaisons (mois synodiques de 29.53 jours). Nous pouvons calculer, en lunaisons, le compte à rebours vers la fin de cycle. Alors que j’écris ces lignes, nous sommes dans la 74ème lunaison.

 

Imagination à l’oeuvre

Avant de regarder plus avant ce que la fin de cycle Maya pourrait signifier, examinons la date initiale. Jusqu’à maintenant, cette date initiale a suscité beaucoup moins d’attention que la date finale. Mais je suggérerais que la conclusion du Compte Long se reflétera, d’une façon ou d’une autre, dans les conditions initiales. Si nous nous attendons à ce que quelque chose vienne à son terme en 2012, il peut être bénéfique d’en connaître l’origine et les conditions prévalentes en tout début du cycle – à savoir en 3114 av EC.

Lorsque les érudits élaborèrent la corrélation entre le Compte Long et le calendrier Julien que nous utilisons – la corrélation Goodman, Martinez, Thompson ou corrélation GMT, qui fut améliorée ultérieurement par John Major Jenkins – quelques ésotéristes, qui flânaient sur les bas-côtés, soulignèrent que l’année de début de cycle, 3114 avant EC, est proche de la date Hindoue de 3102 avant EC qui est dite avoir marqué le début d’un cycle cosmique, à savoir le Kali Yuga. Selon une légende Hindoue, le Kali Yuga, l’âge des ténèbres ou de la décadence dans lequel nous vivons actuellement, commença avec la mort de Krishna le 16 février 3102 avant EC. C’est peut être la date la plus célèbre des calendriers sacrés. Selon les calculs Hindous, la durée du Kali Yuga est considérablement plus longue que le Compte Long Maya mais la coïncidence des dates de départ est frappante. C’est la corrélation Hindoue-Maya.

Dans mon ouvrage non publié “Dendera Decoded”, qui est une étude du calendrier sacré du Zodiaque de Dendera, je met en valeur que l’Axe D, sur le bas-relief à Dendera, indique la date 3102 avant EC: cette date est révélée par l’alignement des équinoxes avec l’étoile Antarès dans le Scorpion. (En ce moment, Jupiter est aligné avec cette étoile, la géante rouge au coeur du Scorpion, ce qui donne une pré-aube magnifique ici en Andalousie). Selon le mythe Egyptien, la date de 3102 avant EC est celle du meurtre d’Osiris, parallèle à la mort de Krishna. Cela nous donne la corrélation Hindoue-Maya-Egyptienne. (Pour un résumé quant à mon travail sur Dendera, dont la découverte d’un cinquième axe inconnu jusqu’alors, voir l’ouvrage de Colin Wilson, “The Atlantic Blueprint” et le site: http://www.diagnosis2012.co.uk/5.htm, paragraphe 38).

Que pouvons nous inférer de la corrélation entre le Kali Yuga et le Compte Long Maya? Les traditions Hindoue et Bouddhiste présentent une grande quantité d’informations relativement au Kali Yuga. Dans le “Tantra de la Grande Libération”, Shiva décrit, à son épouse Parvati, les conditions déplorables dans lesquelles l’humanité va sombrer à la fin du Kali Yuga. Une grande partie de ce qu’il évoque est la réalité actuelle de notre monde. Les prophéties de Padmasambhava, dans la tradition Tibétaine, présentent des prédictions similaires qui vont des coutumes sociales triviales (les gens mangeront en se tenant debout et même en courant) en passant par des inventions technologiques (les oiseaux de métal traverseront le ciel) à la décadence spirituelle (des guides pour l’illumination seront vendus au coin des rues).

Il n’existe pas d’archives relatant ce que les Maya de l’ère Classique prévoyaient, quant aux conditions prévalentes à la fin du Compte Long, ou évoquant des visions prophétiques de fin de cycle. N’ayant aucune certitude au sujet de ce que les créateurs de calendriers croyaient, nous sommes obligés d’opter pour telle ou telle alternative quant à ce que seront les aspects psychologiques, spirituels et sociaux de cette fin de cycle. Je me distancie de la plupart des érudits dans la mesure où j’admets ouvertement que j’imagine ce que je considère être des signes et des prospectives de fin de cycle. D’autres, plus qualifiés que moi-même, sont enclins à affirmer qu’ils déduisent leurs interprétations de sources antiques, ou bien qu’ils suivent ce que les anciens croyaient alors qu’en fait, il n’existe strictement aucune source écrite qui puisse nous révéler les croyances des Mayas. Ce que je propose pourrait être ou non véridique, bénéfique ou même intéressant. Le fait que j’échafaude quelque chose – c’est à dire que j’élabore des interprétations à partir de mon imagination et de mes recherches – peut le faire disqualifier aux yeux de certains comme de la pure invention. Pas de problème. Je préfère tenir les lecteurs informés de ma façon de fonctionner en dévoilant ouvertement mes ambitions. Prenez ce que vous aimez et laissez donc le reste.

 

Krishna et Osiris

La corrélation Hindoue-Maya-Egyptienne offre des indices mythologiques permettant d’établir la date de début du Compte Long. La mort de Krishna ainsi que le meurtre d’Osiris représentent des moments mythogéniques (pour utiliser une expression de  Campbell) marquant  pour notre espèce la rupture de l’accès intrinsèque au Sacré, et par conséquent, le début d’une décadence dramatique de l’expression créative et culturelle de cette faculté d’accéder au Sacré.

Je n’interprète pas ici Krishna et Osiris comme des icônes patriarcaux mais bien plutôt comme des consorts pré-patriarcaux de la Déesse. On peut dépeindre Krishna comme l’instructeur divin ou l’avatar-guru-mâle de la Bhagavad Gita mais il fut également, et plus anciennement, le dieu d’amour orgiastique qui folâtrait avec sa maîtresse Radha et les gopis, les pastourelles, toujours prêtes à se rouler dans le foin. Dans cette perspective, Krishna n’est pas le patriarche tout-puissant mais plutôt une version Asiatique d’Eros. Cette vision s’accorde avec la plupart des études relatives aux Vaishnavas. (Voir l’anthologie “The Divine Consort: Radha and the Goddesses of India”. Vaishnava est le nom des cultes consacrés à la dévotion de Krishna).

De même, dans la culture prédynastique de l’Egypte du sud, Osiris était l’époux d’Isis qui était née à Dendera. La déesse mère suprême de l’Egypte prédynastique était Hathor, à laquelle le temple de Dendera était dédié. Hathor était une divinité femelle sans époux à l’exception de sa propre progéniture, Horus, qui n’avait pas de père. Son animal totémique était le vautour, réputé être fertilisé par le vent. Le mythe d’Hathor et d’Horus témoigne d’une époque durant laquelle les hommes ne gouvernaient pas la société et durant laquelle la paternité ne constituait pas le facteur déterminant de l’organisation ou du statut social. C’était l’époque antérieure à Osiris.

Les voûtes des temples à Dendera présentent le récit le plus complet de la résurrection d’Osiris, en écriture et en iconographie hiéroglyphiques, ainsi que le seul modèle intact d’un Zodiaque fonctionnel qui ait survécu de l’Antiquité. Osiris, le dieu des grains dans le culte d’Hathor, précéda Osiris le divin pharaon de l’Egypte du nord. En d’autres mots, il existe un Osiris pré-théocratique dans la culture orientée vers la déesse qui nous légua le temple de Dendera, une construction Ptolémaïque incorporant des thèmes extrêmement anciens. Dans le contexte de Dendera, Osiris était une épiphanie des pouvoirs régénérateurs trans-sexuels de la Nature – plus spécialement le code phylogénétique. Osiris représente le langage “enraciné” (NDT: John Lash utilise le mot “ingrained” faisant référence à Osiris en tant que “dieu des grains”), à savoir les instructions opératrices de la Nature, le “linga sharira” (le corps éthérique) en termes tantriques et ses Mystères étaient sous la protection de Hathor, l’ancienne gardienne matriarcale. Lors de l’époque dynastique, la classe des prêtres, qui contrôlait la théocratie Egyptienne, éleva Osiris au statut d’avatar divin et elle en fit le modèle déifique du souverain théocratique, le pharaon. Tout cela constitue un scénario typiquement théocratique.

Avec cette vision de Krishna et d’Osiris – idiosyncratique peut-être mais fondée sur des sources mythologiques très connues et correspondant au profil des époques prédynastiques – je propose que le début du Compte Long représente une rupture de la sagesse naturelle orientée vers la déesse, la cooptation de la biologie sacrée au bénéfice d’un programme théocratique et la perte subséquente de contact avec le Sacré immanent au monde naturel, conduisant l’humanité vers un âge sombre durant lequel ce sont les croyances dictées par des hommes, qui revendiquent de parler au nom de Dieu, qui servent d’intermédiaires pour le contact avec le Sacré.

En phase avec tout cela, l’Age du Patriarcat peut être synchronisé avec le Compte Long bien qu’un tableau historique complet devrait placer son origine bien avant, aux environs de 4400 avant EC. Depuis l’aube de cet Age, la communion avec l’Intelligence de la Nature, la conscience incarnée du Sacré et le respect pour le Divin Féminin – et qui plus est le respect pour la femme mortelle – ont tous décliné drastiquement. De par ce déclin, l’espèce humaine perdit l’harmonie entre les genres, son inclination morale naturelle pour la compassion et la coopération (amplement pratiquées par le Paganisme comme je l’ai expliqué dans mon ouvrage “La Passion de la Terre”) et sombra dans l’envoûtement des histoires théocratiques et patriarcales, telles que les fables Babylonienne et Egyptienne de royauté divine et bien sûr la fable du Peuple Choisi de l’Ancien Testament.

 

Point Nodaux

Cette interprétation de l’origine du Compte Long correspond-elle aux archives historiques? Voici une petite astuce que j’utilise parfois pour retracer des schémas historiques sur le long terme: allez au point médian du Compte Long en soustrayant la moitié de 5126 années de l’année 3114 avant EC. On arrive ainsi à l’année 551 avant EC. Le 6ème siècle avant EC constitua la période durant laquelle l’histoire Yahviste de la Genèse fut formulée de façon rigide de par les réformes du Roi Josiah (il gouverna de 640 à 609 avant EC) qui est loué comme le souverain idéal dans ce manifeste brutal de la théocratie qu’est le Deutéronome. Entre 587 et 537 avant EC, une grande partie de la nation Juive fut exilée à Babylone. Lorsqu’ils retournèrent à Canaan, les scribes Yahvistes, qui rédigeaient le programme du dieu paternel, fusionnèrent leur mythe raciste avec le dualisme Perse de double origine, une vision du monde qui attribue le bien et le mal au même facteur supra-humain.

Ce modèle de conflit cosmique, qui fut intégré à la narration Biblique et qui détermina toutes les versions ultérieures des concepts de vengeance divine et de violence apocalyptique caractéristiques du programme théocratique crypto-fasciste, en vint à être défini au point médian du Kali Yuga. A partir de ce point nodal, le scénario patriarcal a inexorablement poussé l’humanité vers les guerres globales de religion qui menacent le monde d’aujourd’hui.

Je connecte ainsi certains événements spécifiques de la période médiane du Compte Long avec ma vision d’ensemble thématique quant à la signification de ce Compte. Pour ce faire, j’utilise une méthode simple de calcul des points nodaux: 3114 avant EC > 551 avant EC > 2012 CE. C’est aussi simple que cela mais il est étonnant de voir le type d’informations que cette technique peut générer lorsque l’on bénéficie du cadre conceptuel, ou de la notion heuristique, permettant de définir ce que l’on doit chercher. Dans ce cas précis, l’outil heuristique est le concept de “sociétés fondées sur le culte de la déesse renversées par un programme théocratique” ou encore “la sagesse de la Nature versus la religion révélée”. Les moments nodaux révèlent des événements historiques cruciaux qui font du sens dans un cadre heuristique prédéfini.

En voulez-vous un autre exemple? Allez au point médian entre 3114 avant EC et 551 avant EC. On arrive ainsi à l’année 1832 avant EC. Le Code d’Hammurani (1810 avant EC) est le plus ancien exemple qui ait survécu d’un programme social totalitaire de gouvernance mâle. La transition vers le patriarcat fut grandement accélérée durant l’époque de la transition du point vernal du Taureau vers le Bélier (Taurus vers Aries) aux alentours de 1850 avant EC. Il n’est nullement question ici de causalité: nous sommes tout simplement dans le domaine dynamique des synchronicités. Il semble que certains moments, dans le temps historique, se caractérisent par une structure fractale, ou auto-similaire.

Dans les études éoniques de l’histoire – le retraçage chronologique des événements dans le cadre du Zodiaque et des cycles planétaires à long terme – le Bélier indique l’émergence du patriarcat. En 551 avant EC, le point vernal était situé dans les étoiles de tête du Bélier. Au temps d’Alexandre le Grand, deux siècles plus tard, il était encore situé dans cette même zone de la tête du Bélier ainsi que cela avait été souligné par des astronomes de l’époque. Les Egyptiens appelaient la constellation du Bélier, Amon, et Alexandre lui-même s’identifia avec Amon – c’est à dire qu’il se déifia. Les prêtres de Siwa qui le proclamèrent “le fils d’Amon” pour apaiser les fixations narcissiques de ce jeune homme solitaire, lui conseillèrent, avec un manque de sincérité évident, de se faire dépeindre avec des cornes de bélier sur les pièces de monnaie. Ces prêtres étaient assurément des observateurs du ciel patentés qui savaient que le symbole des cornes était en phase avec le ciel zodiacal d’alors.

Si l’on s’avance un peu, le point nodal entre 551 avant EC (le point nodal du Compte Long) et 2012 EC (la fin du Compte) est l’année 731 EC. C’est durant cette période historique que les Maures s’engagèrent dans des vagues massives d’invasions de l’Europe jusque dans les steppes de la Russie. Le 8ème siècle fut témoin à la fois de l’expansion et de la défaite de l’agression Islamique sur plusieurs fronts. Il arrive très souvent que les points nodaux soient étonnament précis. Notons bien que les érudits considèrent l’année 731 comme l’année exacte de l’apogée de la civilisation Maya Classique qui commença ensuite à décliner rapidement. Nous avons ici l’exemple d’une simple technique de division temporelle – qui n’a aucune relation avec le calendrier Maya et qui est complètement dissociée des calculs complexes qui sont généralement appliqués à ce dernier – qui peut générer des points temporels distincts et cohérents avec le profil historique du Compte Long.

 

Pouvoir d’Impression

En Europe, la bataille de Tours, du 11 octobre 731, marqua la défaite de l’armée Maure, forte de 90 000 hommes, qui avait envahi le sud de la France sous le commandement du gouverneur Yemenite d’Espagne, Abd-ar-Rahman. L’année 741 vit la mort de l’Empereur Byzantin Leo II, qui avait réussi à endiguer l’invasion Arabe, ainsi que la mort de Charles Martel, le personnage clé dans la résistance contre l’avance Maure en France (la Gaule). De par la redistribution de ses centres de pouvoir principaux, l’Europe devint plus vulnérable à l’Islam, la forme la plus virulente de fascisme théocratique sur Terre. L’émergence de l’Islam provoqua des génocides sur une vaste échelle, souvent d’ailleurs commis par des Arabes à l’encontre d’autres Arabes, ainsi qu’on peut le voir aujourd’hui en Irak. En 750, Abu-Abbas al-Safah, un descendant de l’oncle de Mahomet, fonda la dynastie des Abbasides qui allait établir un empire Islamique qui durerait 350 années. Ce faisant, il massacra les Omeyyades, éliminant ainsi toute compétition pouvant provenir de la dynastie qui était précédemment au pouvoir (de 661 à 750).

Les Maures occupèrent l’Espagne du milieu du 8ème siècle jusqu’à 1492, date de leur expulsion. L’offensive Islamique contre l’Europe fut réinaugurée lors de l’injonction de redonner l’Andalousie à l’Islam, à la suite des attentats de Madrid, en mars 2004. La fin de cycle de 2012 va-t-elle être marquée par une répétition intensifiée de l’offensive Islamique de 731? C’est précisément le cas selon la théorie Eurabia de Bat Ye’or, une historienne Britannique d’origine Egyptienne qui a publié un ouvrage intituté “Eurabia, l’axe euro-arabe” (Editions Jean-Cyrille Godefroy, 2006) et qui a beaucoup écrit sur la vie des non-Musulmans dans des contrées Musulmanes. Dans son ouvrage “While Europe Slept: How Radical Islam is Destroying the West from Within”, l’auteur spécialisé dans l’Islam, Bruce Bawer, dépeint un tableau extrêmement documenté et effrayant de la subversion Islamiste de la démocratie en Europe, et plus particulièrement en Scandinavie.

L’impérialisme Islamique en Europe se fait actuellement ressentir comme une vague de choc traversant le continent. Les Musulmans, qui protestent contre ce qu’ils considèrent être une intolérance vis à vis de l’Islam, font preuve de la même intolérance qu’ils condamnent mais ils réussissent à faire exaucer leur requête quant à une exemption spéciale de leur religion eu égard à toute critique rationnelle. L’Islam constitue la version ultime de la religion dominatrice et patriarcale: soit cela passe par la victoire, soit cela craque par l’auto-destruction, à savoir que le virus détruit son hôte. Les conditions initiales du Compte Long culminent dans le fascisme théocratique de l’Islam et son programme de contrôle social rigide, de soumission aveugle à l’autorité révélée, d’intolérance menaçante et d’apartheid sexuel, tout cela étant fondé sur un livre attribué au dieu paternel.

L’observation des précédents historiques est une façon de dresser un tableau “prévisionnel” d’événements qui vont conduire à la fin du Compte Long. Il n’est pas question, en fait, de prédictions qui y soient impliquées: on observe, tout simplement, les conséquences, ô combien évidentes, d’événements historiques passés. Ce n’est pas, cependant, la façon dont le diagnostic de 2012 est généralement réalisé de nos jours.

Pour résumer: la mort de Krishna et d’Osiris, datée à 3114 avant EC, indique une intensification du programme du patriarcat. La domination mâle acquit de l’ampleur lorsque les rois sacrés ne furent plus consacrés par des rites d’union sexuelle avec les filles de la Déesse. (J’ai évoqué ce point à de nombreuses occasions sur le site de la Métahistoire, et je préfère ne pas me répéter, mais j’insiste sur le fait que cela constitue une notion historique cruciale que nous ne pouvons pas nous permettre d’ignorer. Il n’est que de lire Merlin Stone, “When God was a Woman”). L’éradication de la société, orientée vers la Déesse, conduisit à la prise de contrôle par le patriarcat, à la domination de la Nature et à l’apartheid sexuel – une évolution que l’on peut étudier dans ses détails historiques, si on le souhaite. Tout cela fut mis en oeuvre par la force et la menace, bien évidemment, et en suivant “les préceptes du Livre”.

L’histoire événementielle – un drame suivant l’autre, tel que le soulignait Henri  Ford – n’est principalement qu’un effet secondaire de l’élaboration écrite de la narration patriarcale. La mise en exergue de l’instrument idéologique qu’est “le Livre” s’inscrit en phase avec le profil que je suis en train de développer. Elle fournit même un thème majeur que l’on peut voir reflété dans de nombreux événements spécifiques. Durant le 8ème siècle, l’Islam se répandit globalement et les Arabes se bataillèrent avec la dynastie Tang pour le contrôle du coeur de l’Asie. Les Musulmans restèrent la force dominante en Transoxianie durant 150 années. L’une des conséquences de la confrontation entre les Chinois et les Arabes fut l’établissement de la première papeterie dans le monde Musulman. Cela se passa en 751 (à 20 années près du point nodal) à Samarkand suite à la révélation, par deux prisonniers de guerre Chinois, de la technique de fabrication du papier. Immédiatement, les érudits Musulmans commencèrent à tirer profit de cette nouvelle technologie pour imprimer des traductions des anciens écrits Grecs et Romains mais aussi, bien sûr, pour produire des copies de leur écriture révélée, le Coran.

Donc, aux environs du point nodal de 551 avant EC, les scribes Yahvistes se mirent au travail pour composer la narration doctrinaire rigide du Peuple Choisi, le scénario directeur pour la théologie de la rédemption Judéo-Chrétienne. Ensuite, aux environs du point nodal de 731 EC, les scribes Musulmans acquérirent la technologie de fabrication du papier pour répandre leur version de l’histoire, celle qui est inscrite dans le Coran. Ainsi donc, la narration doctrinaire et les techniques d’impression oeuvrent de concert pour imposer la domination patriarcale et le mensonge paternel. Et c’est la technique de calcul de points nodaux qui permet de dévoiler cette collusion très claire.

Le Livre Sacré (quelle qu’en soit la foi) constitue le principal outil d’endoctrinement et de contrôle comportemental du programme théocratique de la suprématie blanche et mâle. Le fait que des femmes Musulmanes embrassent et adorent le Coran ne prouve en rien leur soumission à cette croyance; cela prouve seulement que leur vie serait en danger si elles se rebellaient. Pour tout Musulman qui remet en cause ou qui abandonne sa foi, le verdict est clair selon le Coran: c’est la mort. Et dans les sociétés Islamiques, il existe pour les femmes des punitions pires que la mort…

L’autorité de l’Ordonnance Sacrée est au-delà de toute critique humaine – par conséquent, il est tout à fait clair que la religion Abrahamique est incompatible avec une société démocratique et civile permettant la liberté d’expression. Aujourd’hui, les Islamistes d’Europe utilisent la liberté d’expression, qui leur est garantie par les démocraties dans lesquelles ils vivent, pour en appeler à la négation de cette liberté. Comprenne qui pourra.

“Le Livre” est, et il l’a toujours été, l’ouvrage souverain de la modification comportementale et de l’impérialisme extraterrestre: un catalyseur puissant de génocide, d’écocide et de suicide. C’est, par excellence, l’arme de destruction massive qui est produite en masse.

 

Ensorcellement  Narratif

Ainsi donc, ma définition étendue du Kali Yuga est la suivante: c’est l’Age des ténèbres (l’ignorance) et de la décadence (les perturbations matérielles et morales), dû à l’abandon de la sagesse de la Déesse, à l’imposition d’une moralité extraterrestre dictée par un dieu paternel et au développement cancéreux d’une religion basée sur la foi et opérant sous l’égide de l’autorité théocratique du Livre (Torah, Bible, Coran). Depuis 5000 ans, l’entièreté de l’humanité a sombré sous l’envoûtement du Livre.  Dans mon ouvrage “La Passion de la Terre”, je propose le terme “ensorcellement narratif” pour décrire le pouvoir étrange du scénario rédempteur qui encode les croyances des trois religions Abrahamiques.

La mission du dieu créateur, strictement mâle, possède une énorme puissance de fixation fondée sur la peur et la culpabilité. Ceux qui adoptent le Mensonge Paternel ou qui, le plus souvent, se le laissent imposer inconsciemment, l’appliquent dans leur vie comme s’ils agissaient sous l’influence d’une suggestion post-hypnotique. Ceux qui sont forcés de croire dans l’histoire de la religion révélée la propagent de façon démente et sans discrimination ou réflexion. Ce qu’ils ont reçu de façon inconsciente, et à l’encontre de leur libre-arbitre, ils le promulguent de façon inconsciente et en bafouant le libre-arbitre d’autrui. Leur comportement est à l’aune de leur croyance. Et ce qu’on leur dit de croire est inscrit dans le Livre (Torah, Bible, Coran).

La fin de cycle du Compte Long plonge le monde entier dans le drame violent de la culmination horrible d’un tel comportement.

 

Confiance Mystique

Si l’ascension du Livre, en tant qu’outil de programmation idéologique des masses, correspond au tableau du Compte Long que j’ai souhaité brosser dans cet essai, peut-on faire émerger, pour la fin de cycle, la volonté et l’inspiration de défier et de chasser cette puissance? Je propose maintenant d’aborder, de façon constructive, les dangers et les perspectives de la fin de cycle Maya.

Les conjectures, quant à la signification de la fin de cycle Maya, culminèrent brièvement, en août 1987, lors de la “Convergence Harmonique”. Au cours des débats de cette époque, José Arguelles joua un rôle central lorsqu’il déclara que la fin du Compte Long indiquait le moment où un rayon émanant du coeur galactique balaierait la Terre et produirait des effets magiques. Le cycle du rayon galactique était en phase avec le cycle précessionnel de 25 920 années, si mes souvenirs sont bons. Arguelles associa donc simplement une interprétation fantastique avec un phénomène connu de chronologie astronomique. Dans son ouvrage “Le facteur Maya – la voie par delà la technologie” (Editions Ariane), il affirma que la civilisation Maya disparut (au moment nodal de l’an 731) par dématérialisation lorsqu’une partie de la population fut téléportée, en dehors de la planète, sur ce rayon cosmique mystérieux et il prédit qu’il en serait de même pour de nombreux êtres humains en 2012. Ses théories lui valurent deux minutes de célébrité sur CNN.

Je ne suis pas assez impliqué dans le débat courant sur 2012 pour savoir si les idées d’Arguelles sont de nouveau en vogue mais je sens qu’une partie plus jeune et plus créativement inspirée de la population a repris le discours et l’a transformé considérablement. Il se peut qu’il y ait, dans certains cercles, une reprise de la notion de dématérialisation avancée par Arguelles mais j’espère bien que non. Il est hors question que je cautionne des appels à déserter la planète. Je ne suis probablement pas en phase avec les pulsations de la nouvelle génération qui élabore des espoirs pour 2012 mais il me semble que les meilleures alternatives, pour la fin de cycle Maya en 2012, sont en train d’émerger de l’imagination orgiastique des jeunes gens de la contre-culture, à savoir de jeunes êtres humains qui sont enflammés par une riche pléthore d’inspirations érotiques, cosmiques, artistiques, mantiques, mythopoétiques et ésotériques.

Je n’ai senti rien de comparable à cette excitation depuis la Révolution Psychédélique des années 1960. Il flotte dans l’air du temps une “manie” authentique (dans le sens de passion folle), un soupçon de folie divine, un sentiment que des choses fantastiques sont possibles dans l’art et dans la vie, une conviction que le monde lui-même pourrait être transfiguré par des actes d’imagination. (C’est bien sûr exactement ce que les Romantiques croyaient et proposaient, il y a deux cent ans). Un jaillissement multi-fréquentiel de confiance mystique est en train de se répandre dans certaines sphères culturelles de la jeunesse.

Il serait extrêmement insensé de rejeter la possibilité que l’énorme brouhaha concernant 2012 soit le reflet d’un certain événement psychique collectif. La question est la suivante: est ce que les conjectures, les prédictions et les discussions, concernant 2012, pointent vers cet événement ou n’essayent-elles simplement que d’attirer l’attention vers elles-mêmes?

Jusqu’à ce jour, les échanges sur 2012 ont été dominés par des affirmations concernant un changement de paradigme, un saut évolutif considérable de la conscience. Par exemple, nous réaliserions la noosphère de Teilhard de Chardin. Je ressens viscéralement que ce type de bavardage exalté pourrait nous éloigner des potentialités authentiques que ce futur recèle. Cette sorte de spéculation peut s’avérer complètement hors sujet si elle n’offre pas un message de transformation qui s’adresse spécifiquement aux conditions matérielles et sociales terminales du Kali Yuga. C’est une chose que d’affirmer un saut quantique dans la conscience cosmique et de le fonder avec des calculs abscons qui remontent à 16 milliards d’années en arrière (Calleman) et c’en est une autre, disons, de se rassembler contre la menace sociale de la religion révélée. La première n’est qu’une simple hypothèse, merveilleuse ou non; la seconde est une prise de position révolutionnaire qui implique un appel à l’action et à la transformation.

Pour ma part, je commence à me demander si la promesse d’une transformation soudaine et spectaculaire de la mentalité humaine ne risque pas de détourner ou de miner l’émergence en cours d’une rupture alors que le monde s’approche de 2012. La nature de cette rupture, ou de cette percée, ne serait-elle pas de faire face à la condition humaine plutôt que de la fuir en planant en vitesse warp? Si Sophia compte sur l’humanité pour réaliser sa correction, de quelque façon que ce soit, ainsi que l’enseignèrent les Gnostiques, la condition humaine va soit contribuer à cette possibilité magnifique soit la contrecarrer. Toute percée, aux alentours de 2012, dépendra donc de la façon dont nous envisageons la condition humaine en ce qui concerne, d’une part, la résistance à s’impliquer dans la correction et, d’autre part, la faculté et l’inspiration requises pour la mise en oeuvre de cette implication.

Je pense que les espoirs d’un changement paradigmatique, associé avec 2012, sont contaminés par deux distorsions relatives à l’amplitude et à la manifestation de ce changement. Je ne suis pas convaincu que les conceptions qui circulent à propos de 2012, jusqu’à ce jour, offrent une prévision fiable soit de ce qui peut se passer, soit de l’amplitude avec laquelle cela peut se passer. Ma critique principale de ces conjectures se décline comme suit: bien qu’elles puissent utiliser des références historiques (telles que la corrélation étroite entre les “treize enfers” et les “neuf paradis” et des événements connus, etc, dans les hypothèses de Calleman), cette approche n’identifie pas le thème pathologique prévalent du Kali Yuga, à savoir l’ensorcellement narratif de la religion révélée, enchâssé dans l’autorité du Livre.

Mais ne serait-il pas possible que la rupture de 2012 concerne la désintégration de l’ensorcellement par le Livre, c’est à dire la désintégration de la tyrannie morale et spirituelle des croyances Abrahamiques? Que cela implique-t-il de désamorcer cet envoûtement narratif? Quelle situation en émergerait-il? Quel type de comportement en résulterait-il? Comment la condition humaine serait-elle, elle-même, changée, altérée radicalement et de façon permanente?

La confiance mystique, qui flotte dans l’air du temps, est quelque chose de palpable et de parfumé – mais cette nouvelle confiance, où est-elle localisée? Nous, l’espèce humaine, en quoi allons-nous placer notre confiance la plus profonde?

 

Spéculations

Quant à l’amplitude du changement à venir, il est évoqué un éveil soudain dans la mentalité de notre espèce qui se manifesterait chez un vaste segment de la population globale. Comme si des millions de gens allaient se réveiller un jour et voir la vie d’une toute autre façon, par rapport au jour d’avant. Je pense que de telles prédictions, se référant à des nombres, ne sont pas bénéfiques. Elles font miroiter de fausses espérances. Un tel changement global ne pourrait se manifester que s’il était déclenché par un événement extérieur, tel que la fonte de la calotte glaciaire de l’Arctique, par exemple. A la suite d’une attaque nucléaire, d’une attaque terroriste aux armes biologiques, d’un cataclysme géologique, l’attention de toute la planète serait affectée et les gens devraient collectivement et simultanément ajuster leur mode de vie à la nouvelle situation. A défaut de ces événements, il est dur de croire que des populations entières, du jour au lendemain, vont changer de mode de vie sur cette planète.

Il n’est nul besoin d’être un sorcier ou un shaman pour prédire que des événements catastrophiques, ainsi que d’autres attaques terroristes, vont se manifester durant les six prochaines années. Il est communément admis qu’Israël est prêt à lancer des attaques préventives contre l’Iran, tôt ou tard. Tout cela pourrait provoquer une escalade vers une guerre nucléaire dans le Moyen Orient qui dégénère en une troisième guerre mondiale – un scénario vraisemblable, à plus ou moins court terme, si la concaténation actuelle d’événements mondiaux n’est pas stoppée. Il est probable qu’un autre “acte terroriste” frappe les USA, une attaque biologique dans une grande métropole, par exemple. Selon les experts, il ne s’agit pas de savoir si mais de savoir quand; une grande partie de la population vit sous la tension et l’angoisse de ce qui se peut se passer dans le futur. Il faut s’attendre à ce qu’une telle tension atteigne un certain paroxysme durant les six années à venir.

Mais quel est le rapport entre toutes ces horreurs et le Compte Long? Ces événements horribles peuvent se produire que ce soit ou non les dernières années de la fin de cycle Maya. Ils ne sont pas déterminés par un calendrier mais ils résultent de l’accumulation de la démence dans l’histoire. Ils procèdent de conditions qui ont prévalu il y a 5000 ans en arrière. Des partitions complexes du Compte – par exemple, les périodes de neuf paradis et de treize enfers – ne sont que des exercices de spéculation, une façon d’imposer aux événements un sentiment confortable de structuration; cependant, ces exercices ne prouvent pas la puissance prédictive du Compte.

Selon mon opinion, c’est faire un mésusage du Compte que de l’utiliser comme un outil de prédiction. Plutôt que de se demander ce qui va se passer, il est préférable de se demander quel est le comportement que nous avons urgemment besoin de faire évoluer, dans le futur immédiat, si nous voulons pouvoir bénéficier d’un futur. Le Compte peut être un outil heuristisque qui nous permette de resituer les événements et d’apprendre quelque chose des schémas compulsifs de l’histoire, comme je l’ai démontré ci-dessus. Il n’est ainsi nul besoin de le considérer comme un oracle mystérieux qui possède la faculté de manifester ce qu’il présage.

Les forces qui se sont mises en mouvement, à l’aube du Kali Yuga, sont en bout de course: c’est la fin du patriarcat et la tombée de rideau pour le fascisme théocratique. Il se peut que cela ne finisse pas abruptement en décembre 2012. Il y a même de grandes chances pour que ces forces n’aient pas l’élégance de quitter la scène aussi rapidement. Et selon la manière dont nous aborderons ce moment précis, dans la pleine conscience de la trajectoire historique qui nous y conduits, nous pourrons peut-être porter un coup fatal à l’envoûtement mortel du patriarcat.

 

Contre le Livre

Dans le premier chapitre de l’ouvrage “The End of Faith”, Sam Harris émet deux observations importantes: tout d’abord «la plupart des gens dans ce monde croient que le créateur de l’univers a écrit un livre» et ensuite «la critique de la foi d’autrui est couramment tabou dans tous les recoins de notre culture». Ce sont, bien sûr, des faits totalement évidents de la vie moderne. La force de l’argumentation de Harris, tout au long de son ouvrage, réside dans un exposé d’évidences présenté de telle sorte que cela apparaisse novateur et alarmant. Il tombe sous le sens que la croyance de la plupart des gens, selon laquelle Dieu a écrit un livre, constitue une absurdité totale. Nous savons, cependant, que cette croyance universelle est profondément enracinée et qu’elle a sévi depuis très longtemps. Elle détermine la manière dont une grande partie de l’espèce humaine se comporte.

Maintenant, si un grand nombre de gens qui adhèrent au Livre étaient amenés, soudainement, à renier cette croyance, cela serait assurément un événement digne des attentes liées au Compte Long. Cela constituerait un bouleversement paradigmatique qui dépasserait les prophéties les plus audacieuses de Jenkins et de Calleman. Ce serait également un changement correspondant au tableau historique du Kali Yuga que nous avons brossé dans les paragraphes ci-dessus. Rappelons que nous avons identifié deux points nodaux, 551 avant EC et 731 EC, durant lesquels l’élaboration du programme patriarcal fut consolidée. Ce furent des dates clé dans l’établissement de la domination par le Livre: la Bible en 551 av EC et le Coran en 731 EC. L’année 2012 présage-t-elle de l’opportunité de désactiver, ou même de désintégrer, ce qui fut initié dans le passé? De telles tendances globales dans les comportement psycho-sociaux sont-elles réversibles?

L’ouvrage “The End of Faith” offre, sans doute, plus d’indications quant à ce qui peut se passer à la fin du cycle que la kyrielle d’ouvrages prophétiques rédigés expressément pour décrire ce qui va se passer, ou ce qu’on espère pouvoir se passer – telles que les spéculations des ouvrages de Jenkins concernant l’alignement galactique.

Mais un rejet massif des croyances Abrahamiques a-t-il des chances d’émerger? Considérez que des événements bouleversants à l’échelle mondiale, tels que des attaques terroristes aux armes biologiques et des catastrophes géophysiques, vont certainement se manifester. Quelles conclusions en tirer? J’ai l’intuition qu’à la suite de tels événements, les gens vont se jeter sur le Livre plutôt que de le jeter au panier. La certitude d’événements horribles, qui vont perturber ou détruire la sécurité de l’individu, et de la société, invalide presque totalement la possibilité que des masses de gens choisissent de se libérer de l’envoûtement narratif. Il est probable, tout au contraire, qu’ils s’y vautreront encore plus. Lorsque le système va s’effondrer, ils vont s’en remettre à leur foi. Ils mourront avec le coeur crispé sur leur croyance plutôt que de s’en libérer.

Une partie de l’envoûtement sera cependant rompue à la fin de cycle. Certaines personnes peuvent trouver quelque réconfort à fantasmer que toute l’espèce humaine va s’éveiller; d’autres se sentent, sans doute, plus inspirés par un scénario différent par lequel une poignée d’êtres humains rompent l’ensorcellement qui maintient encore la grande majorité de l’espèce humaine dans la servitude. Est-ce une vision élitiste des potentialités que recèle la fin de cycle 2012? Absolument pas, mais c’est sans doute une vision authentiquement survivaliste.

Il serait insensé, je pense, de s’attendre à ce que, dans l’intervalle de temps qui nous sépare de décembre 2012, des millions et des millions de personnes, de par le monde, renoncent à la Torah, à la Bible et au Coran et se libèrent des croyances pernicieuses et irrationnelles encodées dans ces textes – mais il est sans doute quelque chose de plus raisonnable que l’on puisse espérer pour la fin de cycle. Si le débat anti-religieux évoqué par “The End of Faith” pouvait atteindre un niveau de controverse publique totalement généralisée, nous serions, je pense, les témoins d’un événement qui laisserait espérer pour l’humanité un changement véritablement optimal. Si l’apartheid sexuel de l’Islam pouvait être ouvertement remis en question et condamné lors de débats publics, ce serait un événement extraordinaire et une avancée considérable vers une transformation positive. Le problème aujourd’hui est que l’apartheid sexuel non seulement existe – de façon plus prononcée en Islam mais également dans les deux autres religions Abrahamiques, pour ne pas parler des religions Hindoue et Chinoise – mais il ne peut pas être remis en question parce que cela est perçu comme politiquement incorrect et susceptible d’offenser les Musulmans.

Rappelons la seconde observation évidente de Sam Harris: il est absolument tabou, dans notre société, de remettre en question ou de critiquer ce qui se rapporte à la foi. Mais supposons que ce tabou disparaisse soudainement. Supposons qu’il devienne acceptable de remettre en question et même d’outrager les gens par rapport à leurs croyances. Supposons que les rôles soient inversés et que ce soit le parti offensé, et non le parti offensant, qui doive se rabattre sur la défensive dans les débats concernant les croyances religieuses et les principes fondés par la foi. Ce serait une évolution de la réalité sociale, et de la syntaxe sociale, en phase avec la distanciation de l’envoûtement narratif du patriarcat qui a dominé le Kali Yuga.

Ce serait une évolution considérable que de commencer à offenser certains croyants pour leur demander de rendre des comptes quant à leurs croyances et quant à ce qui découle de leur adhésion aveugle à des convictions irrationnelles, menaçantes et intolérantes.

 

Pas de Dérogations

Un jugement récent de justice en Angleterre stipula «que l’offense n’est pas une incitation». Cette jurisprudence introduit ce qui pourrait être une modification radicale des conventions des débats relatifs à la foi. Le procès concernait le leader du British National Party, Nick Griffin, qui décrivit l’Islam comme une religion “pernicieuse”. Peu importe les motivations à l’origine de cette remarque, il est vrai que l’offense n’est pas une incitation. Griffin n’a pas dit que l’Islam est une religion pernicieuse et que les Musulmans devraient être pendus. La seconde partie de la phrase serait, bien sûr, un appel à la violence. Le privilège de la libre-expression requiert l’utilisation responsable d’un langage modéré, sobre et rationnel: il faut veiller à ce l’on dit mais pas au point de ne pas risquer l’outrage ou la remise en question. Toute personne saine d’esprit connaît la différence entre ce qui est une provocation verbale et ce qui ne l’est pas.

L’argument selon lequel un discours offensant conduit automatiquement à l’incitation est invalide et conforte la requête d’une exemption sociale qui est antinomique avec un débat ouvert dans une société libre. Il en est de même pour l’argument selon lequel un discours offensant aliène les personnes offensées d’un dialogue positif qui pourrait conduire à une réconciliation sociale et à une meilleure intégration: prendre l’excuse de l’offense pour se retirer du débat social ouvert n’est qu’une autre manière d’extorquer une dérogation spécifique. L’argument de l’offense est spécieux et ne reconnaît pas l’aspect créatif de la dissonance qui rend possible une société démocratique.

La vie dans une société ouverte implique que nous soyons tous exposés à beaucoup d’offenses, des choses dites et faites qui nous blessent pour une raison ou pour une autre. Je me sens personnellement offensé par l’utilisation du sexe dans la publicité, par l’exploitation des enfants comme icones de mode, par l’intégralité du système éducatif de la culture Occidentale et par bien d’autres choses encore. Le risque de subir une offense constitue une conséquence de la libre expression offerte par une telle société. Il est actuellement absolument tabou d’offenser les Juifs, les Musulmans ou les Chrétiens en disant quoi que ce soit de critique ou de désobligeant concernant leur foi, leurs croyances et leurs coutumes, incluant leur habitude vestimentaire, leur manière de traiter les enfants et leur façon d’abattre les animaux. La peur d’offenser n’est pas une mesure de compassion ou de considération, bien qu’elle se déguise ainsi. C’est une concession à la requête d’exemption spéciale formulée par les membres de ces religions qui cherchent les occasions de renforcer leur programme en agissant selon des valeurs et des croyances qui ne peuvent pas, insistent-ils, être remises en question, critiquées ou ridiculisées. Mais la revendication d’une exemption spéciale, quel qu’en soit l’objet, est antinomique avec les principes qui fondent une société ouverte (ou une société civile comme Harris l’appelle).

L’exigence d’une dérogation spéciale est une stratégie déguisée pour répandre la tyrannie et le totalitarisme, à savoir l’autorité du Livre. Il ne peut exister aucune exemption spéciale pour une critique sociale ouverte d’un quelconque sujet dans une société libre, et encore moins pour tout ce qui concerne les croyances religieuses qui induisent un comportement social et des pratiques religieuses qui définissent une identité sociale. Une société qui exauce une telle exigence d’exemption commet un suicide moral. Mais l’Occident, et plus particulièrement la société Européenne, s’est de plus en plus incliné devant cette revendication durant les dernières décennies. Cette politique d’apaisement est une expression de la décadence terminale du Kali Yuga et un signe de la fin dulong compte à rebours vers une orgie planétaire d’auto-immolation vertueuse. La remise en question du tabou vis à vis de l’outrage religieux serait un authentique changement paradigmatique avec des répercussions planétaires dans le sens d’une évolution positive. C’est cette sorte de transformation comportementale de masse, dans la vie sociale, qu’il nous faut appeler de tous nos voeux  à l’approche de la fin de cycle Maya.  Cela vaut la peine d’en discuter, non pas comme d’un simple espoir mais comme d’un défi pour 2012.

 

Changement de Croyances

Mon ouvrage “La Passion de la Terre” est une tentative de remettre en question et de rompre l’ensorcellement narratif du patriarcat. Il présente une critique radicale de la foi dans le Livre. Il en est de même pour de nombreux essais sur le site de la Métahistoire. Ce site propose que de changer ses croyances est l’acte unique et le plus puissant qui puisse faire une différence pour la vie humaine sur cette planète aujourd’hui. Certains articles de ce site font des propositions réalistes quant à ce que nous pourrions espérer en termes d’une grande finale constructive du Compte Long: par exemple, “la Promesse d’une Planète Solitaire” (voir le tome 1 de la collection Liberterre). Les gens de foi peuvent se sentir insultés tout autant qu’ils le désirent – et cela reste leur problème. Ce n’est pas un crime de blesser quelqu’un dans ses sentiments ou de remettre en cause les fondements de son identité. En fait, cela peut même être l’apanage d’une société saine si cela peut être réalisé sans peur de représailles. Mais si la société, dans son ensemble, défère à l’exigence d’exemption spéciale, alors le programme fondé sur la foi de la domination patriarcale, qui a pris son essor au début du Kali Yuga, sera appliqué tant qu’un seul homme sera encore debout.

L’éradication de l’ensorcellement narratif ne sera possible que si un débat ouvert sur les croyances religieuses peut être promulgué sans contrainte, sans peur de représailles et sans menaces, en partant du principe que l’outrage n’est pas une incitation. Les choses étant ce qu’elles sont, tout personne plaisantant au sujet du prophète peut être menacée de mort. Il est déjà bien assez grotesque que les Musulmans le vivent ainsi pour que les “infidèles de l’Occident démocratique” n’en rajoutent pas en tentant d’apaiser leurs sentiments. Libéré des menaces routinières exprimées par des Musulmans outragés, le débat anti-religieux pourrait croître considérablement ou, du moins, il en aurait la chance.

Bien que je pense qu’il soit peu probable que de nombreuses personnes renoncent à leurs croyances, et se libèrent de l’ensorcellement du Livre, la vie sociale pourrait s’améliorer, sur toute la planète, si quelques individus pouvaient au moins s’exprimer librement sur ce qu’ils perçoivent de dément et d’inhumain dans les traditions religieuses. (Nous avons commencé à mettre cela en oeuvre sur le site de la Métahistoire, en 2002, avec une petite dizaine d’années d’avance sur la fin de cycle). De nombreux individus pourraient alors s’impliquer dans le débat et qui sait combien d’êtres humains pourraient éprouver, dans leur for intérieur, une transformation radicale quant aux concepts de Dieu, de la rédemption et de la survie. Si une telle chose pouvait arriver dans les six années à venir, ce serait, à mon avis, l’une des évolutions les plus positives du Compte Long.

Briser l’ensorcellement du Livre, grâce à un débat ouvert et non provocateur sur les problématiques de la foi, ne constitue pas la seule opportunité de guérison offerte par la fin de cycle à l’humanité. Il existe un autre chemin essentiel d’ouverture vers un futur qui permette au débat et à la différence d’exister paisiblement…